50 minutes et 26 secondes. En bouclant le semi-marathon de Pékin avec ce chrono ahurissant, le robot autonome « Lightning » conçu par Honor vient de pulvériser le record du monde humain. Retour sur un exploit technologique inédit, bâti en moins d’un an par le fabricant de smartphones.

En combien de temps courez-vous un semi-marathon ? Aujourd’hui, le record masculin s’établit en 57 min 20 s. Il devance de quelques minutes le meilleur temps féminin, à 1 h 2 min 52 s. Mais tout ceci a volé en éclats le 19 avril 2026 lors du semi-marathon de Pékin, puisqu’un tout nouveau chrono vient d’être établi : 50 min 26 s.

Un nouveau challenger pour Jacob Kiplimo et Letesenbet Gidey, les athlètes qui détiennent actuellement ces deux records ? Pas tout à fait. En effet, cette marque n’a pas été établie par un coureur fait de chair et de sang, mais par un robot humanoïde fabriqué par Honor, une entreprise chinoise que l’on connait davantage pour son activité dans les smartphones.

Lightning, le meilleur coureur de semi-marathon au monde

honor robot
Source : Honor

Son surnom ? Lightning (Éclair, en anglais), une identité plutôt bien trouvée, vu la performance atteinte par la machine, qui a pulvérisé les temps de ces rivaux humains par un écart de sept et douze minutes — ce qui est colossal à ce niveau, quand on sait que les avancées d’un chrono à l’autre se comptent en dizaines de secondes, d’ordinaire.

La performance de Lightning est d’autant plus spectaculaire qu’il a assuré la course en totale autonomie. Il n’est en effet connecté à aucun câble — il a donc dû compter uniquement sur sa batterie interne et les recharges pour tenir quasi une heure à vive allure — et on ne voit autour de lui absolument aucun équipier humain avec une manette entre les mains.

Le règlement de ce semi-marathon un peu particulier acceptait la présence de robots téléopérés, c’est-à-dire suivis par des équipes humaines dans des voiturettes (pas le choix, compte tenu des allures). À la fin, un système de pénalité sur le score final était prévu pour assurer l’équité avec les machines ne pouvant miser que sur leur système de navigation.

Pour cette épreuve de course à pied, Honor n’a pas aligné qu’un seul robot. Il a aussi proposé notamment un équivalent du Lightning, avec cette fois un pilotage humain. Il y a d’ailleurs une séquence vidéo qui est devenue virale sur les réseaux sociaux, où l’on voit cette machine télécommandée chuter à quelques dizaines de mètres de l’arrivée.

On voit l’humanoïde dériver jusqu’à heurter les panneaux qui se trouvent le long du chemin. Les ingénieurs, qui se trouvaient à côté dans une voiturette roulant à la même allure que le robot, ont jailli pour le relever, en apportant même une civière au cas où. Le coureur métallique finit cependant par être remis sur pied, et on voit le télépilote courir derrière.

Ce raté rappelle que la discipline, bien qu’en pleine accélération technologique, fait toujours face à des contraintes très terre-à-terre. Ainsi, pour venir à bout des 21 kilomètres et quelques, les machines ont parfois dû observer de brefs arrêts au stand pour faire des changements de batteries en cours de route — un peu comme des ravitaillements, en somme.

Reste que la chute d’un modèle téléopéré ou la nécessité de devoir changer une batterie ne doit pas masquer une réalité : la robotique humanoïde est en train de changer de dimension. C’est ce que vient de démontrer ce chrono ahurissant de 50 minutes et 26 secondes, qui ne sera sans doute pas atteint de sitôt par des humains, à supposer qu’il puisse l’être.

Et même si cela advenait, nul doute que de nouvelles générations de robots vont finir par voir le jour, avec des capacités qui leur permettront d’atteindre des temps définitivement inatteignables pour un physique humain. Que ce soit en semi-marathon ou dans une autre discipline sportive, qu’il s’agisse de course à pied ou d’autre chose.

Le secret de fabrication d’Honor

Dans un billet de blog publié sur Substack le 19 avril, le voile a été levé sur les coulisses ayant permis cette réussite. Ainsi, on apprend que Honor n’a dévoilé sa « stratégie Alpha » qu’en mars 2025. Derrière ce nom pompeux se cache en fait un grand plan d’investissement dans l’intelligence artificielle (IA) et la robotique.

