Le week-end des 27 et 28 mars 2021, la France passe à l'heure d'été. Cette mesure, régulièrement contestée, était censée prendre fin cette année en Europe. Les horaires changeants sont-ils vraiment utiles ?

Un nouveau passage à l’heure d’été a lieu le dimanche 28 mars 2021 en France. À 2 heures du matin, il sera 3 heures. On avance donc d’une heure, en ajoutant 60 minutes à l’heure affichée. Mais à quoi cela sert-il de changer d’heure ? Le changement d’heure a-t-il un véritable impact sur l’environnement ? N’est-il pas plus néfaste qu’autre chose pour la santé ?

Depuis l’instauration du changement d’heure, les modes de consommation ont évolué. Avec l’utilisation de l’éclairage basse consommation, il semble légitime de s’interroger sur la pertinence de cette mesure — surtout à l’heure où d’autres semblent plus immédiates et efficaces, comme le recyclage ou la lutte contre le gaspillage alimentaire.

La mesure, régulièrement contestée, était d’ailleurs censée prendre fin cette année, à l’échelle de l’Europe. Néanmoins, en l’absence de décision définitive pour l’instant, le système actuel continue de s’appliquer.

Pourquoi change-t-on d’heure ?

L’idée de décaler les heures en France pour réaliser des économies d’énergies date de la fin du 18e siècle : Benjamin Franklin en parle dans Le Journal de Paris en 1784, sur un ton humoristique, en évoquant des économies de bougies et en se moquant des Français qui ne voyaient, d’après lui, jamais le soleil avant midi. L’heure d’été est adoptée en 1917, avant d’être abandonnée en 1945.

L’heure d’été est rétablie en 1976 : cette décision fait suite au choc pétrolier de 1973. À ce moment-là, l’idée est de réaliser des économies d’énergie (l’électricité était alors produite majoritairement par le fioul), car le changement d’heure est censé permettre de réduire l’éclairage le soir : il s’agissait alors d’une mesure provisoire.

Alors que le changement d’heure estival vient d’être instauré dans l’Union européenne, une harmonisation a lieu en 1998 : le Parlement européen et le Conseil de l’UE font en sorte que les dates coïncident afin de faciliter les échanges internes à l’union. Dans chaque pays membre, le passage à l’heure d’hiver a lieu le dernier dimanche d’octobre et celui à l’heure d’été a lieu le dernier dimanche de mars.

Tous les pays changent-ils d’heure ?

Le changement d’heure n’est pas mis en œuvre à l’échelle mondiale. Plus de 140 pays l’ont mis en œuvre au cours de leur histoire, mais moins de 40 % des États l’appliquent aujourd’hui, selon Statista. Outre l’Union européenne, plusieurs pays de l’hémisphère nord ont adopté le changement d’heure comme les États-Unis, le Canada (sauf certaines provinces) ou le Mexique — ceux-ci passent à l’heure d’été à des dates proches de l’UE.

Aux Bahamas, dans les Bermudes, à Cuba et au Groenland, c’est lors du deuxième dimanche du mois de mars que l’heure d’été est adoptée. Le passage à l’heure d’hiver a lieu, comme chez nous, le dernier dimanche d’octobre. La Palestine, l’Iran, Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban et le Maroc appliquent aussi l’heure d’été, qui est instaurée à des dates choisies par chaque pays.

Dans l’hémisphère sud, le changement d’heure a lieu dans certains territoires de l’Australie, plusieurs États brésiliens, au Chili, en Nouvelle-Zélande, au Paraguay et en Uruguay.

Application du changement d’heure dans le monde. // Source : Statista

Plusieurs pays ont un jour mis en œuvre un changement d’heure avant de l’abandonner : c’est par exemple le cas de l’Argentine (en 2009), de la Russie (2011), de l’Arménie (2012) ou de la Namibie (2017)

Quel est l’impact sur l’environnement ?

