Pour mieux comprendre les mécanismes immunitaires liés au coronavirus, et notamment les raisons des réinfections après guérison, une étude anglaise entreprend de réinfecter des volontaires une deuxième fois avec le pathogène.

Un peu plus d’un an après le début de la pandémie, il perdure beaucoup d’incertitudes autour du fonctionnement de l’immunité face au coronavirus SARS-CoV-2. Combien de temps dure-t-elle exactement ? Pourquoi certaines personnes sont-elles réinfectées quelque temps après une guérison complète, qui devrait pourtant conférer une immunité d’au moins plusieurs mois ?

Le lundi 19 avril 2021, l’université d’Oxford a annoncé le lancement d’un essai clinique humain visant à étudier quel type de réponse immunitaire peut empêcher d’être réinfecté et à mesurer comment réagit le système immunitaire la deuxième fois. Pour ce faire, des personnes ayant déjà été infectées par le coronavirus SARS-CoV-2, et ayant guéri, seront volontairement réexposées au pathogène — la souche dite « classique » et non un variant.

Il reste difficile de savoir dans quelle mesure une personne peut être réinfectée ou non après avoir déjà guéri du coronavirus. // Source : Pixabay

Un essai clinique de ce type a des avantages scientifiques, tout particulièrement parce que, contrairement à une infection naturelle, tout est contrôlé, mesuré, scruté durant l’essai. « Lorsque nous réinfecterons ces participants, nous saurons exactement comment leur système immunitaire a réagi à la première infection par le coronavirus, à quel moment précis la deuxième infection se produit et quelle quantité exacte de virus ils ont reçue. En plus d’améliorer nos connaissances de base, cela pourrait nous aider à concevoir des tests permettant de prédire avec précision si les gens sont protégés ou non », explique, sur le site de l’université, Helen McShane, professeure en vaccinologie et cheffe de cette étude.

Comment le système immunitaire répond-il à une deuxième infection ?

La première phase de l’essai va démarrer en cette fin avril et doit déterminer à partir de quelle charge virale la réinfection peut advenir, pour au moins la moitié des cas de réinfection, que cela produise un cas symptomatique ou asymptomatique. Cela permettra d’établir une dose d’exposition standard à partir de laquelle la réinfection a le plus de chances d’advenir. En clair, il s’agit de mesurer à quelle charge virale minimale et moyenne on doit être exposé pour risquer une réinfection.

Puis, en phase 2, à l’été 2021, les nouveaux participants se verront inoculer exclusivement cette dose standard, après que leurs capacités immunitaires aient été évaluées. Les scientifiques mesureront alors la quantité de virus post-infection, à différents stades, ce qui permettra de relier l’exposition initiale, les capacités immunitaires et l’infection qui en résulte ainsi que sa progression. Cette phrase pourrait donc permettre de comprendre quelle réponse immunitaire génère une deuxième infection au coronavirus.

Bien évidemment, réinfecter des volontaires n’est pas un geste anodin : l’état de santé et les risques infectiologiques seront encadrés tout au long de l’essai clinique. Les participants seront des gens « en bonne santé », âgés de 18 à 30 ans, qui n’ont plus aucune trace du pathogène dans leur organisme après guérison. Ils seront par ailleurs confinés dans une suite hospitalière élaborée pour cette étude, pendant 17 jours minimum, et ne pourront en sortir que lorsqu’ils auront pleinement guéri de la réinfection — après leur sortie, ils seront encore suivis pendant au moins huit rendez-vous médicaux. Pour surveiller l’évolution de la maladie après la réinfection volontaire, les médecins procéderont à divers tests, tels que des scanners des poumons et une IRM du cœur. En cas de symptômes, ils seront traités à partir d’un traitement à anticorps monoclonaux (celui de Regeneron). Au total, l’essai clinique s’étendra sur douze mois.

« Cette étude peut potentiellement transformer nos connaissances en fournissant des données de haute qualité sur la façon dont notre système immunitaire répond à une seconde infection par ce virus », détaille Helen McShane. «  Les résultats pourraient avoir des implications importantes sur la façon dont nous traiterons le Covid-19 à l’avenir, et contribuer non seulement à la mise au point des vaccins, mais aussi à la recherche de traitements efficaces dont nous avons besoin de toute urgence. »

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