On a longtemps cru que la fumée de cigarette transportait plus aisément des particules de Sars-CoV-2. Mais, s’il vaut mieux éviter de s’approcher d’une personne qui fume, c’est essentiellement lié à la transmission par aérosols.

En août 2020, l’Espagne interdisait de fumer dans la rue dès lors que la distance de deux mètres entre les personnes ne pouvait être respectée. Cette mesure était apparue, aux yeux de nombreux experts, comme inutile, car la transmission du Sars-Cov-2 par la fumée de cigarette, de vape ou de chicha n’a pas été démontrée.

« Il n’existe aucune donnée qui montre que la fumée de cigarette serait plus contagieuse que l’air expiré, le virus ne s’accroche pas aux molécules présentes dans cette fumée », a d’ailleurs confirmé à Numerama la Dre Corinne Depargne, pneumologue et membre du collectif Du Côté de La Science. Soucieuse d’une meilleure prévention, elle ajoute cependant : «  Le tabagisme passif provoque des lésions de l’épithélium bronchique qui peuvent rendre le fumeur passif plus sensibles aux infections et il est possible que ses poumons fixent davantage le virus. »

Mais, ce qui a changé depuis août 2020, c’est une meilleure connaissance des modes de transmission du virus d’une manière globale. Et là, force est de reconnaître que le changement de paradigme invite à repenser le bienfondé de la mesure espagnole — et peut-être à l’appliquer au moins pour les terrasses françaises.

Au risque des aérosols

Depuis août 2020, il a été établi que le Sars-CoV-2 se transmet essentiellement par aérosols plutôt que par gouttelettes et le manuportage comme cela avait été supposé auparavant.

Le Collectif Adios Corona définit les aérosols comme « des nuages de micro-gouttes dont le diamètre est typiquement inférieur à 2,5 µm (au maximum 1-5 µm selon les auteurs), et généralement compris entre 0,25 et 1 µm. Ces microgouttes peuvent rester plusieurs heures dans l’air.  »  Dès lors que nous respirons, nous émettons des aérosols. Et, nous en émettons encore davantage lorsque nous parlons, rions, chantons, effectuons un effort intense ou bien encore… fumons. Il est d’ailleurs possible, afin de mieux comprendre les aérosols, de faire un analogie avec la fumée de cigarette : l’aérosol se déplace dans l’air et se concentre dans les pièces fermées. Il peut, en outre, se déplacer sur une dizaine de mètres et il pénètre profondément dans les poumons.

Pour dire les choses autrement, lorsque l’on voit la fumée de cigarette qui s’échappe de la bouche d’un fumeur ou d’une fumeuse, on visualise en partie les aérosols qu’il émet en fumant, aérosols qui transportent avec eux le Sars-CoV-2, si la personne est positive.

Dès lors, le risque potentiel à être dans la même pièce qu’une personne qui fume ou à proximité d’elle dans un endroit extérieur est plus compréhensible. Comme l’explique Charlotte Jacquemot, Dre en neuropsychologie interventionnelle et membre du collectif Adios Corona : « Une personne qui fume est une personne qui enlève son masque et qui émet davantage d’aérosols que si elle était simplement en train de parler normalement ou de manger. »  Le Dre Corinne Depagne va dans le même sens : «  Lorsque l’on expire de la fumée, l’expiration est plus forte et plus rapide. Alors, si la personne est positive au Covid-19, les aérosols qu’elle émet sont davantage chargés en Sars-CoV-2 et le risque de transmission est plus important. »

En outre, les fumeurs et fumeuses sont davantage sujets à la toux et aux sécrétions bronchiques ce qui tend à augmenter le risque de transmission par gouttelettes (postillons) en cas d’infection.

De la fumée de cigarette // Source : pxhere

Comment limiter le risque ?

Alors, que faire ? D’abord, bien sûr, garder systématiquement le masque et ne pas fumer dans un lieu clos. Pour ce qui est des terrasses qui, il faut bien le reconnaître, respectent assez peu les règles de distanciation et sont souvent couvertes (gênant ainsi la « dilution » des aérosols dans l’air) la Dre Corinne Depagne est formelle : «  Il faut absolument choisir une table éloignée d’une table de fumeurs et fumeuses  ».

En effet, si les aérosols ont la capacité de se dissoudre dans l’air, un contact rapproché et prolongé comme entre deux tables contiguës dans un lieu plus ou moins bien ventilé expose à davantage de risques. Ceci est vrai qu’il s’agisse de tabac, de cannabis, de vape ou de chicha : dès lors que la fumée est visible ou dès lors que vous la sentez, mieux vaut s’éloigner si vous avez l’intention de rester un moment. Taquine et fervente militante anti-tabac, la pneumologue ajoute : «  De toutes les façons, fumer tue et mieux vaut se tenir à distance des fumeurs car le tabagisme passif fait aussi des ravages.  »

Terminons sur l’interdiction de fumer dans la rue. Si vous ne faites qui croiser une personne qui fume, à l’air libre, le risque est extrêmement faible d’attraper le covid si elle est infectée. Il existe en revanche dès lors que l’exposition est rapprochée et prolongée par exemple… dans la queue devant le labo pour aller faire un test PCR.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo