Le ministère de la Santé a précisé que les anti-inflammatoires peuvent être un facteur d'aggravation de Covid-19. Le but est de limiter l'auto-médication, car ces médicaments peuvent provoquer une surinfection.

Alors que Covid-19 est aujourd’hui à l’origine de 3 600 cas et 79 morts en France, ce samedi 14 mars 2020, le ministre de la Santé a publié un tweet dans lequel il met en garde sur la prise d’anti-inflammatoires, soit non-stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène (Advil, Nurofen…), soit stéroïdiens comme la cortisone. Il recommande en revanche, en cas de fièvre, de recourir plutôt au paracétamol : ce deuxième type de médicaments, dont font par exemple partie le Doliprane ou l’Efferalgan, n’est pas un anti-inflammatoire, cela signifie qu’il soulage légèrement sans comporter de risques importants pour l’organisme — en des doses modérées, toutefois. Le mardi 17 mars, l’Organisation mondiale de la santé a confirmé les déclarations du ministre.

Concrètement, en cas de fièvre, le paracétamol va amoindrir la douleur sans s’attaquer directement à l’inflammation. Or, c’est justement cette contre-attaque qui pose problème avec les anti-inflammatoires.

Les AINS sont effectivement des médicaments particulièrement puissants, qui viennent avec leur lot d’effets secondaires potentiels. Pour cette raison, ils sont soumis à prescription pour des doses et des durées précises, souvent en de faibles quantités. D’ailleurs, pour de nombreux cas d’infections liés à la toux, à la rhinopharyngite, ou aux angines, les anti-inflammatoires sont tout bonnement déconseillés « en raison du risque de survenue de complications infectieuses graves », et le paracétamol est privilégié. L’équation consistant à ajouter des anti-inflammatoires à une infection est connue depuis longtemps comme risquant de provoquer une surinfection : l’annonce d’Olivier Véran n’est donc pas une surprise au sens médical, puisque Covid-19 n’échappe pas à la règle des autres infections dans ce domaine.

Claire Braikeh

La saturation des hôpitaux commence aussi à provenir de l’automédication

Puisque les anti-inflammatoires n’ont rien d’anodin, ils ne sont de toute façon plus en accès libre depuis le 15 janvier 2020, après une alerte lancée par l’Agence nationale de santé et du médicament. Il est de fait davantage conseillé de ne les prendre que sous prescription ; ce dont la plupart des pharmaciens doivent maintenant s’assurer. De nombreux foyers ont ces médicaments dans leurs placards.

Si l’alerte d’Olivier Véran n’est pas une surprise au sens médical, elle est toutefois importante et doit être suivie à la lettre. Comme le rapportent plusieurs médias via des témoignages, des médecins ont commencé à rapporter que des jeunes patients atteints par Covid-19 se sont retrouvés en état grave, alors qu’ils n’auraient pas dû l’être, parce qu’ils ont pris de l’ibuprofène contre leur début de fièvre. Or, les hôpitaux sont déjà au seuil de la saturation : de plus en plus de patients arrivent en état grave ou critique dans les salles de réanimation, pour un nombre de lits limité et une capacité de prise en charge restreinte.

Si pour l’instant ce sont essentiellement les profils « à risque » qui sont concernés (personnes âgées ou immunodéficientes), l’arrivée de personnes plus jeunes commence à être relevée. Cet élargissement dans les profils touchés peut avoir un sérieux impact sur l’augmentation de la saturation hospitalière.

S’il faut réussir à freiner la propagation de Covid-19, l’autre enjeu est aussi de réduire le nombre d’états graves parmi les personnes infectées, et plus largement de désengorger les établissements médicaux. Il vaut mieux éviter que des personnes se retrouvent hospitalisées pour une surinfection, alors qu’elles n’avaient qu’une grippe saisonnière, par exemple. Le rappel du ministère de la Santé vise donc très clairement à limiter l’automédication, car la prise d’anti-inflammatoires est très courante en la matière. Le but est de ne pas générer artificiellement davantage de cas plus graves qu’ils ne l’auraient été sinon. Si vous avez de la fièvre (Covid-19 ou non), ne prenez pas d’ibuprofène, mais plutôt du paracétamol et demandez conseil à votre médecin (les pharmaciens peuvent également vous aiguiller).

Autre raison majeure à ces recommandations contre des médicaments comme ibuprofène, il existerait une incompatibilité plus spécifique encore entre Covid-19 et les anti-inflammatoires. Une étude parue dans The Lancet le 11 mars 2020 explique que le nouveau coronavirus s’accrochent aux cellules via l’enzyme de conversion 2, ou ACE2. Or, un médicament tel que l’ibuprofène augmente la production de cette enzyme : la prise de certains anti-inflammatoires pourraient donc aggraver la sévérité de la maladie Covid-19. À noter que, comme le note The Lancet, cette hypothèse doit encore être confirmée, mais cette étude vient se combiner aux raisons que nous évoquons plus haut.

Crédit photo de la une : Flickr/CC/GustavoDevito

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