Le resvératrol est une molécule présente en grande quantité dans le vin rouge. Sur Mars, elle pourrait peut-être aider les astronautes à préserver leurs muscles, endommagés par cet environnement hostile.

Une molécule présente dans le vin rouge pourrait aider les explorateurs de Mars à rester en bonne condition physique. Des scientifiques l’assurent dans une étude publiée le 18 juillet 2019 au sein de la revue Frontiers in Physiology. Le resvératrol, cette molécule organique, est présente en grande quantité dans le raison et dans le jus qui en est extrait.

Les auteurs se demandent si « une dose quotidienne modérée de resvératrol (150 milligrammes par jour) aiderait à atténuer le déconditionnement musculaire dans une gravité analogue à celle de Mars ». Le déconditionnement musculaire est à la fois une perte de masse et de force musculaire. Comme l’explique l’Inra, ce phénomène peut être lié à un manque d’activité ou à un environnement en micropesanteur. Ce déconditionnement peut réduire l’espérance de vie. Si l’humain pose un jour le pied sur Mars, il est capital d’anticiper les problèmes que son organisme pourrait subir pendant un séjour qui sera forcément long (rien que pour aller sur Mars, il faut au minimum 6 mois).

Le resvératrol est présent dans le vin rouge. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Préserver les muscles pour assurer la mission

Prévenir le déconditionnement musculaire des futurs explorateurs martiens est important, ne serait-ce que pour qu’ils et elles puissent continuer à effectuer les tâches de leur mission. Dans l’espace, le corps n’est plus soumis à la même gravité que sur Terre : c’est déjà le cas pour les astronautes en mission à bord de la Station spatiale internationale (ISS). « Après seulement 3 semaines dans l’espace, le muscle soléaire humain [ndlr : un muscle situé à l’arrière de la jambe] diminue d’un tiers », explique Marie Mortreux, doctorante à la Harvard Medical School et co-autrice de l’étude, dans un communiqué. Les astronautes qui iront visiter Mars y seront peut-être encore plus sujets, car ils n’auront pas accès à des machines que celles pour faire de l’exercice physique dans l’ISS.

Pour les auteurs, c’est dans le régime alimentaire que pourrait résider la solution : le resvératrol, qui possède des propriétés anti-inflammatoires et anticancéreuses, pourrait faire partie du repas des astronautes (ou en tout cas être avalé par eux). L’un de ses effets serait d’améliorer la sensibilité à l’insuline (une hormone sécrétée par le pancréas, dont l’insuffisance peut provoquer le diabète), notent les auteurs. « C’est pertinent pour les astronautes, qui ont tendance à développer une sensibilité réduite à l’insuline pendant un vol spatial », poursuit Marie Mortreux.

La molécule de resvératrol. // Source : Wikimedia/CC/Fvasconcellos, modifications par Numerama

Une étude modeste sur 24 rats

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont mené des expériences sur 24 rats mâles, exposés à une gravité comparable à celle existant sur Mars. 12 d’entre eux ont reçu quotidiennement du resvératrol. L’expérience a duré 14 jours. À la fin, les rats qui avaient reçu les molécules avaient conservé leur masse musculaire (y compris au niveau du  muscle soléaire). Les chercheurs ont constaté que la prise de resvératol n’avait pas changé la consommation alimentaire des animaux.

Ces résultats sont intéressants. Cependant, l’étude ne s’intéresse qu’à un petit nombre de rats mâles : il faudrait aussi vérifier que ses conclusions sont valables sur des rats femelles, et sur un plus large panel. Il reste à prouver en quelle quantité devra être ingéré le resvératrol par des humains. Il faudrait aussi vérifier que la substance ne risque pas d’interagir de façon dangereuse avec d’autres médicaments que devront prendre les astronautes. Il reste encore du travail aux scientifiques pour prouver qu’emporter quelques bouteilles de vin rouge, ou du moins du resvératol, à bord d’une mission vers Mars serait justifié.

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