Un célèbre magazine de science-fiction a annoncé qu’il n’acceptait plus les dépôts de textes pour publication. Ces derniers mois, le nombre de candidatures a explosé à cause de textes écrits par intelligence artificielle, et il devient difficile de faire le tri.

« Les dépôts de candidatures sont fermés. Cela ne devrait pas être dur de comprendre pourquoi ». Ce court message a été publié sur Twitter le 20 février 2023 par Clarkesworld — et il n’en a pas l’air, mais il marque un tournant dans le monde de la littérature et de la création.

Clarkesworld est l’un des magazines de Science Fiction les plus respectés au monde. Le mensuel publie dans chaque numéro plusieurs nouvelles inédites, envoyées par des lecteurs du magazine, et sélectionnées par les membres de la rédaction. Être publié dans Clarkesworld représente pour beaucoup la consécration : le magazine paie bien les auteurs, il a reçu des prix littéraires très prestigieux, et il est lu par un grand nombre de personnalités du milieu.

Seulement, ce 20 février, Neil Clarke, le rédacteur en chef du magazine, a annoncé une douloureuse nouvelle : il n’est plus possible d’envoyer de textes pour publication, et ce, pour une durée indéterminée. Et la raison a à voir avec l’un des thèmes les plus prisés des écrivains de science-fiction : l’intelligence artificielle.

ChatGPT et les IA sont-elles une menace pour les écrivains ?

Le message n’y fait pas directement référence, mais la raison pour laquelle Clarkesworld a pris la décision de ne plus accepter de nouveaux textes est directement liée à l’arrivée de l’intelligence artificielle. Neil Clarke en parlait plus clairement dans un précédent message, publié le 15 février sur Twitter, et dans lequel il montrait la hausse incroyablement du nombre de textes déposés ces derniers mois. La cause ? ChatGPT et d’autres outils de générations de textes, utilisés par des auteurs peu scrupuleux pour plagier d’autres auteurs, ou pour candidater avec des textes de mauvaise qualité.

Dans un post de blog, il explique avoir observé fin 2022 un pic dans les textes « spams » assistés par intelligence artificielle déposés — une tendance qui n’a fait qu’empirer dans les mois qui ont suivi. « Rejeter ces textes et bannir les personnes reste simple, mais leur nombre augment à une vitesse qui rend nécessaire les changements », écrivait déjà Neil Clarke mi-février. « Le pire, c’est que la technologie va s’améliorer, et que la détection va devenir beaucoup plus difficile », indique le rédacteur en chef. « Il existe des outils qui permettent de détecter les textes plagiés et ceux écrits par machines, mais ils peuvent toujours faire des erreurs ».

Les AI sont-elles une menace pour les écrivains ? // Source : Pxhere/CC0 Domaine public (photo recadrée)
Les AI sont-elles une menace pour les écrivains ? // Source : Pxhere/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Chez Numerama, nous avons pu faire le test nous-mêmes : il existe certains outils, comme GPTZero, ou encore Ai Text Classifier, mis au point par OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT. Mais, bien qu’il arrive dans certains cas à reconnaitre les textes écrits par IA, il suffit de réécrire quelques passages pour échapper à la détection. Pire, certains passages rédigés par des humains ont été marqués comme ayant été écrits par ChatGPT.

Pour des magazines comme Clarkesworld, la tâche s’annonce comme presque impossible : comment faire en sorte de retrouver les textes humains parmi les dépôts de plus en plus nombreux de piètre qualité ? Le magazine ne serait pas le seul concerné : Neil Clarke explique avoir contacté d’autres maisons d’édition, qui lui ont indiqué être dans la même situation.

En attendant de trouver une solution pérenne, la seule option pour certains semble donc être de fermer complètement les vannes, aux dépens des écrivains humains. « Il est clair qu’il n’est plus possible de faire comme avant », conclut-il. « J’ai peur que ce chemin mette encore plus de barrières à l’entrée pour les auteurs débutants et internationaux ». Les IA ont peut-être déjà commencé à menacer le travail des auteurs.


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