Plusieurs petites galaxies satellites de la Voie lactée ont été volées à une galaxie voisine, le Grand Nuage de Magellan. Cette découverte fournit de nouveaux éléments sur la formation de la Voie lactée.

La Voie lactée aurait volé plusieurs petites galaxies au Grand Nuage de Magellan, une autre galaxie voisine. Cette découverte, repérée par Cnet US, a été annoncée le 10 octobre 2019 par l’université de Californie à Riverside. Elle fait l’objet d’une étude publiée dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society de novembre (une prépublication du texte est consultable sur arXiv.org).

Le Petit Nuage de Magellan, la galaxie naine de la Carène et la galaxie naine du Fourneau sont trois satellites de la Voie lactée. Elles gravitent autour de notre galaxie. On parle de galaxies naines quand elles contiennent 100 millions à plusieurs milliards d’étoiles. D’après les scientifiques, ces trois groupes célestes n’ont pas toujours été dans cette situation : ils pourraient être « d’anciens satellites du Grand Nuage de Magellan », une autre galaxie naine qui est elle-même un satellite de la Voie lactée.

Le Grand Nuage de Magellan. // Source : ESO/VMC Survey (photo recadrée)

Le Grand Nuage de Magellan, situé à 170 000 années-lumière, contient de jeunes étoiles et du gaz interstellaire. « On a longtemps soupçonné que le Grand Nuage de Magellan, le plus grand satellite de la Voie lactée, accueille ses propres satellites », rappellent les auteurs de l’étude. Le lien entre cette galaxie, d’une part, et le Petit Nuage de Magellan, la galaxie naine de la Carène et la galaxie naine du Fourneau, d’autre part, a déjà été envisagé. « Chaque nouvelle mesure est une étape de plus pour obtenir une image complète de la population de satellites du Grand Nuage de Magellan, ce qui pourra grandement étayer nos théories sur la formation des galaxies », ajoutent les scientifiques.

La Voie lactée a « déchiré » sa voisine

C’est le champ de gravitation de la Voie lactée qui a « déchiré » le Grand Nuage de Magellan, résume l’université de Californie à Riverside. Notre galaxie lui a ainsi dérobé plusieurs galaxies naines satellites. L’événement fait partie d’un « processus de fusion en cours ». On sait déjà que la Voie lactée a des liens étroits avec le Grand Nuage de Magellan : cet « ennemi intérieur » est en train de foncer droit vers la Voie lactée (avec un peu d’imagination, on pourrait presque voir ce vol de galaxies comme une vengeance de la Voie lactée).

Cette découverte est importante pour les scientifiques, car elle permet de mieux étudier la masse du Grand Nuage de Magellan. C’est aussi l’opportunité d’en savoir davantage sur la manière dont la Voie lactée s’est formée. « Si tant de [galaxies naines] sont arrivées récemment avec le Grand Nuage de Magellan, cela signifie que les propriétés de la population de satellites de la Voie lactée étaient radicalement différentes il y a juste 1 milliard d’années, ce qui a un impact sur notre compréhension de la formation et de l’évolution des galaxies les plus faibles », explique Laura V. Sales, professeure adjointe de physique et d’astronomie à l’université de Californie à Riverside et co-autrice de l’étude, citée dans le communiqué.

La galaxie naine du Fourneau. // Source : Wikimedia/CC/Friendlystar (photo recadrée)

La fusion la plus massive de l’histoire de notre galaxie ?

Pour faire cette découverte, les scientifiques ont utilisé les données du projet « FIRE » (« Feedback in Realistic Environments »), qui consiste en des simulations sur la formation des galaxies. Ainsi, ils ont pu travailler sur les galaxies naines hébergées par le Grand Nuage de Magellan, dont certaines ne possèdent pas d’étoiles mais seulement de la matière noire. Les données du télescope Gaia, portant sur le mouvement des galaxies, ont aussi été exploitées.

Les galaxies naines liées au Grand Nuage de Magellan semblent être bien plus nombreuses que prévu. Leur présence suggèrerait que cette galaxie possède probablement une grande quantité de matière noire. Selon Ethan D. Jahn, étudiant diplômé de l’université de Californie à Riverside et co-auteur de l’étude, cela pourrait vouloir dire que « la Voie lactée connaît actuellement la fusion la plus massive de son histoire ».

Partager sur les réseaux sociaux