Le changement d’heure a-t-il un véritable impact écologique ? Si l’on en croit le ministère de la transition écologique et solidaire, le changement d’heure a permis d’économiser 440 GWh (gigawatt-heure) en éclairage au cours de l’année 2009. Cela équivaut à la consommation d’environ 800 000 ménages sur un an. Le ministère ajoute que la France a évité d’émettre 44 000 tonnes de CO2 et projette que « la réduction globale des émissions dues au changement d’heure pourrait être de 70 000 à 100 000 tonnes de CO2. »

Le ministère reprend les résultats de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui a publié en 2015 une étude lancée 5 ans plus tôt pour estimer les impacts du changement d’heure. Si l’on compare l’économie de 440 GWh à la consommation électrique nationale, de 486 TWh (térrawatt-heure) la même année, en 2009, on voit que la diminution reste faible, de l’ordre de 0,09 %. Le résultat reste donc assez modeste. D’autant que l’Ademe rappelle que la baisse des consommations électriques doit aussi beaucoup aux évolutions technologiques des dernières années — comme avec l’ampoule LED, qui a remplacé les lampes halogènes, consommant entre 75 et 80 % d’énergie en moins.

En 2017, le Service de recherche du Parlement européen a fourni l’une de ses analyses sur le sujet : le document mentionne les économies d’énergies, mais nuance leur portée qui reste « marginale ». D’autres études ont été réalisées plus localement et tendent à confirmer l’impact négligeable du changement d’heure à notre époque : le gain côté lumière devient une consommation accrue côté chauffage ou climatisation.

Quels sont les impacts sur la santé ?

Le passage à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver n’est probablement pas anodin pour notre organisme. Tout particulièrement dans le premier cas : le manque de sommeil peut entraîner « une chute de l’attention, occasionner de la somnolence, de la nervosité ou dégrader l’humeur », comme l’explique Véronique Fabre, enseignante-chercheuse au sein de l’INSERM.

Le sommeil peut n’être pas facilité par ces horaires changeants, qui perturbent nos différents rythmes biologiques, c’est-à-dire la manière dont nos fonctions physiologiques varient : cela concerne par exemple la pression artérielle, le rythme cardiaque ou la température du corps. La possibilité d’un lien entre le passage à l’heure d’été et les augmentations des accidents de la route ou du travail est envisagée.

De même, lors du passage à l’heure d’hiver, lorsqu’on « gagne » une heure de sommeil, il n’est pas certain que cela soit idéal pour notre organisme : il n’a pas besoin de dormir une heure supplémentaire à ce moment-là. On peut donc risquer de se lever plus tôt le dimanche matin, d’avoir également faim avant son heure habituelle, et de s’assoupir plus tôt le soir.

Cela dit, tout cela reste à nuancer : la Commission européenne estime que «  les éléments de preuve concernant les effets globaux sur la santé (c’est-à-dire la mise en balance des effets négatifs et positifs présumés) ne sont pas concluants  ». De même pour le lien avec les accidents de la route : « les éléments de preuve ne sont pas concluants », pour la Commission.

Un réveil démonté. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Vers la fin du changement d’heure en 2021 ?

À l’été 2018, la Commission européenne a organisé une consultation citoyenne, évoquant l’idée de supprimer le passage à l’heure d’été et à l’heure d’hiver. 84 % des répondants se sont exprimés en faveur de la fin de cette mesure. La proposition, présentée devant les eurodéputés, devait mettre fin au changement d’heure en 2019. Le texte prévoyait que chaque État informe la Commission de son choix, à savoir d’appliquer de manière permanente l’heure d’été ou l’heure d’hiver.

Cependant, le Conseil des États membres de l’UE a estimé fin 2018 qu’il n’était pas réaliste que le changement d’heure soit abandonné l’année suivante. 2021 a été suggéré comme nouvelle échéance, pour faciliter la coordination des pays. En mars 2019, le Parlement européen a approuvé le projet de directive de la Commission européenne, votant en faveur du report de date, de 2019 à 2021.

Depuis, la balle est dans le camp du Conseil de l’UE, qui n’a toujours pas mis le sujet à son agenda. Le système actuel continue de s’appliquer et rien ne permet pour l’instant d’affirmer qu’en 2021, on devrait bien changer d’heure pour la dernière fois.

Article publié initialement le 25 octobre 2018 et mis à jour le 26 mars 2021

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