Malgré ce marché baissier dans lequel s’embourbent le bitcoin et ses 20 000 autres concurrents numériques, la construction de l’écosystème blockchain se poursuivrait solidement. Analyse.

« Un bear market ? Plutôt un build market ! » Voilà le trait d’esprit réconfortant signé Michael Graham et Joseph Vafi, deux analystes spécialisés en actifs digitaux chez l’un des plus importants courtiers indépendants Canaccord Genuity. Malgré ce marché durablement baissier et assez déprimant, avouent-ils dans un rapport destiné à leurs clients, le développement du web3 et de l’économie blockchainisée se poursuivrait de façon robuste.

Ils en veulent d’emblée pour indicateur le niveau des investissements, en ressources financières comme humaines. Les entreprises crypto ont levé 25 milliards de capitaux privés en 2021 et plus de 15 milliards rien que sur la première partie de cette année. Une grande partie de cet argent servira à financer les développeurs qui affluent à un rythme soutenu vers l’écosystème blockchain. Les nouvelles mains ouvrières de « l’Internet décentralisé » se chiffraient à plus de 36 000 l’an passé.

Bien que ces chiffres restent faibles par rapport à la population globale des devs, les analystes de Canaccord Genuity gardent un optimisme « très constructif » quant à la capacité de la communauté web3 pour résister à la tempête actuelle. Car les ingrédients seraient réunis pour qu’émerge de ce reflux du marché « un nombre plus important de projets plus pertinents, stables et à plus grande échelle ».

Pas de vacances de la construction

Personne ne sait précisément d’où provient cette expression de « build market », mais entrepreneurs crypto, investisseurs et analystes suivant cette jeune industrie la trouve tout à fait appropriée à la situation. En cette période de purge (les spéculateurs et les touristes ayant déserté le marché), les acteurs souffrent moins des interférences causées par l’affolement des cours boursiers. Les « bâtisseurs » peuvent se concentrer sur l’innovation technologique.

Cette philosophie théorico-romantique, l’équipe de Michael Graham y souscrit plus que jamais, estimant que l’utilité des solutions crypto a considérablement augmenté pour le secteur technologique en particulier et l’économie en général.

total digital asset market cap

« Nous avons déjà vu des altcoins, qui, dans de nombreux cas, représentent des innovations de blockchain ‘scalables’, capturer une part considérablement accrue de la valeur du marché crypto au cours de la dernière année », font remarquer les analystes.

La prédominance des altcoins sur le marché, à savoir la capitalisation cumulée des cryptomonnaies, tokens et autres coins à l’exclusion du bitcoin et de l’ether en pourcentage de la capitalisation totale des actifs numériques, a continué de grandir au second trimestre à 44 % contre 36 % un an plus tôt.

Le paradoxe des stablecoins

Cette croissance a été alimentée par l’essor des… stablecoins. Surtout le dollar numérique de Circle (USDC), le token Dai de la plateforme autonome MakerDAO (DAI) et le token de Tether (USDT), la « banque des cryptos » dont la qualité des réserves préoccupe depuis longtemps.

Pendant ce temps-là, les développeurs informatiques continuent de se lancer dans le web3 à un rythme impressionnant. Et même s’ils ne représentent qu’une toute petite fraction de la communauté mondiale des devs, Canaccord assure qu’il existe un fort potentiel de croissance.

Surtout compte tenu des volumes des financements privés et autres interventions de risqueurs de capitaux qui ouvrent un boulevard royal pour l’innovation, répètent les analystes. « Tout comme le dernier cycle baissier avait donné naissance à la DeFi et aux NFT. »