KIC 8462852, aussi connue sous le nom d'étoile de Tabby, connaît des oscillations de luminosité irrégulières et toujours inexpliquées. Des scientifiques pensent que l'astre pourrait avoir un compagnon, qui contribuerait au phénomène.

Les mystérieuses variations de luminosité de KIC 8462852, aussi dite étoile de Tabby, ont-elles enfin une explication ? En 2015, le clignotement atypique de l’astre avait attiré l’attention, donnant lieu à des théories plus ou moins surprenantes (des aliens, par exemple). Un nouvel indice est en faveur d’une explication moins farfelue : l’étoile de Tabby aurait une étoile compagnon, qui contribuerait à ces oscillations lumineuses irrégulières, a repéré ScienceAlert.

Les scientifiques détaillent leur trouvaille dans une étude, déposée sur arXiv le 15 janvier 2021 et acceptée pour une publication dans The Astrophysical Journal. « De nombreuses causes possibles ont été avancées pour expliquer la courbe de lumière inhabituelle de KIC 8462852 », rappellent les auteurs. Il s’agit d’une étoile jaune-blanc de la séquence principale, située à 1 470 années-lumière, qui doit son surnom d’étoile de Tabby à l’astronome américaine Tabetha S. Boyajian. Elle avait mis en évidence les propriétés étonnantes de l’astre.

Observations de l’étoile (Hereford Arizona Observatory) en 2017. // Source : Wikimedia/CC/Bruce Gary

Plusieurs scénarios écartés

À l’aide du télescope spatial Kepler, des modifications de luminosité non périodiques ont été constatées. Aucune hypothèse n’a pour l’instant été suffisamment convaincante pour comprendre le phénomène à l’œuvre. L’idée qu’il puisse s’agir d’une exoplanète passant devant l’étoile, vue de la Terre, est à exclure. Si c’était le cas, l’étoile ne serait que très légèrement assombrie, et cela se produirait à des intervalles de temps réguliers.

Comme le relève ScienceAlert, l’hypothèse d’un objet solide est de toute façon à écarter, car il devrait bloquer la lumière dans toutes les longueurs d’onde. Or, on a constaté que certaines longueurs d’onde sont davantage bloquées que d’autres lorsque KIC 8462852 connaît des variations. Le scénario d’une mégastructure extraterrestre, qui avait pu être invoqué, manque donc encore plus de crédibilité. En 2018, des astronomes avaient plutôt mis en cause la poussière interstellaire et de potentiels débris de planétésimaux (des corps solides formés lors de l’agglomération de planètes) ou de comètes, associées à des variations de luminosité classiques de l’étoile.

« Un système binaire lié par la gravité »

Pour tenter de vérifier la présence d’un éventuel compagnon de l’étoile, les chercheurs ont mobilisé 5 années d’observations, effectuées avec le télescope Keck II de l’observatoire W. M. Keck sur l’île d’Hawaï. Ils s’en sont servi pour montrer que KIC 8462852 et son compagnon semblent bien être « un système binaire lié par la gravité » et « que les deux objets présentent un mouvement propre commun », écrivent-ils. Les deux étoiles pourraient être séparées par une distance de 880 unités astronomiques.

  • KIC 8462852 A en serait l’étoile principale, avec une masse d’environ 1,36 fois celle du Soleil, et 1,5 fois sa taille,
  • KIC 8462852 B, le compagnon, serait une naine rouge, représentant 0,44 fois la masse du Soleil, et 0,45 fois sa taille.

« Il est peu probable qu’il [KIC 8462852 B] influence directement la courbe de lumière de KIC 8462852 A », compte tenu de la distance qui les sépare, constatent les auteurs. Néanmoins, ils notent que « le compagnon binaire peut influencer l’évolution à long terme du système ». De futures observations sont nécessaires pour confirmer l’hypothèse et préciser les relations entre les deux étoiles, si le compagnon existe bel et bien.

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