Une distribution mondiale équitable des vaccins contre le coronavirus SARS-CoV-2 est la meilleure — la seule — solution pour réellement sortir de la pandémie.

Alors que 61 % de la population mondiale a d’ores et déjà reçu au moins une dose du vaccin contre le coronavirus, ce chiffre tombe à 10 % pour les pays aux plus bas revenus. En août 2021, ce dernier chiffre était de 1 % : la progression est bien trop lente. L’inégalité de la vaccination à l’échelle de la planète est un fait acté et un véritable problème. L’Organisation mondiale de la Santé avait déjà alerté en fin d’année, dénonçant un monopole des doses de vaccin par les pays aux hauts revenus. La revue Nature faisait l’hypothèse que « la plupart des habitants des pays les plus pauvres devront attendre encore deux ans avant d’être vaccinés contre le COVID-19 ».

Une distribution équitable est pourtant déterminante dans l’avenir de la pandémie pour protéger tout le monde : à l’image du port généralisé du masque, il faut qu’un maximum de personnes soit protégé pour assurer la sécurité collective la plus étendue. Une étude scientifique, publiée le 31 janvier 2022 dans Nature Human Behavior, vient encore rappeler qu’un « accès équitable aux vaccins Covid-19 fait toute la différence pour sauver des vies dans tous les pays du monde ».

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Il faut une distribution équitable des doses de vaccin pour venir à bout de la pandémie du covid. // Source : Freepik

Une répartition équitable des vaccins freinera la pandémie

Le constat préalable posé par cette étude n’est autre que celui qui est à déplorer depuis plusieurs mois : « Malgré un large consensus sur les conséquences négatives de l’iniquité vaccinale, la distribution des vaccins COVID-19 est déséquilibrée. L’accès aux vaccins est bien plus important dans les pays à revenu élevé que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. » Les auteurs s’intéressent aux conséquences concrètes de ce manque d’équité, en modélisant différentes configurations dans la distribution des vaccins, à partir de l’efficacité des vaccins à ce jour, de la dynamique de l’évolution virale (en prenant en compte les derniers variants) et de la circulation mondiale des populations.

« Les stratégies d’allocation équitable des vaccins (…) freinent considérablement la propagation de nouvelles souches. »

étude dans Nature, 31 janvier 2021

Résultat, ils ne constatent pas seulement des taux élevés d’infections et de décès dans les pays qui n’ont que faiblement accès à la vaccination, ils montrent que de telles disparités « conduisent à des épidémies plus précoces et plus importantes de nouvelles vagues ». Le monopole des pays riches sur les doses de vaccin ne procure littéralement aucun avantage à quiconque : tout le monde est perdant, tant pour la santé publique que pour l’économie ou pour la société, puisque cela ne fait que prolonger la pandémie. Plus la pandémie se prolonge, plus les risques de réinfection sont grands, plus les risques de nouvelles souches sont élevés, plus les vagues sont susceptibles de se répéter.

En clair, l’équité n’est pas seulement l’expression de ce qui devrait être la plus élémentaire solidarité, c’est aussi, tout bonnement, la meilleure solution de gestion de crise. « Les stratégies d’allocation équitable des vaccins, en revanche, freinent considérablement la propagation des nouvelles souches », concluent les auteurs de cette étude. Ils ne font donc pas seulement appel à la solidarité, mais aussi à la rationalité : faire des dons « immédiats et généreux » de vaccins aux pays à moyens et faibles revenus est « un moyen rationnel de protéger tout le monde ».