Et si, dans le fameux « monde d'après », passer à la semaine de 4 jours était l'une des solutions contre le changement climatique et la pollution ?

La pandémie causée par la maladie Covid-19 a créé une crise sanitaire inédite, qui a elle-même déclenché une onde de choc sociale, économique, écologique. En témoignent les intenses débats sur un « monde d’après », les dysfonctionnements du « monde d’avant » ont été mis en exergue par cette crise. Parmi eux, on retrouve les enjeux environnementaux et climatiques. Voir la chute des émissions polluantes, pendant les confinements à travers le monde, a de quoi déclencher des prises de conscience. Une partie de la population s’est aussi mise à privilégier les circuits courts ou les déplacements non-polluants, tandis que certaines villes mondiales se sont engagées à une reprise soutenable écologiquement.

Alors que les déconfinements s’organisent ou se pérennisent, les idées ne manquent pas pour créer une relance qui soit également un renouveau, plus soutenable. Le défi est notamment de trouver un équilibre entre la nécessité de faire redémarrer l’économie et celle que cela ne génère un regain de pollution, comme le risque commence déjà à apparaître en Chine. La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a ainsi expliqué, durant un Facebook Live sur sa page, que la semaine de quatre jours était l’une des solutions viables ; tout comme l’instauration de nouveaux jours fériés.

L’objectif est de relancer l’économie. L’idée derrière est simple : avec moins de jours travaillés, plus de temps se libère pour d’autres activités, ce qui serait bénéfique au secteur du tourisme local, autant qu’à la santé mentale de la population. La proposition n’est pas nouvelle. Au-delà de la métamorphose sociale que générait ce nouveau modèle, celui-ci n’est pas dénué d’une dimension environnementale, bien au contraire. Alors, faudrait-il travailler moins pour polluer moins ?

La semaine de 4 jours impliquerait des kilométrages en moins, et donc une réduction de l’impact carbone du trafic routier. // Source : Flickr/CC/Jean-François Gornet

Le lien entre environnement et travail est « significatif »

De nombreux travaux de recherche se sont penchés sur le lien entre les heures de travail et les émissions de gaz à effet de serre. Une étude axée sur la Suède et publiée en 2015 en arrive à la conclusion qu’un temps de travail diminué de 1 % peut réduire la dépense énergétique de 0,7 % et les émissions polluantes de 0,8 %. « Une réduction progressive vers une semaine de travail de 30 heures d’ici 2040 entraînerait une croissance nettement plus lente de la demande énergétique, ce qui permettrait également d’atteindre plus facilement les objectifs climatiques », notent les chercheurs suédois. Un constat qui se confirme aussi lors d’une analyse de 2018 portée sur le temps de travail aux États-Unis : en plus des bénéfices sociaux comme la protection de l’emploi et la qualité de vie, «  la réduction du temps de travail est une politique clé pour réduire les émissions ».

Une autre étude plus globale établissait, dès 2012, un lien « significatif » entre le nombre d’heures de travail et trois variables : l’empreinte écologique, l’empreinte carbone et les émissions de dioxyde de carbone. Une réduction de 1 % dans le nombre d’heures de travail impliquerait, selon leur échelle, une réduction de 1,21 % de l’empreinte écologique, de 1,46 % de l’empreinte carbone et de 4,2 % des émissions de CO2. «  Cette recherche suggère que des heures réduites de travail peuvent contribuer à la soutenabilité en abaissant l’étendue à la fois de la production et de la consommation. »

Le kilométrage pourrait diminuer de 9 %

L’un des points clés du lien entre pollution et heures de travail provient du trafic routier. D’ailleurs, l’importante chute de pollution qui a eu lieu dans les pays confinés provient à hauteur de 43 % de la baisse d’utilisation des véhicules terrestres. Des économistes britanniques ont tenté de préciser le lien entre le temps de travail et le trafic. Ils ont publié leurs résultats sous la forme d’un livre blanc.

Leur enquête repose sur l’interrogation d’un échantillon de 505 chefs d’entreprise, et d’un échantillon de 2 063 personnes adultes représentatif du Royaume-Uni en termes d’âge, genre et religion. Le sondage les questionnait sur les changements dans leurs habitudes qu’impliquerait une semaine de quatre jours. Les réponses des échantillons ont ensuite été mises à l’échelle du pays. Il en résulte que les employés se rendant au travail rouleraient à eux tous et eux toutes 558 millions de kilomètres de moins chaque semaine. Au final, le kilométrage parcouru en voiture pourrait diminuer de 9 %.

Avec ces kilométrages en moins, l’empreinte carbone serait de fait amoindrie. À cela, il faut ajouter une moindre utilisation en biens et services à forte intensité énergétique ou carbone sur le lieu de travail. De manière générale, les auteurs estiment qu’il s’agit d’un cycle potentiellement vertueux. «  Un meilleur environnement avec moins de polluants peut améliorer les niveaux de productivité. Par conséquent, les avantages environnementaux d’une semaine de quatre jours peuvent également être considérés comme un investissement dans le capital humain. »

La limite du scénario positif : les pratiques hors du travail

Attention toutefois à ne pas s’en tenir à un scénario tout rose, préviennent ces économistes. Un tel changement dans le secteur du travail ne pourrait pas se passer d’un changement plus large dans les pratiques. Car, oui, il reste à savoir à quoi ressemblerait ce week-end de trois jours. Si c’est pour davantage voyager en avion, regarder la télévision toute la journée en faisant tourner la climatisation ou le chauffage au maximum, ce jour supplémentaire ne servira à rien.

« Les bénéfices nets dépendent de la façon dont les travailleurs utilisent le week-end de trois jours », affirment les auteurs de cette étude britannique. Et il ne faut pas non plus que la semaine raccourcie intervienne avec la même charge de travail, avec quatre journées certes, mais plus lourdes, plus longues.

La semaine de quatre jours a donc indéniablement un véritable potentiel. Mais pour qu’elle puisse être appliquée, elle doit s’inscrire dans un changement de fond. Au niveau micro, de nouvelles pratiques de consommation et de divertissement. Au niveau macro, des « investissements supplémentaires dans des infrastructures à moindre intensité carbone », afin d’aboutir à «  de meilleurs transports publics, davantage de parcs, de bibliothèques, de centres communautaires et d’installations sportives ».

Partager sur les réseaux sociaux