Alors que la Nasa explore les conditions sur Venus, des physiciens sont persuadés qu'il s'agit de l'astre que l'humanité devrait coloniser. Ils recommandent de s'intéresser à l'atmosphère de la planète, qui pourrait accueillir des ballons dirigeables.

N’en déplaise à Elon Musk, l’humanité a peut-être d’autres options que Mars pour coloniser des planètes. Depuis quelques années, la Nasa planche sur le projet HAVOC — pour « High Altitude Venus Operational Concept » — grâce auquel l’agence spatiale veut en apprendre davantage sur la deuxième planète du système solaire. Si l’on en croit deux spécialistes, la perspective d’envoyer des humains sur cet astre serait même « une idée brillante. »

Selon les physiciens Gareth Dorrian, postdoctorant de l’université de Lancaster, et Ian Whittaker, professeur à l’université de Nottingham Trent (Angleterre), Venus serait une destination à considérer dans notre conquête de l’espace. « Aussi surprenant que cela puisse paraitre, la haute atmosphère de Venus est le lieu le plus semblable à la Terre dans le système solaire », soulignent les auteurs dans un article publié sur The Conversation le 15 octobre 2018.

Le lieu le plus semblable à la Terre dans le système solaire

« Nous connaissons encore peu Venus, bien qu’elle soit notre plus proche voisine planétaire », constatent les physiciens. Même si la planète tellurique ne semble pas être « une destination de rêve pour les touristes en herbe de l’espace », l’exploration de son atmosphère ouvrirait d’intéressantes perspectives. Certains scientifiques ont déjà envisagé l’idée de construire des cités volantes pour permettre aux humains de vivre dans l’altitude de Venus.

La terraformation de Venus. // Source : Wikimedia/CC/Ittiz (photo recadrée)

Surface stérile, atmosphère hospitalière

Comme le notent les chercheurs, la surface de notre voisine n’est pas très accueillante pour l’humanité : ils la décrivent comme « un paysage rocheux stérile composé de vastes plaines de roches basaltiques […] et de régions montagneuses  » qui ne donne guère envie de poser ses valises sur Venus.

Avec une température d’environ 460°C, l’astre est surtout bien trop chaud pour que les êtres humains espèrent s’y établir. À cette température, certains métaux ont largement dépassé le stade auquel ils fusionnent : le bismuth et le plomb tombent « sous forme de ‘neige’ sur les sommets les plus élevés » de Venus.

Entre 50 et 60 kilomètres plus haut, la planète est cependant bien plus hospitalière. À cette hauteur, « la pression atmosphérique de l’atmosphère de Venus […] équivaut à la moitié de la pression que l’on trouve au niveau de la mer sur Terre. » À titre de comparaison, cette pression atmosphérique équivaut à celle que l’on trouve au sommet du mont Kilimandjaro, à 5 895 mètres d’altitude en Tanzanie. Il ne serait donc pas nécessaire de porter des combinaisons, d’autant que la température oscille entre 20°C et 30°C dans cette zone.

La surface peu hospitalière de Venus. // Source : Maxpixel/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Des dirigeables portés par le vent

L’atmosphère si particulière de Venus, qui semble avoir un fonctionnement indépendant de la planète, serait aussi « suffisamment dense pour protéger les astronautes des rayonnements ionisants de l’espace » — mortels pour les organismes vivants lorsqu’ils sont présents à forte dose.

Les deux physiciens en concluent donc que des ballons dirigeables pourraient élire domicile dans l’atmosphère vénusienne : chacun d’eux « flotterait sur la planète, porté par le vent » à l’aide d’un mélange d’oxygène et d’azote plus léger que l’atmosphère de la planète. Celle-ci est majoritairement composée de dioxyde de carbone (97 %) et d’azote (3 %).

Mais attention à l’acide sulfurique !

La faible quantité d’acide sulfurique dans l’atmosphère de Venus, à l’origine de la formation de « nuages denses » est aussi ce qui explique que nous voyons aussi bien la planète depuis la Terre. Or, « cette couche nuageuse hautement réfléchissante » est située entre 45 et 65 kilomètres d’altitude, soit au dessus de l’acide sulfurique qui se trouve 30 kilomètres plus bas. « La conception du dirigeable devait être résistante à l’effet corrosif de cet acide », préviennent les chercheurs.

Ces différents éléments poussent Gareth Dorrian et Ian Whittaker à encourager l’exploration future de Venus afin d’y établir un jour des colonies humaines. Cependant, ils omettent un détail déjà problématique dans le voyage vers Mars : les astronautes risquent de mourir d’une tumeur des intestins une fois qu’ils seront dans l’espace profond — c’est à dire, avant d’arriver à destination. Ce serait embêtant.

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