Juste à côté des sièges de Google et Apple, Samsung dispose de son propre laboratoire de recherche en Californie. Numerama a pu visiter ce centre dans lequel le Coréen étudie notamment l’intelligence artificielle, la réalité mixte et la 6G.

Saviez-vous que Samsung, le plus célèbre des géants coréens, dispose de ses propres bureaux dans la Silicon Valley ?

À quelques mètres des locaux de Google, à Mountain View, Samsung dispose depuis 1988 d’un « petit » site dédié à la recherche et au développement. 700 employés y travaillent en 2024, alors que la baie de San Francisco est connue pour ses nombreux talents. La marque coréenne a même déménagé dans des locaux plus grands en 2014, afin de se rendre encore plus attractive pour les milliers d’ingénieurs établis dans la région.

Quand on pense à la Valley, on ne pense pas immédiatement à Samsung. Le Coréen est pourtant en plein milieu.
Quand on pense à la Valley, on ne pense pas immédiatement à Samsung. Le Coréen est pourtant en plein milieu. // Source : Numerama

Au SRA (Samsung Research America), des chercheurs travaillent sur des thématiques amenées à être intégrées dans les futurs produits de la marque. La 5G y a notamment vu le jour dès 2009, tandis que le paiement (2015), la navigation vocale (2016) et la 6G (2021) ont beaucoup occupé les chercheurs de Samsung ces dernières années (les premiers disques durs sont aussi nés là-bas, il y a plus d’une décennie). Depuis quelques mois, les employés américains de Samsung se concentrent sur une thématique devenue incontournable : l’intelligence artificielle générative.

Samsung et Google, voisins de 6 km

Au lendemain de la présentation des Galaxy S24 et de Galaxy AI, une suite de logiciels qui utilisent l’IA générative, Samsung a invité Numerama et d’autres médias à visiter son SRA, puis à s’entretenir avec quelques-uns de ses responsables américains et coréens. Une occasion de mieux comprendre la direction prise par le géant en matière d’intelligence artificielle, alors que la présentation de la veille laissait planer le doute sur l’utilisation d’un modèle de langage développé en interne ou sur celui de Gemini, développé par Google.

Premier constat : Samsung et Google ne sont vraiment pas loin. Dans le pays où tout se fait en voiture, les 3,7 miles qui séparent les deux stars de l’univers Android sont dérisoires (entre 7 et 10 minutes de route). Le Coréen est installé à Mountain View dans des bâtiments extrêmement modernes, avec toutes les installations incontournables de l’imaginaire de la Silicon Valley. Terrain de basket, terrain de foot, bornes pour véhicules électriques… Samsung s’est particulièrement adapté à la culture locale. Pour nous accueillir, la marque mise d’ailleurs sur un chien-robot Boston Dynamics. Il nous est présenté comme un vigile 2.0, chargé de patrouiller autour des bureaux en permanence. Original.

Pour impressionner les journalistes, quoi de mieux qu'un chien-robot qui se balade pile au moment où le bus arrive ?
Pour impressionner les journalistes, quoi de mieux qu’un chien-robot qui se balade pile au moment où le bus arrive ? // Source : Numerama

À l’intérieur, les bureaux de Samsung ressemblent à des bureaux. Nous n’avons pas pu visiter les open space dans lesquels travaillent les chercheurs (sans doute pour des raisons de confidentialité), mais nous avons été amenés dans de grandes salles de réunion pour discuter avec les représentants de la marque. Il n’y a pas grand-chose à dire de plus sur le laboratoire, qui est exactement ce que l’on pourrait attendre d’un centre de R&D d’une multinationale. Soit un très joli bâtiment, plus sympa que la plupart des locaux parisiens.

Les bureaux de Samsung sont modernes, sans être insolites.
Les bureaux de Samsung sont modernes, sans être insolites. // Source : Numerama

Bixby va-t-il disparaître au profit d’un concurrent de ChatGPT ?

