Cette carte de la Nasa a fait le tour du monde : on y voit une baisse drastique de la pollution en Chine, en lien avec le ralentissement économique causé par Covid-19, l'épidémie du coronavirus. Mais comment comprendre vraiment ces données ?

L’épidémie Covid-19 a des conséquences inattendues. En plus des nombreuses annulations d’événements majeurs, comme Livre Paris en France ou la Game Developper Conference aux États-Unis, certaines usines ont été mises en pause dans les zones les plus touchées par le coronavirus. La Chine connaît quant à elle un ralentissement économique, la production étant à l’arrêt et les gens confinés chez eux.

Le 25 février 2020, la Nasa et l’Agence spatiale européenne publiaient de surprenantes données satellite : sur les cartes diffusées par les deux agences, on constate une baisse drastique de la concentration en dioxyde d’azote dans l’atmosphère chinoise. Cette réduction est tout de même entre 10 à 30 % par rapport aux niveaux enregistrés chaque année entre 2005 et 2019. Sur le site de l’Earth Observatory, la Nasa affirme qu’«  il y a des preuves que ce changement est au moins en partie relié au ralentissement économique lié à la maladie du coronavirus ».

Évolution de la concentration dioxyde d’azote (NO²) du 1er Janvier au 25 février 2020. Code couleur : le bleu vers le rouge indique la densité troposphérique de NO² dans l’atmosphère (dont plus les couleurs sont chaudes, plus c’est présent). // Source : Joshua Stevens / Nasa / ESA

Pourquoi Covid-19 provoque une baisse des émissions

Ce lien se constate grâce à une corrélation des dates entre l’événement que représente le coronavirus et l’évolution des données. L’image ci-dessus montre la réduction de la concentration de dioxyde d’azote dans l’atmosphère entre le 20 janvier et le 25 février. Or, c’est le 23 janvier que les autorités chinoises ont ordonné l’arrêt des transports et des commerces dans la région autour de Wuhan, foyer de l’épidémie. Un élargissement de la quarantaine à d’autres lieux s’en est suivi. Justement, le dioxyde d’azote est un gaz nocif provoqué par la production industrielle et les véhicules.

Au niveau chronologique donc, le modèle que suit la baisse des émissions dans les données suit l’échelle de la quarantaine. Fei Liu, scientifique spécialisé sur la qualité de l’air, indique sur le site de la Nasa que « c’est la première fois que je vois une chute aussi importante sur une zone aussi large en lien avec un événement spécifique ». D’autant que ces cartes fournies par la Nasa et l’ESA au sujet du dioxyde d’azote ne sont pas les seules informations attestant de cette baisse soudaine.

Comme le rapporte Carbon Brief, le coup de frein économique provoqué par le coronavirus aurait réduit de 25 % les émissions de dioxyde de carbone (CO2) en Chine, sur la période allant du début à la moitié du mois de février. Entre la fermeture des commerces, le taux d’exploitation des raffineries à son niveau le plus bas depuis le krach boursier de 2015, la réduction des trajets en avion, le pays émet 100 millions de tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère. Cela représente bel et bien un quart de moins que d’habitude — en 2019, ces émissions étaient de 400 millions de tonnes.

La pollution en Chine reste très forte

Malgré tous ces rapports, la baisse de la pollution est pourtant bien à relativiser. Pour être plus clair : la baisse temporaire des émissions ne signifie pas une baisse de la pollution constante. Précision qui a toute son importante : la Chine connaît, chaque année, en cette période, une baisse de ses émissions polluantes. Cette réduction régulière est systématiquement causée par le Nouvel An Chinois : à l’occasion de cet événement, tout s’arrête pendant une semaine en Chine, que ce soient les commerces ou les industries. C’est assez habituel de constater une baisse des émissions de dioxyde de carbone et de dioxyde d’azote en Chine entre la fin janvier et début février. Cette année, le Nouvel An chinois tombait le 25 janvier.

«  Il y a toujours une réduction générale à cette époque de l’année », reconnaît d’ailleurs Barry Lefer, un scientifique de la Nasa, dans le communiqué de l’agence. Il précise que, en plus, les valeurs sont moins importantes en 2020 que d’habitude car les nouvelles réglementations environnementales de la Chine finissent par avoir des effets. En résumé, les conséquences du coronavirus sont venues augmenter et prolonger un phénomène déjà existant, à un niveau tout à fait significatif, mais ce que montrent les cartes de la Nasa et de l’ESA doivent être contextualisées, sous peine de ne les comprendre sinon que partiellement.

Les indices de pollution de l’air ne sont pas bons

Ensuite, que cette baisse des émissions ne nous y trompent pas : la pollution de l’air, en Chine, reste importante même en cette période particulière. Comme le rapporte le South China Morning Post, l’index de la qualité de l’air de Pékin a atteint, le jeudi 13 février, un indice de 222, soit « 22 points au-dessus du seuil de dangerosité pour la santé ». L’air était en effet saturé de particules de suspension de type PM2.5, les pires pour les poumons.

Quant à considérer que la baisse des émissions en ce début d’année puisse être décrite d’une quelconque façon comme positive, cela reste à débattre. Comme le relève judicieusement Carbon Brief, après le krach boursier de 2015, et la baisse de productivité (et donc de pollution) que cela avait provoqué, la Chine avait opéré une politique de compensation en intensifiant sa production. De fait, la pollution avait soudainement ré-augmenté à de très hauts niveaux.

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