Alors que l'Italie est le deuxième plus gros foyer dans le monde, la question revient souvent : pourquoi cette spécificité et pourquoi l a France, à la frontière, ne connaît pas la même situation ? Réponses.

L’épidémie liée au nouveau coronavirus est répartie différemment à l’échelle du globe. Tandis que la Chine reste l’épicentre de la maladie Covid-19, l’Italie est le deuxième pays le plus touché. Ce mercredi 11 mars 2020, on compte dans ce pays 10 000 personnes infectées et plus de 600 décès. Depuis mardi, le territoire italien est passé sous confinement total.

La situation soulève des interrogations dans la population française. La question revient sans cesse sur les réseaux sociaux : pourquoi deux pays si proches accusent-ils une différence si marquée dans la gravité d’une même maladie infectieuse ? Ce questionnement trouve plusieurs réponses très simples à identifier. La situation n’a rien de mystérieuse.

Carte de la propagation au 11 mars 2020. L’Italie est le deuxième plus grand foyer dans le monde. // Source : Johns-Hopkins University

La démographie est en cause

On sait que le coronavirus touche avec virulence les hommes et les femmes au système immunitaire préalablement affaibli par leur santé. La mortalité est un risque présent surtout chez les personnes immunodéficientes ; déjà gravement malades (cancer, diabètes) ; mais aussi les personnes âgées. À l’échelle globale, là où le taux de mortalité est seulement de 0,4 % en-dessous de 40 ans, cela grimpe à 1,3 % chez les quinquagénaires, puis à 3,6 % chez les sexagénaires, à 8 % chez les septuagénaires et jusqu’à 15 % au-delà de 80 ans. Ce faisant, au total, 80 % des décès causés par le nouveau coronavirus concernent aujourd’hui un âge minimum de 60 ans. Ces chiffres proviennent d’une étude du Centre chinois de contrôle des maladies. Toutes les études corrèlent des pourcentages similaires.

En tout état de cause, c’est essentiellement dans la démographie de l’Italie que l’on trouve une explication au fait que ce soit le deuxième pays le plus touché dans le monde. L’Italie comporte l’une des populations les plus âgées d’Europe… et même du monde, derrière le Japon. En 2019, selon les chiffres des Nations unies, 23 % des résidents italiens étaient âgés de 65 ans ou plus. C’est davantage que dans n’importe quel autre pays d’Europe (20,4 % en France ; 18,8 % en Europe du Nord ; 20,6 % en Europe de l’Ouest ; 21,1 % en Europe du Sud). Cela se reflète sur l’âge médian : en 2020, il est de 47,3 en Italie quand, en France, il est de 41 ans.

L’âge médian italien est de 47,3, quand en France il est de 41

Ces deux constats sont liés : l’Italie est fortement touchée par Covid-19 en raison de sa population très âgée. Comme le relevait le journal italien The Local, le 5 mars 2020, la grande majorité des cas détectés sont chez des personnes âgées. Par voie de conséquence, la plupart des décès causés par le nouveau coronavirus sur le territoire concernent des malades entre 80 et 90 ans. Le taux de mortalité très élevée en Italie (plus de 4 %) est donc à mettre en relation avec la démographie spécifique du pays, c’est-à-dire avec le profil des personnes atteintes par la maladie.

Le système sanitaire italien est saturé

Cette spécificité entraîne une deuxième explication sur la gravité de l’épidémie Covid-19 dans le pays : plus il y a de personnes fragiles, plus le coronavirus se propage, ce qui provoque une surcharge des infrastructures médicales dans les régions les plus touchées (comme en Lombardie). En Italie, les autorités sanitaires sont dépassées : des cas sont détectés tardivement ou trop tard ou ne peuvent plus être pris en charge correctement. Cette saturation provient aussi du fait que le pays ait été touché très tôt dans la crise, laissant peu de temps à la préparation.

Comme le rapportent L’Obs et l’AFP, les médecins locaux témoignent qu’ils se retrouvent à choisir qui soigner. « On décide en fonction de l’âge et l’état de santé. Si une personne entre 80 et 95 ans a une grave insuffisance respiratoire, il est vraisemblable qu’on ne poursuivra pas.  »

En France, la plupart des décès adviennent pour des personnes âgées de 60 ans ou plus et, dans la plupart des cas, cela concerne des retraités entre 80 et 90 ans. La démographie française étant bien différente de la démographie italienne, les conséquences de l’épidémie ne peuvent pas être comparables. Le taux d’infection n’obéit pas à la même mécanique : il est important de contextualiser les chiffres et les courbes à chaque pays. Il n’est cela dit pas improbable que l’on atteigne un nombre de cas similaire, mais, en revanche, la probabilité d’atteindre le même taux de mortalité est extrêmement faible. Il faut donc bien distinguer l’ampleur en termes de nombre de l’ampleur en termes de sévérité.

Par ailleurs, la France a lancé relativement tôt son plan de prévention et de lutte contre les pandémies grippales : comme on l’expliquait dans un article dédié, les différents stades de ce plan servent à adapter progressivement le système sanitaire à l’échelle de l’épidémie, justement pour éviter une saturation. Cela n’empêche pas une surcharge des établissements de santé selon les foyers, mais là encore, l’Italie n’a pas pu déployer un tel plan assez vite, il y a donc une vraie différence à prendre en considération.

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