La fusée SLS a décollé dans la nuit du 1er au 2 avril 2026 pour lancer la mission historique Artémis II. Si les objectifs des photographes l’ont mitraillée depuis le sol, le point de vue le plus vertigineux nous vient de l’espace. À près de 36 000 km de distance, un satellite météorologique a capturé une trace étonnante de ce départ vers la Lune.

On avait eu droit à un cliché de la fusée Space Launch System (SLS) prise depuis la Station spatiale internationale, alors qu’elle se trouvait sur son pas de tir, en début d’année. Bien que floue (après tout, Christopher Williams, le photographe, se trouvait alors à une distance d’environ 400 km), la photo était assez détaillée pour représenter l’immense lanceur.

Deux mois et demi plus tard, c’est un tout autre point de vue qui s’offre aux yeux du public. Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 avril 2026, la fusée SLS a quitté le plancher des vaches pour lancer la mission Artémis II. Bien sûr, l’évènement a été mitraillé par les photographes présents sur place. Après tout, voilà 50 ans que l’on n’avait pas relancé une mission habitée vers la Lune.

La Terre et la fusée SLS vues du ciel

Mais il y a plus atypique : avez-vous déjà vu à quoi ressemblait un départ de fusée depuis un satellite en orbite autour de la Terre ? Avec autant d’appareils qui orbitent autour de la planète bleue, il aurait été étonnant qu’aucun d’entre eux ne parvienne à capturer l’envol du lanceur SLS. Mais c’était sans compter le satellite GOES-19.

Ce satellite météorologique était forcément aux premières loges : sa mission est de couvrir la région est des États-Unis — d’où son autre nom : GOES-East. Comme il est placé sur une orbite géostationnaire, sa période en orbite est égale à la période de rotation de la Terre. En clair, le satellite reste toujours au-dessus de la même région.

Sur le réseau social X, le météorologiste Jonathan Belles, qui travaille pour le site The Weather Channel, a partagé un mini-clip montrant l’envol de la fusée SLS. Évidemment, à de telles distances (le satellite se trouve à 35 786 km), on ne peut pas distinguer le lanceur, mais la trace de son passage est nette : un long panache blanc se dessine à l’image.

Un capteur qui balaie la Terre

L’animation peut sembler saccadée, mais l’instrumentation à bord de GOES-19 n’a pas un fonctionnement similaire à une caméra ou un appareil photo terrestre. Ici, on ne filme pas plusieurs images par seconde (par exemple 24 images par seconde, qui est la cadence classique pour un film) mais plutôt une image par période de temps.

Cela s’explique par les objectifs et les besoins du National Weather Service et de la National Oceanic and Atmospheric Administration. Pour prendre des photos en très haute résolution, l’instrument principal du satellite (Advanced Baseline Imager) ne prend pas des photos instantanées, mais balaie toute la surface de la Terre qui lui fait face.

En temps normal, GOES-19 met 10 à 15 minutes pour scanner le disque terrestre complet, selon le mode choisi. La seule zone des États-Unis lui prend encore 5 minutes. Mais les satellites GOES disposent aussi d’un autre mode qui sert à suivre plus finement un évènement ciblé et ponctuel. C’est pratique, notamment, en cas de phénomène météo rapide et extrême.

Avec ce mode, pensé initialement pour suivre par exemple des ouragans ou des tornades, on peut restreindre encore plus la zone à balayer : un carré de 1 000 km de côté. Ainsi, la cadence s’accélère franchement et le satellite est en mesure de fournir une image toutes les 60, voire 30 secondes. Idéal pour suivre un décollage qui ne dure que quelques minutes.

Même avec cette fréquence de balayage maximale d’environ une image par demi-minute, l’ascension de la fusée SLS est si fulgurante que le satellite ne peut figer qu’une poignée d’instants de cette scène historique. Mises bout à bout, ces photos créent alors une sorte de timelapse au rendu haché. Mais un rendu malgré tout spectaculaire.

Le mystère du « flash » d’humidité

Dans un autre genre, la chaîne National Weather Service pour la région de Seattle a partagé un visuel relativement proche, mais présentant cette fois un environnement en fausses couleurs. Ici, il s’agit de mettre en lumière la présence de vapeur d’eau dans le ciel. On distingue ainsi très bien les nuages et, si l’on regarde très attentivement, comme un « flash ».

« Ne clignez pas des yeux », s’amuse la chaîne NWS Seattle. Il ne s’agit évidemment pas d’un éclair, mais là encore du tracé laissé par Artémis II. Mais pourquoi l’ascension d’une fusée provoque-t-elle une telle anomalie sur une carte mesurant l’humidité ? L’explication se trouve tout simplement dans ses moteurs.

Le carburant de l’étage principal de l’immense lanceur SLS est composé d’hydrogène et d’oxygène liquides. En brûlant pour générer de la poussée, ces éléments créent une réaction chimique dont le principal déchet n’est autre que de l’eau. Les quatre moteurs RS-25 recrachent ainsi des tonnes de vapeur d’eau surchauffée directement dans le ciel.

Et du côté de l’ISS, alors ?

Quant à celles et ceux qui guettent d’éventuels clichés pris depuis la Station spatiale internationale (ISS), il faudra attendre une autre mission Artémis. En effet, comme l’a expliqué Christopher Williams, l’ISS se trouvait au moment du décollage au-dessus de l’océan Pacifique Nord. Impossible donc de voir ça en direct — mais l’équipage avait allumé la TV.

Malgré tout, l’astronaute a quand même pu déceler quelque chose alors que l’ISS revenait sur zone : « Environ une demi-heure plus tard, alors que nous orbitions à quelques centaines de kilomètres de la Floride, j’ai pu apercevoir les vestiges de la traînée laissée par la fusée en traversant l’atmosphère ! Vous pouvez voir l’effet du vent à différentes altitudes. »

artémis iss
Source : Christopher Williams
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