Après une première présentation sur l’histoire de Samsung en Amérique, nous avons eu l’occasion de rencontrer Sally Jeong, la vice-présidente de Samsung en charge de la R&D dans la division mobile depuis 1998.

Sans surprise, la grande majorité des discussions portaient sur l’intelligence artificielle : « L’IA n’est pas nouvelle chez Samsung » a-t-elle rapidement affirmé, en rappelant notamment que les Galaxy S8, dès 2017, introduisaient plusieurs technologies d’analyse locale. Comme de nombreuses marques, Samsung semble avoir pour projet de se distinguer des autres constructeurs en prouvant être arrivé avant ChatGPT. Sally Jeong assume néanmoins l’effet de mode : « Aujourd’hui, tout le monde parle de l’IA. Samsung aussi. »

Un exemple d'article Numerama résumé par Galaxy AI. Dans ce cas, la proposition était très juste. Les points principaux ont bel et bien été identifiés en seulement quelques secondes.
Avec Galaxy AI, un Samsung Galaxy S24 peut résumer une page web en quelques secondes. // Source : Numerama

Surtout populaire en Corée, l’assistant vocal Bixby n’a jamais brillé en France. A-t-il encore un avenir à l’heure de ChatGPT et de Google Bard ? Interrogée par Numerama à ce sujet, Sally Jeong laisse deviner de nombreux changements : « Une évolution est toujours en cours de considération ». Bixby va-t-il devenir aussi intelligent que ChatGPT, en employant un LLM (large language model) ? « Nous avons une discussion interne en cours sur l’avenir. La seule chose que je peux dire, c’est que nous utilisons toutes les technologies à notre disposition pour le développement et l’amélioration de Bixby selon les besoins. »

Bref, il ne serait pas étonnant que Samsung annonce cet été un Bixby 2.0 qui repart de zéro, comme Apple pourrait le faire en juin avec Siri.

Le Galaxy S24 utilise surtout l’intelligence artificielle de Google

Enfin, entre deux explications sur la manière dont l’IA va révolutionner nos vies (notamment en anticipant les habitudes de frappe des utilisateurs), Sally Jeong a eu l’opportunité de répondre à nos questions sur le modèle de langage utilisé par Galaxy AI, la suite de logiciels présentés par Samsung avec ses Galaxy S24.

Contrairement à ce qui nous avait été indiqué initialement, Galaxy AI n’est pas un produit 100 % Samsung. Si le modèle de langage Samsung Gauss est utilisé pour certaines tâches locales (la modification du ton utilisé dans un message par exemple), Sally Jeong confirme à Numerama que la plupart des interactions viennent de Gemini, le modèle multimodal annoncé par Google fin 2023.

Concrètement, tout ce qui fonctionne localement dans les applications Google utilise Gemini-Nano (les messages, le résumé d’une page web…) et tout le reste utilise Gemini-Pro (avec un téléversement sur les serveurs de Google). Les modifications des photos utilisent le modèle Imagen 2 de Google, tandis que Samsung pourrait être le premier à utiliser le modèle surpuissant Gemini-Ultra dans le futur. C’est complexe, mais déjà beaucoup plus clair que la présentation initiale de la marque.

Une des salles de réunion du Samsung Research America.
Une des salles de réunion du Samsung Research America. // Source : Numerama

À quelle fréquence l’intelligence artificielle évoluera-t-elle chez Samsung ? La marque annonce au moins deux mises à jour majeures par an, en début d’année et à l’automne. Il est possible que Samsung serve de plateforme test pour Google, qui déploiera progressivement certaines des fonctions de Galaxy AI au reste de l’univers Android. Avec tous ces éléments en tête, on comprend mieux pourquoi Samsung s’est installé à Mountain View. Mieux vaut avoir son plus proche allié à quelques mètres qu’à l’autre bout du monde.

Source : Numerama

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez les suivants : ne les manquez pas en vous abonnant à Numerama sur Google News.