La Terre pourrait rester habitable pendant 9,1 millions de milliards d’années, soit environ neuf millions de fois plus longtemps que prévu. C’est la promesse vertigineuse avancée par Gabriel Harry, chercheur indépendant, dans une étude intitulée « Préserver l’habitabilité de la Terre au-delà de la durée de vie du Soleil ». Publiée sur arXiv en juillet 2026, elle devrait également paraître dans le Journal of the British Interplanetary Society, souligne Gizmodo.
Concrètement, pour parvenir à cet exploit invraisemblable, il faudrait cacher le Soleil derrière un gigantesque pare-soleil, déplacer progressivement l’orbite terrestre et puiser dans Jupiter pour fabriquer une nouvelle source de lumière. Un chantier à l’échelle du Système solaire, pensé pour permettre à la Terre de survivre à la mort de son étoile.
Car la planète bleue a une date de péremption. Le Soleil est une naine jaune âgée d’environ 4,6 milliards d’années, arrivée à peu près à mi-parcours de sa vie sur la séquence principale. À mesure qu’il vieillit, sa luminosité augmente.

Dans environ un milliard d’années, cette évolution devrait pousser la Terre hors de la zone habitable. Les températures grimperont, les océans s’évaporeront progressivement et la vapeur d’eau renforcera encore l’effet de serre. L’atmosphère sera profondément bouleversée, jusqu’à rendre impossible la survie de la vie complexe telle que nous la connaissons.
Environ quatre milliards d’années plus tard, le Soleil aura épuisé l’hydrogène de son cœur et se transformera en géante rouge. Mercure et Vénus seront englouties. La Terre pourrait subir le même sort ou, au minimum, être chauffée au point de devenir entièrement stérile.
Un pare-soleil de 700 000 kilomètres
La première étape du plan consiste à protéger la Terre contre l’augmentation de la luminosité solaire. Gabriel Harry propose de masquer entièrement le Soleil derrière une structure installée à environ 500 000 kilomètres de notre planète, un peu au-delà de l’orbite de la Lune.
Ce pare-soleil spatial mesurerait 700 000 kilomètres de diamètre. Il couvrirait environ 70 degrés dans le ciel terrestre, suffisamment pour cacher notre étoile même lorsqu’elle atteindrait les dimensions d’une géante rouge.
La structure serait reliée par un câble de deux millions de kilomètres à un contrepoids placé au-delà du point de Lagrange L1. Ce montage permettrait de maintenir l’ensemble en position malgré la pression exercée par le rayonnement et le vent solaires.
Avec une épaisseur de 0,1 millimètre, comparable à celle du bouclier thermique du télescope spatial James-Webb, le pare-soleil pèserait environ 100 millions de milliards de kilogrammes. L’aluminium nécessaire pourrait être extrait de 0,01 % de la masse de la Lune.
Le câble serait fabriqué en carbyne, un matériau composé d’atomes de carbone dont la résistance théorique est considérable. Il faudrait néanmoins mobiliser près de 40 % du carbone contenu dans la planète naine Cérès. Des robots miniers autoréplicants se chargeraient de construire l’ensemble, une technologie qui n’existe évidemment pas aujourd’hui.

Jupiter transformée en centrale électrique
Masquer le Soleil réglerait le problème de sa chaleur, mais en créerait immédiatement un autre. Privée de lumière, la biosphère terrestre s’effondrerait.
Gabriel Harry propose donc de fabriquer un Soleil artificiel. Des réacteurs à fusion seraient plongés à environ 6 000 kilomètres sous les nuages de Jupiter, où la pression extérieure contribuerait à contenir les réactions. Ils utiliseraient l’hydrogène et l’hélium de la planète géante comme combustible.
L’énergie produite serait transmise vers la Terre grâce à plusieurs relais installés dans l’espace. Elle servirait ensuite à générer une lumière reproduisant le spectre naturel du Soleil, ainsi que l’alternance des jours, des nuits et des saisons.
D’après les calculs de l’auteur, les quatre planètes géantes du Système solaire contiennent suffisamment de combustible pour alimenter ce dispositif pendant 9,1 millions de milliards d’années, soit bien au‑delà de la durée de vie des dernières étoiles de l’Univers. Le Soleil visible depuis la Terre ne serait alors plus une étoile, mais le dernier maillon d’une gigantesque infrastructure énergétique.

Il faudrait aussi déplacer la Terre
Le pare-soleil ne suffirait pas à empêcher notre planète d’être engloutie par le Soleil devenu géante rouge. Pour éviter ce sort, il faudrait l’éloigner progressivement.
L’étude propose d’extraire de l’oxygène dans les profondeurs de Jupiter, puis de l’envoyer sous la forme d’un immense faisceau de particules passant à proximité de la Terre. Les interactions gravitationnelles répétées transféreraient progressivement de l’énergie à notre planète et déplaceraient son orbite jusqu’à environ 1,2 fois sa distance actuelle au Soleil.
L’opération durerait 100 millions d’années. Chaque seconde, 120 000 tonnes d’oxygène devraient passer près de la Terre. Malgré cette quantité, Gabriel Harry estime que le faisceau resterait relativement sûr. Réparti sur 1 000 kilomètres, il ne transmettrait pas plus d’énergie par unité de surface qu’un orage s’il touchait accidentellement l’atmosphère.
Sauver une planète qui continue de vieillir
Échapper au Soleil ne suffirait toujours pas. Même correctement éclairée et placée sur une orbite sûre, la Terre continuerait de vieillir.
Son intérieur pourrait notamment se refroidir jusqu’à provoquer l’arrêt de la tectonique des plaques dans environ 1,45 milliard d’années. Or, celle-ci contribue au recyclage d’éléments essentiels et à la régulation du climat. L’étude imagine donc de compenser les 47 térawatts de chaleur interne terrestre à l’aide de sources d’énergie artificielles installées près du noyau.
Il faudrait également remplacer l’eau qui s’échappe lentement de l’atmosphère. Pour atteindre les durées envisagées, près de 1 000 tonnes d’eau devraient être importées chaque année depuis Jupiter.
D’autres systèmes protégeraient la planète contre les astéroïdes et les phénomènes provenant de l’extérieur du Système solaire. Dans le cas extrême où une étoile passerait trop près de nous, l’auteur va jusqu’à envisager de déplacer le Soleil lui-même grâce à des faisceaux d’hydrogène prélevé sur Jupiter.

Gabriel Harry ne prétend pas que ces machines pourraient être construites avec les technologies actuelles. La production industrielle de carbyne, les robots miniers autoréplicants, la fusion contrôlée dans Jupiter ou la transmission continue d’énergie à l’échelle interplanétaire restent très hypothétiques.
L’étude suppose aussi qu’une civilisation pourra entretenir ces installations pendant des milliards d’années, sans jamais subir d’effondrement durable. Sur une durée aussi longue, même une probabilité annuelle infime de guerre, de sabotage ou de catastrophe finit pourtant par devenir un risque majeur.
Ce scénario tient donc davantage de l’expérience de pensée que du plan de chantier. Mais il propose un intéressant changement de perspective. Face à la mort du Soleil, la solution la plus intuitive consiste à quitter la Terre pour coloniser une autre étoile. Transporter une population, une biosphère et toutes les infrastructures nécessaires sur plusieurs années-lumière pourrait cependant être encore plus difficile que de transformer notre propre système planétaire.
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