ChatGPT est certainement le chatbot d’intelligence artificielle générative le plus célèbre au monde. Il compte de nombreux concurrents, notamment aux États-Unis. Pourtant, il existe aussi des agents conversationnels made in Europe qui n’ont pas à rougir. Envie d’une alternative européenne ? Voici deux sélections à considérer.

C’est peu dire si les relations entre les deux rives de l’océan Atlantique se sont dégradées, en raison de la politique radicale — pour ne pas dire agressive — de l’actuelle administration américaine. Dernièrement, c’est l’affaire du Groenland qui a donné lieu à une nouvelle poussée de fièvre entre les deux continents, courant janvier 2026.

Il faut dire que l’on fait face à un président américain qui va jusqu’à brandir une invasion militaire de l’île, si le Vieux Continent ne cède pas à ses exigences. Une perspective qui a provoqué une levée de boucliers en Europe et des appels à répliquer, y compris sur le volet commercial, pour obliger Washington à reculer.

Cette nouvelle tension donne en tout cas du grain à moudre pour celles et ceux qui appellent à consommer européen, plutôt qu’américain. Dans la tech, il existe de longue date un mouvement qui invite à privilégier des outils et des services européens, plutôt que provenant d’Amérique. Cette réflexion peut aussi s’étendre à l’intelligence artificielle.

C’est vrai qu’il n’est pas forcément facile d’abandonner une plateforme sur laquelle on a ses habitudes — sans doute est-il plus facile de délaisser Google Traduction que de quitter Gmail (même si ce n’est pas aussi ardu qu’on peut le croire) ou Google Drive. Et ne parlons pas de WhatsApp, car cette captivité est liée à la présence de ses contacts sur la messagerie.

À ce titre, quitter ChatGPT apparaît relativement facile en comparaison. La principale perte d’une migration vers un outil concurrent serait sans doute l’historique de discussion que vous avez bâti avec l’agent conversationnel, et sur lequel il peut s’appuyer pour vous formuler des réponses personnalisées ; mais si vos prompts sont basiques, la bascule ne sera pas si terrible.

Si vous désirez sauter le pas et souhaitez donner une chance à un outil européen, voici deux excellentes alternatives à ChatGPT.

Le Chat de Mistral AI, licorne de la French Tech (France)

Si vous cherchez une option vraiment made in France, la piste la plus évidente est Le Chat — c’est le nom du chatbot conçu par Mistral AI, une jeune startup parisienne qui a su, en un temps court et avec des moyens plus modestes, se porter à la hauteur des mastodontes de la Silicon Valley, avec des performances plus qu’honorables.

Mistral AI France
Le logo de Mistral AI. // Source : James Rhodes + Montage Numerama

Mistral est un assistant polyvalent, que l’on peut solliciter pour tout un tas de sujets. Il propose des fonctionnalités courantes, que l’on retrouve chez les autres chatbots — comme la personnalisation avec la mémorisation de toutes les discussions, la prise en charge de divers fichiers (images ou PDF), la génération de code ou de visuels et la recherche en ligne.

Il existe une formule gratuite de base et des forfaits payants incluant des fonctionnalités plus avancées, ainsi que des capacités de travail accrues. Le Chat peut gérer aussi des agents d’IA pour des tâches automatisées. Et, bien sûr, Mistral AI développe régulièrement de nouveaux modèles, pour rester continuellement en place dans la course à l’IA générative.

Le Chat Mistral – Icon

Le Chat Mistral

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Lumo de Proton, avec un focus sur la vie privée (Suisse)

Si votre motivation première réside dans la protection de haut niveau de vos données personnelles et de votre vie privée, une solution à creuser s’appelle Lumo. Il s’agit en effet d’un assistant d’intelligence artificielle développé par Proton, une entreprise suisse déjà célèbre pour son webmail (Proton Mail), son VPN (Proton VPN) et sa galaxie de services sécurisés.

Lumo propose donc un chatbot qui met l’accent sur le « privacy-first ». Pas d’enregistrement des conversations, notamment à des fins d’entraînement de l’IA, pas d’accès à l’historique de la part de Proton, et pas de partage de données avec des tiers. Certes, certains de ces paramètres peuvent exister chez la concurrence, mais Lumo le fait de base et pour tout.

Lumo Proton
Le logo de Lumo. // Source : Proton

Pour autant, Lumo n’est pas dénué de fonctionnalités : il peut effectuer des recherches sur le web pour des informations fraîches et s’intègre à Proton Drive pour analyser vos documents chiffrés. Il existe aussi un mode fantôme, qui rend vos échanges totalement éphémères : sitôt la fenêtre fermée, la discussion disparaît.

Côté technique, Proton joue la carte de la transparence en s’appuyant sur des modèles open source. Et bonne nouvelle pour le portefeuille : le service est accessible gratuitement pour tester, avec des offres payantes pour les utilisateurs intensifs.

Autre argument de poids : avec l’initiative EuroStack, l’entreprise déplace une grande partie de son infrastructure physique hors de Suisse vers l’Union européenne, afin de pérenniser la localisation des serveurs et des processus sur le Vieux Continent. Lumo doit être justement le premier service de Proton à être déplacé dans le cadre d’EuroStack.

Peut-on vraiment se passer totalement de l’Amérique ?

Si la démarche de privilégier des logiciels européens est un signal politique fort que l’on peut envoyer aux géants de la tech, il convient de garder la tête froide et une certaine lucidité. Le divorce complet avec la tech américaine relève, pour l’heure, de la mission impossible, même en basculant sur des services made in France ou made in Europe.

Par exemple, sur quoi tournent ces modèles d’intelligence artificielle ? Sur des puces graphiques ultra-puissantes conçues par des géants américains : Nvidia, Cerebras, AMD, et ainsi de suite. Sans le hardware américain, l’IA européenne serait à l’arrêt. Et pour l’heure, il n’y a pas encore d’alternative qui a su émerger de ce côté-ci de l’Atlantique.

Le Digital Services Act s'attaque aux GAFAM et aux autres géants du web.  // Source : Numerama
Difficile de se passer des GAFA et de la tech américaine. // Source : Numerama

Il en va de même pour l’infrastructure réseau. Pour garantir la rapidité d’accès à leurs sites ou se protéger contre les attaques informatiques (DDoS), une immense partie du web mondial — y compris des fleurons européens — repose sur des prestataires techniques américains comme Cloudflare, AWS ou Azure.

C’est une réalité méconnue, mais qu’il faut avoir en tête — tout comme le porte-avions Charles de Gaulle n’utilise pas que des aéronefs ou des pièces d’origine française, malgré son rôle stratégique et le symbole qu’il constitue en matière de souveraineté et d’autonomie militaire (l’avion de guet aérien Hawkeye et les catapultes sont fournis par les États-Unis).

Pour autant, ce n’est pas parce que la souveraineté numérique absolue est un idéal difficile, voire impossible à atteindre qu’il ne faut rien faire. Migrer sur Mistral ou Lumo constitue déjà un pas notable. Et même si on ne va pas jusqu’au bout de la démarche, ce pas peut quand même en appeler d’autres. Et c’est toujours ça qui servira à réduire l’exposition aux États-Unis.

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