La perte de goût et d'odorat est un symptôme fréquent provoqué par le coronavirus. Ces sens peuvent se rétablir spontanément en quelques jours, mais également persister. Que sait-on sur les délais de recouvrement ?

Dès les premiers mois de la pandémie, il est apparu que la maladie Covid-19 était reconnaissable à certains symptômes habituellement rares : la perte du goût et de l’odorat. Du jour au lendemain, des patients ne sont plus en mesure de différencier des aliments en les mangeant (agueusie), ou de les reconnaître à l’odeur sans les regarder (anosmie). Cela peut aussi entraîner une altération des goûts (dysgueusie, parosmie…). Ces symptômes typiques du covid peuvent être particulièrement difficiles à vivre. A noter que la perte d’odorat entraîne souvent une perte au moins partielle du goût : ces deux symptômes sont donc liés.

Après un an et demi de pandémie, les scientifiques commencent à avoir suffisamment de recul, au fil d’études, pour préciser les contours de cette perte de goût et d’odorat. On sait, par exemple, que cela concerne aussi bien des formes légères que des formes plus sévères de la maladie Covid-19.  Le coronavirus infecte les neurones sensoriels, ce qui provoque une inflammation persistante de l’épithélium et du système nerveux olfactif. En clair : le coronavirus peut détériorer les cellules du bulbe olfactif, ce qui génère l’anosmie et l’agueusie.

Il faut ensuite du temps pour que ces cellules se régénèrent et pour que le cerveau se rééduque à reconnaitre les odeurs. Des études sont sorties pour détailler, justement, la durée de ce recouvrement.

De quelques semaines à plusieurs mois

Ce sont des symptômes qui peuvent avoir une durée très courte. Les sens se rétabliront alors spontanément assez rapidement. On considère que l’anosmie et l’agueusie deviennent en revanche persistantes dès lors que cela dépasse 7 à 15 jours sans amélioration.

Les derniers travaux en date sur l’anosmie persistante due au coronavirus ont été publiés le 24 juin 2021 dans la revue médicale JAMA. Les auteurs y ont suivi 97 patients dont la perte d’odorat dépassait sept jours, afin d’évaluer l’évolution de ces symptômes. Pour une grande partie de l’échantillon, cela a duré quelques semaines à quelques mois. Après quatre mois, 8 patients (soit 15,7 %) n’avaient toujours pas recouvré ce sens. À partir du huitième mois, deux patients avaient encore les symptômes, et, pour ces derniers, cela a duré une année complète. L’étude dresse donc une limite maximale d’une année pour retrouver l’odorat (sauf cas rares). Une majorité de recouvrements a lieu entre 15 jours et 4 mois, ce qui reste long à vivre.

« Nous avons également confirmé l’existence de divergences entre l’auto-évaluation et les tests objectifs, les participants ayant tendance à sous-estimer le retour de la normosmie [le sens de l’odorat]. Cela souligne l’importance d’appliquer les deux méthodes pour l’évaluation des troubles olfactifs post-viraux », ajoutent les auteurs dans leur papier de recherche.

Même de très bonnes odeurs sont indétectables en cas d’anosmie. // Source : Pexels

Ces derniers résultats sont assez cohérents avec une précédente étude belge menée avec 1 363 patients situés dans 18 hôpitaux européens différents. Ces travaux publiés en janvier 2021 concluaient que 328 patients (24,1 %) n’avaient pas retrouvé l’odorat à 60 jours après le début du symptôme. À 6 mois, 95 % des patients avaient finalement recouvré le sens.

L’éventail des délais reste assez large. L’anosmie peut durer un certain nombre de mois, mais seule une faible portion de personnes voient ce symptôme durer au-delà de 4 à 6 mois. « Selon nos résultats, la perte de l’odorat dans la Covid-19 peut persister plusieurs mois chez certains patients, et cette persistance des signes cliniques est attribuable à la persistance du virus et de l’inflammation dans la muqueuse olfactive  », commentait, en mai 2021, Marc Lecuit, responsable de l’unité Biologie de l’Infection (Institut Pasteur, Inserm, Université de Paris, AP-HP) et co-auteur d’une étude de l’Institut Pasteur dédiée à comprendre les mécanismes de cette perte de goût.

Ce sont des délais bien supérieurs à ce qui advient pour la perte d’odorat due à une grippe ou à une rhinosinusite, maladies habituelles où cela ne dure que 3 à 7 jours maximum.

La nécessaire rééducation

Les patients touchés par la perte de goût et d’odorat peuvent, ceci dit, être aidés par de la rééducation, qui vise à retrouver ces sens lorsqu’ils ne semblent pas revenir naturellement. Après la perte des cellules liées à l’olfaction, le cerveau perd l’habitude de la reconnaissance d’odeurs : il a donc besoin de réapprendre ce mécanisme. Le cerveau va le faire naturellement, mais il peut être aidé.

« Mettre en route le plus rapidement possible la rééducation olfactive est primordial car cela reste pour le moment le seul traitement ayant prouvé son efficacité lors de prise en charge d’anosmie post virale », recommandait la Haute autorité de Santé dans un document publié en février 2021. Cette rééducation doit advenir rapidement, et être encadrée — il faut veiller à ne pas suivre n’importe quel conseil trouvé sur internet, mais se fier à des recommandations médicales.

L’évolution de ces symptômes d’anosmie et d’agueusie peut donner lieu à d’autres symptômes parallèles. Dans certains cas, les pertes de goût et d’odorat provoquées par le coronavirus entraînent un phénomène nommé parosmie : la stimulation olfactive ne correspond pas à ce qui est effectivement ressenti. C’est une distorsion de l’odeur réelle qui, en général, fait percevoir aux patients une odeur désagréable. Ces parosmies « sont fréquentes lors de la récupération neurosensorielle et plutôt de bon pronostic », explique la HAS. C’est une situation qui peut toutefois s’avérer assez longue dans des cas rares, des témoignages rapportant une dizaine de mois parfois.

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