Une conférence poussive et courte sur Bard, plus une erreur factuelle lors de la démonstration de son intelligence artificielle. Deux ingrédients qui ont plombé Google en bourse, tandis que Microsoft surfe à fond sur ChatGPT.

Google ne gardera pas un très bon souvenir de sa conférence sur l’intelligence artificielle du 8 février 2023, qui apparaît avoir été réorganisée à la dernière minute pour donner le change à ChatGPT, OpenAI et Microsoft. Non seulement les annonces autour du chatbot de Google (Bard) ont été brèves et molles, mais en plus elles ont fait plonger son cours en bourse.

La raison ? Durant la promotion de l’agent conversationnel made in Google, qui repose sur le modèle de langage LaMDA, une erreur factuelle a été commise. Pour une démonstration, cela ne pouvait être que catastrophique — et conforter l’idée que Google a réorienté le thème de sa conférence au dernier moment pour ne pas trop sembler à la traîne sur l’IA générative.

Une erreur puis une conférence poussive

Tout part d’un tweet publié par Google le 6 février, jour de l’annonce de Bard. Dans celui-ci, on voit une animation montrant une question posée au chatbot lui demandant de fournir des exemples de découvertes permises par James Webb et que pourraient comprendre un enfant de neuf ans. Une question banale, que l’on pourrait tout à fait poser à un agent conversationnel.

Or, Bard s’est trompé dans sa réponse. Il a répondu que le télescope James Webb a été le premier observatoire à prendre des images d’une planète située en dehors du Système solaire, sauf que c’est inexact, rappelle la BBC : c’est un autre projet, le Very Large Telescope, situé au Chili, qui a été précurseur dans ce domaine. La découverte remonte à 2004.

Miroir segmenté du JWST. // Source : Credit NASA/Chris Gunn (photo recadrée)
James Webb n’est pas le premier télescope à avoir pris une photo d’une planète située en dehors du Système solaire. // Source : Credit NASA/Chris Gunn

Des astronomes n’ont évidemment pas manqué de relever cette erreur, à l’image de Chris Harrison : « Pourquoi n’avez-vous pas vérifié les faits avant de partager cet exemple ? Si vous utilisez Google pour vérifier des choses, vous verrez que Bard a fait des erreurs. Essayez de googler : ‘quand a été faite la première image directe d’une exoplanète ?’ »

Cette mauvaise réponse, survenue deux jours avant la conférence, associée à la mollesse des annonces, ont entraîné une réaction très négative en bourse. Le titre, qui tournait autour des 106 dollars le 7 février, a perdu plus de 8 % le lendemain, dans la foulée de l’évènement. Il est clair que Google avait initialement prévu de parler d’autres choses, comme Lens, Maps et Arts&Culture — qui ont occupé une part importante du programme.

De nombreux observateurs ont relevé le décalage surprenant entre les attentes de la presse et du public et ce qu’a effectivement montré Google. Le contrecoup est colossal pour la valorisation du groupe : en bourse, ce sont 100 milliards de dollars de capitalisation boursière qui ont été effacées. « Ce doit être l’échec le plus coûteux de tous les temps en matière de démo en direct », a avancé un investisseur.

La conférence poussive de Google sur l'IA s'est répercutée sur son cours en bourse. // Source : Capture d'écran
La conférence poussive de Google sur l’IA et l’erreur lors de la démonstration animée se sont répercutées sur son cours en bourse. // Source : Capture d’écran

Le sentiment qui prédomine est que Google n’a pas du tout envie d’aller dans la même direction que Microsoft et OpenAI, pour des raisons stratégiques. Google exerce sa domination sur le web parce qu’il en est devenu la porte d’accès centrale. Or, ChatGPT pourrait potentiellement le remplacer. Si cela survenait, ce serait une vraie révolution pour le web.

Ce loupé est dommageable pour Google. Il donne non seulement d’être à la traîne sur ces intelligences artificielles génératives, mais en plus de ne pas être tout à fait au niveau — il faut néanmoins nuancer ce dernier constat, en notant que ChatGPT a aussi largement démontré sa faillibilité sur toutes sortes de questions. Mais sur ce terrain, Microsoft n’a rien à perdre.

(mise à jour de l’article avec une correction sur la date de l’erreur : elle a eu lieu deux jours avant la conférence de Google à Paris, dans un tweet publié par le groupe américain)


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