Les rôles s’inversent au Moyen-Orient. Pris de court par les essaims de drones iraniens, les États-Unis et leurs alliés sollicitent l’expertise unique de l’Ukraine. Kiev pourrait en proposer plusieurs milliers par mois, mais pas « gratuitement ».

L’affaire n’est pas dénuée d’ironie : il y a un an, alors qu’il le recevait à la Maison Blanche, Donald Trump lançait à la face de Volodymyr Zelensky : « Vous n’êtes pas en bonne position. Vous n’avez pas les cartes en main pour l’instant ». Il faisait alors référence aux difficultés rencontrées par Kiev sur le terrain, face aux assauts de l’armée russe en Ukraine.

Aujourd’hui, les rôles semblent inversés : les USA découvrent dans le dur ce que signifie une guerre avec un adversaire qui emploie massivement des drones, et les projette partout dans la région, sans solution durable pour y faire face — contrairement à l’Ukraine. Car la seule riposte via des missiles n’est pas idéale. C’est trop cher, et il n’y en a pas assez.

trump zelensky iran drone
Source : Montage Numerama

Résultat ? Du côté de Kiev, on voit l’opportunité et on est clairement ouvert à un accord donnant-donnant : l’Amérique rehausse les livraisons de missiles à l’armée ukrainienne, en échange de l’expertise ukrainienne en matière de drones. En tout cas, depuis quelques jours, Volodymyr Zelensky multiplie les appels et les initiatives pour positionner l’Ukraine comme recours.

Cette offensive diplomatique tous azimuts s’est d’abord matérialisée par des échanges au plus haut niveau. Le chef d’État a pris son téléphone pour s’entretenir avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, en soulignant qu’aucun autre pays dans le monde n’a l’expérience de Kiev face à ces attaques, qui sont quotidiennes en Ukraine.

« Les Ukrainiens luttent depuis des années contre les drones Shahed, et […] Nous sommes prêts à apporter notre aide », a-t-il notamment écrit sur X. Les drones Shahed sont des engins sans pilote d’origine iranienne. Téhéran, en plus de s’en servir à travers le golfe Persique depuis le début du conflit avec Israël et les USA, en exporte aussi en Russie, pays allié.

Un échange similaire a eu lieu avec le président de la République Emmanuel Macron, qui a soutenu les efforts de l’Ukraine pour venir en aide aux pays voisins de l’Iran. Il n’a pas été précisé si la France désire aussi bénéficier de l’expertise ukrainienne — récemment, une base militaire française située aux Émirats arabes unis a été touchée par des drones.

Du personnel déployé sur place, jusqu’à 10 000 drones disponibles à l’export ?

Reste maintenant à concrétiser ces prises de parole. Or, justement, dans un autre message sur X, le président ukrainien a donné une première indication de la manière dont ce soutien va se matérialiser : dès cette semaine, des experts se rendront au Moyen-Orient pour effectuer une évaluation des besoins et déterminer ce qui peut être transféré.

La manière dont cette aide sera apportée reste donc à déterminer, mais le chef de l’État a profité de cette prise de parole pour réitérer son intérêt pour un deal mutuellement bénéfique. « Si l’on parle de renforcement des capacités, nous souhaitons vivement que cette initiative soit bénéfique aux deux parties », a-t-il ainsi glissé.

Mais il apparait clair que l’Ukraine a une très bonne carte à jouer dans cette affaire, pour reprendre la formule de Donald Trump. Le 7 mars, une enquête de Reuters rapportait que les usines locales produisent désormais deux fois plus de drones intercepteurs que ce dont l’armée ukrainienne a besoin pour repousser le plus gros des attaques russes.

drone ukraine iran russie
Source : Capture d’écran

Et les volumes de production ont de quoi donner le tournis : dans le cas de la société SkyFall, qui fabrique le drone P1-SUN (dont le prix facturé à Kiev est de 1 000 dollars l’unité), on parle d’une production de 50 000 engins par mois. SkyFall pourrait en exporter de 5 000 à 10 000 vers le Golfe sans pour autant dégarnir la défense aérienne ukrainienne.

Économiquement, c’est idéal : un drone Shahed coûte quelques dizaines de milliers de dollars à construire. Un missile Patriot grimpe à plusieurs millions de dollars. En outre, les drones peuvent être produits à la chaîne, grâce aux méthodes d’impression en 3D. Reuters rapporte d’ailleurs que le Qatar et les USA sont en pourparlers pour en acquérir.

Reste une problématique : quid du pilotage de ces engins ? En matière de maîtrise de ces appareils sans pilote, Kiev dispose d’un vivier de pilotes rompus à l’interception en plein vol. Faut-il s’en remettre à l’IA ? Pour l’instant, deux solutions sont discutées : une formation express d’équipages étrangers ou le pilotage des drones à distance, depuis l’Ukraine.

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