De nombreuses cartes sont diffusées pour suivre la propagation de Covid-19. Mais toutes n'ont pas la même valeur scientifique et informative. Voici ce qu'il faut savoir sur les cartes du coronavirus.

L’épidémie Covid-19 est récemment passée au « stade 2 ». Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé, samedi 29 février, de nouvelles mesures drastiques, dont l’annulation jusqu’à nouvel ordre de tous les événements rassemblant plus de 5 000 personnes dans des lieux clos. Le but est de limiter la propagation du coronavirus, à l’heure où, ce lundi 2 mars, on dénombre 89 000 personnes infectées. Le taux de mortalité n’est que de 3,4 %, pour un taux de guérison de 50,6 %, mais il s’agit évidemment de protéger les plus vulnérables, les personnes âgées et immunodéficientes.

Face à aux épidémies Covid-19 se diffusant à l’échelle du globe, il est important de suivre en détails la propagation pour bien comprendre la situation : l’évolution des chiffres, pays par pays, région par région. Les cartes ont un rôle important à jouer au quotidien pour ce suivi public. Elles peuvent être utiles et pertinentes, comme la carte ci-dessous, issue d’un site interactif en ligne sur lequel on reviendra plus bas. Mais certaines cartes peuvent en revanche s’avérer problématiques. Celles qui appartiennent à ce second cas posent un double-bémol : une fiabilité contestable et une portée anxiogène. Quelles sont ces cartes et pourquoi faut-il s’en méfier ? On fait le point.

Carte fiable et précise de la propagation du coronavirus, zoomée sur l’Europe (2 mars 2020). // Source : Johns Hopkins

Attention : toutes les cartes n’ont pas d’intérêt informatif

Parmi les cartes les plus présentes, on retrouve ce que l’on appelle les cartes « choroplèthes ». Ces dernières vont représenter une quantité par un dégradé de couleurs. Dans cette catégorie, pour une carte des températures, du bleu sera une température négative, du jaune sera une faible température, l’orange sera la température au-dessus, puis le rouge le maximum enregistré. Concernant Covid-19, ce type de représentation cartographique est très utilisé sur les réseaux sociaux, et c’est également le choix majoritaire des contributeurs de Wikipédia pour illustrer l’épidémie au sein de chaque pays.

L’utilisation des cartes choroplèthes pour le coronavirus est pourtant une mauvaise idée et il vaut mieux éviter de s’y fier ou de les partager. Bien souvent, elles se traduisent simplement par la colorisation en rouge d’une région touchée, qu’importe à quel point elle est touchée. C’est bien là le problème, confirme Jules Grandin à Numerama. Il est cartographe et chef du service infographie aux Échos. «  Imaginons qu’on ait deux cas en Russie, alors on colorie toute la Russie, en renvoyant l’image qu’il est partout sur une zone immense alors que ce n’est pas le cas. Inversement, à côté il pourrait y avoir des centaines de cas dans un petit pays, que le coloriage ferait alors peu apparaître. »

« Il faut garder en tête que ce ne sont pas des territoires qui sont contaminés, mais des gens »

Les cartes choroplèthes ne délivrent qu’une information partielle. Et celle-ci est, en plus, déconnectée du contexte. Les cas d’infection à un instant T dans un lieu doit systématiquement être relié à une notion de proportionnalité, afin de mettre en exergue l’échelle réelle de l’épidémie. C’est pour cette raison que ces cartes fixes coloriant des zones entières « ne sont pas un bon reflet de la réalité  ». Autre problème, elles font souvent abstraction du ratio entre les personnes infectées, les guérisons, les décès, l’évolution à travers le temps. Ces éléments sont pourtant à prendre dans leur ensemble dans une telle crise sanitaire.

Voici ci-dessous l’exemple typique d’une carte qui ne présente aucun intérêt, que ce soit en termes d’information ou de logique scientifique. Qu’un pays ait enregistré au moins un cas ou un décès n’est pas un indicateur de l’ampleur de l’épidémie. Cela justifie encore moins de colorier tout un pays en rouge : « Il faut garder en tête que ce ne sont pas des territoires qui sont contaminés, mais des gens », relève Jules Grandin. Il est donc absurde de colorier intégralement en rouge une région constituée en majorité de déserts (comme pour l’Australie), alors que les personnes infectées le sont dans certaines villes spécifiques de cette région. Une carte est une représentation visuelle qui doit refléter le nombre réel de gens infectés sur un territoire.

Exemple d’une très mauvaise carte du coronavirus.

Si ce n’est là qu’une carte circulant parmi d’autres sur Twitter, il y a de quoi être étonné de retrouver des cartes de ce genre sur Wikipédia, forcément très consulté en cette période de crise. Sur la page « Épidémie de maladie à coronavirus de 2020 en France », on retrouve l’étrange carte ci-dessous. Les lieux où il y a des cas confirmés sont en rouge, et les cas hospitalisés sans confirmation sont en vert. Un choix de mesure et de couleur qui a peu de sens et ne dit rien de pertinent sur la situation de l’épidémie dans le pays. D’ailleurs, «  les couleurs ont des significations, des implications culturelles », relève Jules Grandin. En Europe, le vert est associé à du positif et le rouge à quelque chose de dangereux. Raison pour laquelle la colorisation de territoires entiers en rouge, sans proportionnalité, procurent cette sensation anxiogène.

Carte faiblement informative, qui illustre l’article « Épidémie de maladie à coronavirus de 2020 en France » sur Wikipedia // Source : Wikipedia

Quelles sont les bonnes cartes sur la propagation du coronavirus ?

Le constat de l’insuffisance des cartes choroplèthes doit donc pousser à se diriger vers d’autres formats, à savoir des cartes mises à jour en temps réel, représentant les quantités par des cercles proportionnels.

Nous avons relevé deux sites de références pour suivre l’évolution de Covid-19 :

En plus de la combinaison de nombreuses sources fiables pour leurs données, ces deux cartes ne tombent pas dans les mêmes travers que les cartes choroplèthes. Chaque cercle est proportionnel à l’ampleur du nombre de personnes infectées. Il est possible de zoomer pour une vision plus détaillée de la situation. En définitive, ces « sacs proportionnels sont beaucoup plus précis », indique Jules Grandin. Ces cartes-ci renvoient une image plus proche de la réalité de la propagation de Covid-19.

Carte par cercles proportionnels, zoomée sur l’Europe (2 mars 2020). // Source : Coronavirus.app

Que ce soit à l’échelle mondiale ou lorsqu’on clique sur les cercles, l’information est systématiquement contextualisée sur ces sites : personnes infectées depuis le début, décès, guérisons, personnes encore malades. On ne le répétera jamais assez, seule la combinaison de ces trois facteurs ensemble montre véritablement la situation telle qu’elle est. Ces cartes interactives usant de cercles proportionnels ont aussi pour avantage de ne pas contribuer à l’atmosphère anxiogène — le site coronavirus.app a même opté pour un code couleur sans rouge ni noir.

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