Une nouvelle fonctionnalité dans Google Maps propose des trajets similaires pour atteindre une destination, mais qui nécessitent une consommation moindre de carburant. En échange, il faudra conduire quelques minutes de plus. Une démarche qui se veut éco-responsable, selon Google.

Depuis des années, Google vante son engagement environnemental. En réduisant la consommation énergétique de ses data centers quand c’est possible (l’intelligence artificielle est mobilisée pour trouver des points d’optimisation). En utilisant des sources d’énergie renouvelable pour s’alimenter. Et en promettant de proposer des produits fabriqués à partir de matériaux recyclés.

Les engagements de l’entreprise américaine sont donc anciens et ambitieux. Mais ils sont aussi la cible de critiques.

Greenpeace avait ainsi blâmé Google en 2017 pour des efforts insuffisants. Sa politique en matière climatique a aussi été jugée exagérée, avec des termes flous et le choix d’une stratégie basée sur une compensation du carbone — investir dans des projets « verts » pour équilibrer ses propres émissions. Et fondamentalement, la nature de son business model est perçu inconciliable avec les enjeux.

Google Maps affichera des trajets plus économes en carburant

C’est dans ce contexte que Google entend lancer une nouvelle initiative, en Europe. Mais cette fois, il s’agit de mobiliser le public. La firme de Mountain View veut mettre à profit Google Maps, son application de cartographie et de navigation. Le but ? Proposer aux internautes des routes qui sont susceptibles de consommer moins de carburant.

Google Maps est un service très apprécié pour suivre un trajet sur la route — comme Waze. Si l’entreprise américaine reste évasive quant au nombre de personnes s’en servant sur le Vieux Continent ou dans le reste du monde, il est acquis que cette appli est l’une des plus utilisées. Dès lors, pourquoi ne pas en faire un levier d’action au profit du climat ?

Cette idée se tient quand on sait que la voiture est le principal poste d’émission de gaz à effet de serre dans le monde. Globalement, le trafic routier (comprenant les voitures, les camions, les bus, etc.) était à l’origine de 75 % de ces émissions en 2021, selon l’Agence Internationale de l’Énergie. Régler le réchauffement climatique passera par régler la question du transport.

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Du dioxyde de carbone. Allégorie. // Source : Frédéric Bisson

C’est pour cela que Google veut désormais utiliser Google Maps pour proposer des routes qui entraînent une consommation moindre d’essence, par rapport à d’autres. Qui dit consommation moindre dit pollution réduite. Et aussi moins de dépense à la pompe. Car le prix du carburant a fortement augmenté. Un plein peut dépasser les 100 euros pour une grosse voiture. Et de loin.

Ce service, déjà actif aux États-Unis, au Canada et en Allemagne, est maintenant étendu à l’ensemble de l’Europe, dont la France, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse. Il est possible de préciser dans l’application le type de carburant dont se sert le véhicule (diesel, essence, électrique…), afin de proposer une estimation plus fine des gains en matière de pollution.

Concrètement, l’internaute n’aura qu’à entrer sa destination et l’application fournira un visuel avec une proposition de trajet ainsi que des alternatives. L’une des routes sera indiquée comme moins polluante avec la présence d’une icône représentant une feuille. Libre ensuite à l’utilisateur de choisir s’il veut la suivre ou opter pour un autre circuit.

Google a fait savoir lors d’un point presse que ces trajets auront à peu près le même temps de parcours — il s’agit en clair d’éviter de proposer des routes absurdes, qui seraient potentiellement idéales d’un point de vue de la consommation, mais qui demanderaient de faire un trajet plus long. Quel serait l’écart maximal acceptable ? Google ne le dit pas.

Google Maps éco-responsable
L’outil de Google en action. // Source : Google

Cependant, les écarts doivent être de quelques minutes à peine. Un visuel montrait une différence de trois minutes. Dans un billet de blog publié le 7 septembre, il est présenté un cas de figure entre Limoges et Bergerac. La durée du voyage est rallongée de dix minutes, mais au bénéfice d’une économie de 30 % de la consommation de carburant.

L’option de Maps se veut aussi fine que possible — outre le carburant, Google dit avoir pris en compte le relief de la route pour être au plus juste (par exemple, si on grimpe une côte), mais aussi le trafic. L’entreprise s’appuie sur des données du département américain de l’énergie, de l’Agence européenne pour l’environnement et ses propres datas de tendance de circulation.

Mais l’exercice a encore quelques limites et Google l’a reconnu : d’abord, il lui faut toujours plus de données pour préciser ses modèles et ses algorithmes. Ensuite, il y a des indications auxquelles elle n’a pas (encore ?) accès : par exemple, le type de véhicule, ce qui pourrait renseigner sur sa masse et son aérodynamisme. Ou bien encore sur la pratique de l’écoconduite.

Un outil, qui ne fera pas tout

Il faut prendre l’option pour ce qu’elle est : un outil entrant dans une réflexion sur le transport. Même si le calcul des émissions reste une estimation, elle permet de manipuler des ordres de grandeur et de rappeler à l’automobiliste l’enjeu climatique, ne serait-ce qu’en affichant une icône. Agir sur une fraction des usagers de Maps serait déjà considérable.

D’ailleurs, Google évalue à 500 000 tonnes les émissions de dioxyde de carbone qui auraient été évitées aux États-Unis et au Canada grâce au déploiement de cette fonctionnalité. Ces 500 000 tonnes représentent 100 000 voitures à moteur thermique qui auraient été retirées de la circulation. Preuve, si l’on suit Google, que l’outil sert et n’est pas un gadget

Intéressant, l’outil de Maps reste toutefois dans une logique d’usage de la voiture : or, le défi du climat est peut-être celui du défi de l’abandon de la voiture, au moins pour des trajets sur lesquels on peut passer à un autre moyen de transport (marche à pied, bus, train, vélo, trottinette, etc.) sans trop de mal. D’ailleurs, Google s’efforce d’inclure et de pousser ces alternatives.

Le bénéfice de cette bascule a été perçu récemment en Allemagne. En mettant le ticket de train à 9 euros, le public l’a bien plus pris pour se déplacer dans le pays. Les estimations de l’association des entreprises de transport public, VDV, qui a un intérêt au succès du train et du bus, indiquent que l’émission de 1,8 million de tonnes de dioxyde de carbone a été évitée.