C'est donc le nom de Rosalind Franklin qui a été retenu pour nommer le rover ExoMars 2020. Un geste symbolique pour une scientifique dont la reconnaissance n'arrivera que tardivement.

Rosalind Franklin
Rosalind Franklin en 1955. // Source : MRC Laboratory of Molecular Biology

On connaît désormais le nom officiel de l’astromobile européen qui arrivera sur Mars en 2021 : c’est Rosalind Franklin. L’Agence spatiale européenne a dévoilé son choix le jeudi 7 février, après une phase de sélection qui a vu s’affronter pas moins de 36 000 propositions venues de tous les pays membres de l’ESA.

De nationalité britannique, née le 25 juillet 1920, Rosalind Franklin est entrée dans l’Histoire pour ses travaux sur l’ADN. Formée à la physique-chimie, elle a contribué à mettre en évidence la fameuse structure à double hélice antiparallèle de l’acide désoxyribonucléique, grâce à des clichés pris par cristallographie aux rayons X.

Hélas, la scientifique n’obtiendra pas le prix Nobel pour cette découverte. Ce sont James Dewey Watson et Francis Crick, un Américain et un Britannique, qui seront célébrés en 1962, presque dix ans après la publication d’un article scientifique décisif dans la prestigieuse revue Nature, en 1953.

Il s’avère que les deux hommes ont eu accès aux données expérimentales de Rosalind Franklin, qui étaient forcément très précieuses pour leurs propres travaux. Ce transfert de données a été impulsé par un collègue de la scientifique, Maurice Wilkins, sans que l’intéressée n’ait son mot à dire.

Était-ce pour lui nuire ?

Embrouilles sur la photo 51

L’histoire est plus compliquée que cela : parmi les données en cause figure la célèbre photographie 51, qui a été prise par un étudiant en doctorat, Raymond Gosling. Or, il s’avère que celui-ci s’est retrouvé sous la supervision successive de Rosalind Franklin et de Maurice Wilkins, à un moment où Rosalind Franklin quittait le laboratoire du King’s College de Londres, là où avaient eu lieu les expériences de diffractométrie de rayons X.

Il s’agissait d’une séquence administrative confuse, où l’on a assisté à des évolutions dans certains liens hiérarchiques : Rosalind Franklin s’en est allée et John Randall, le directeur du département on eu lieu les recherches, a demandé à Raymond Gosling de partager ses données, alors qu’il venait de repasser sous les ordres de Maurice Wilkins.

Le fait est, aussi, que Rosalind Franklin ne sera jamais citée par James Dewey Watson et Francis Crick dans leur discours de remerciement.

Seul Maurice Wilkins, le troisième lauréat, aura au moins l’élégance de prononcer son nom dans le sien, en disant d’elle qu’elle « a apporté une contribution très précieuse à l’analyse aux rayons X » et qui, « avec une grande habileté et une grande expérience de la diffraction des rayons X, a tant aidé les premières recherches sur l’ADN ».

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La fameuse photo 51. // Source : Raymond Gosling/King’s College London

La polémique du Nobel

Aujourd’hui encore, la question se pose de savoir si elle aurait pu figurer parmi les lauréats du prix Nobel.

Des débats existent chez les historiens des sciences sur le rôle exact qu’a pu jouer la photographie 51 dans la compréhension de la structure de l’ADN (aurait-elle pu être déduite sans elle, par exemple ?) et sur la manière dont elle a circulé entre les mains de plusieurs scientifiques, à l’insu de la jeune femme.

Une question qui, dans tous les cas de figure, ne pourra jamais être tout à fait tranchée, car Rosalind Franklin décédera le 16 avril 1958, à 37 ans, à cause d’un cancer des ovaires, sans doute contracté à cause de son exposition prolongée aux rayons X pendant ses expérimentations.

Le prix Nobel ne sera en effet remis que cinq ans plus tard. En outre, le prix n’est en général pas remis à titre posthume et il ne peut pas être décerné à plus de trois lauréats à la fois. Il aurait donc fallu écarter l’un des trois autres récipiendaires.

À défaut d’avoir été honorée par le plus prestigieux des prix scientifiques, Rosalind Franklin a reçu à titre posthume de nombreuses distinctions et de remarquables hommages de la part d’autorités et d’organisations moins à cheval sur le règlement. Et aujourd’hui, c’est son nom qui ira dans les étoiles.

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