À peine un an plus tard, l’entreprise a pu aligner ses machines au départ de ce semi-marathon, challengeant des adversaires de prestige comme Unitree ou les universités de Pékin et Tsinghua. Plus de cent équipes en tout se sont engagées dans cette compétition. Et c’est Lightning, du haut de son mètre soixante-neuf, qui l’a emporté.

Comment Honor a-t-il fait pour doubler des spécialistes du secteur ? Il est vrai que l’entreprise chinoise ne partait pas tout à fait de rien. Le groupe a pu mobiliser une équipe de recherche et développement dédiée à la robotique forte de 2 600 individus, ce qui a permis de réduire la conception d’un robot à moins d’un an, au lieu d’un cycle classique de trois à cinq ans.

Et par ailleurs, Honor a massivement puisé dans les technologies issues du monde des smartphones pour les déployer et les adapter dans Lightning.

Voici ce que cela donne, concrètement :

  • L’équilibre et le mouvement : les ingénieurs ont repris les algorithmes de stabilisation d’image de leurs appareils photo, couplés aux capteurs d’attitude et aux gyroscopes des téléphones. Ce cocktail technologique gère l’équilibre dynamique des 55 articulations bioniques du robot, même à pleine vitesse.
  • Une IA fonctionnelle : Au lieu de bâtir un « cerveau » de zéro, Honor a greffé MagicOS (son modèle d’IA embarqué) et son agent YOYO dans Lightning. La reconnaissance vocale, la perception de l’environnement multimodale et le traitement des données en local ont ainsi pu bénéficier directement au robot.
  • La miniaturisation : l’expérience acquise dans les domaines de la miniaturisation, de la conception allégée et de la gestion thermique des téléphones a contribué au développement de 55 articulations bioniques, tout en maîtrisant la taille et le poids de l’engin.
  • La chaîne d’approvisionnement : les composants des robots (puces, capteurs, batteries, moteurs) recoupent largement ceux de la chaîne d’approvisionnement des smartphones. Celle dédiée à Lightning a pu être établie en trois mois, en s’appuyant sur les normes de contrôle qualité déjà en place pour la production de millions de téléphones.

Les robots vont-ils tuer le sport humain ?

Avec l’arrivée de ces machines sur le marché (Honor vise une production de masse dès 2027 pour un prix oscillant entre 16 000 et 21 000 euros) et des chronos qui défient l’entendement, une question vertigineuse émerge de façon inévitable : à quoi bon continuer à courir si une machine fera toujours mieux et plus vite sans transpirer ?

En somme, ce record signe-t-il la fin de l’athlétisme et l’obsolescence des exploits humains ? S’il est difficile de prédire l’avenir, il y a quand même de fortes chances que la réponse soit non. L’histoire de la technologie montre que la supériorité d’une machine n’annihile pas la pratique humaine, bien au contraire.

Souvenez-vous de 1997 : lorsque le superordinateur d’IBM, Deep Blue, a terrassé le champion du monde Garry Kasparov, on pouvait craindre la mort des Échecs. Aujourd’hui, le jeu jouit d’une formidable popularité. Idem pour le Go. Quand l’IA AlphaGo de Google a écrasé la légende Lee Sedol en 2016, la discipline n’a pas disparu dans les limbes de l’histoire.

alphago-lee-sedol

Les ordinateurs sont devenus des outils d’entraînement redoutables, que l’on ne peut sans doute plus battre s’ils sont très entraînés (même dans les jeux vidéo), mais les tournois humains, avec leurs erreurs, leur stress et leurs retournements de situation dramatiques, continuent de fasciner les foules, indépendamment des performances mécaniques et algorithmiques.

La raison est simple : l’essence du sport ne réside pas dans la performance absolue, mais dans le dépassement de la condition humaine. Personne ne regarde une course automobile pour s’émerveiller du fait qu’une Formule 1 aille plus vite qu’Usain Bolt sur la piste. De la même manière, les exploits de Jacob Kiplimo et Letesenbet Gidey ne sont pas effacés par Lightning.

La robotique ne va sans doute pas tuer le sport. Elle va surtout permettre de faire émerger une nouvelle discipline mécanique.

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