Comment détecter des astéroïdes dirigés vers la Terre, mais cachés par la luminosité du Soleil ? L’Agence spatiale européenne (ESA) propose une solution : la mission NEOMIR.

Certains astéroïdes dirigés vers la Terre ne sont pas détectés. Une explication revient souvent dans ces cas-là : ces objets s’approchent de notre planète dans la direction du Soleil. Ces astéroïdes sont dès lors cachés à notre vue, à cause de la lumière émise par l’étoile. C’est un peu comme si nous avions un « angle mort » empêchant de détecter des astéroïdes. Autrement dit, le Soleil est si éblouissant qu’il « éclipse » les astéroïdes proches de lui.

Même s’il n’y a aucun risque avéré d’un impact d’astéroïde dangereux pour l’humanité, cette situation n’est pas idéale. Il est compliqué de suivre les trajectoires de nombreux objets probablement dirigés vers nous. C’est pourquoi l’Agence spatiale européenne (ESA) prévoit une mission baptisée NEOMIR, a-t-elle annoncé le 17 février 2023. Ce « système d’alerte anticipée pour les astéroïdes de 20 mètres et plus et qui ne peuvent pas être vus du sol » sera positionné entre la Terre et le Soleil. Le lancement de NEOMIR pourrait avoir lieu en 2030, à bord d’une fusée Ariane 6.

Le plus gros défi ne vient pas des gros astéroïdes, mais des moyens

Les plus gros astéroïdes, ceux qui causeraient le plus de destructions, sont les plus faciles à détecter. Cependant, leur population est assez faible dans le système solaire et l’ESA estime que 90 % de ces objets sont identifiés (et aucun n’est jugé dangereux). Le principal défi, selon l’agence spatiale, ce sont les objets de taille moyenne : de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres de diamètre. Peu d’entre eux ont été découverts. Or, ce sont de tels astéroïdes qui pourraient raser une ville. Les repérer assez tôt est donc essentiel pour prendre des mesures de protection des populations — si un jour un tel risque est avéré.

Un exemple est resté célèbre : le superbolide de Tcheliabinsk, observé en Russie le 15 février 2013. Un astéroïde de 20 m de long s’était jeté dans l’atmosphère terrestre à 18 km/s. L’objet avait créé une onde de choc, en endommageant des bâtiments et des fenêtres. 1 500 personnes avaient été blessées par les éclats de verre. L’objet, de taille modeste, venait d’une direction proche de celle du Soleil — notre fameux « angle mort ».

Point de Lagrange L1. // Source : ESA
Point de Lagrange L1. // Source : ESA

Les points de Lagrange sont des positions dans l’espace. Ce sont des points d’équilibre, où les forces gravitationnelles de 2 corps (par exemple, du Soleil et de la Terre) sont en équilibre.

Pour remédier à ce manque de visibilité, il faut envoyer NEOMIR dans l’espace, selon l’ESA. La mission, opérée par un télescope de 50 cm, va être positionnée au point de Lagrange L1, situé entre le Soleil et la Terre. De là, l’observatoire pourra constamment surveiller les astéroïdes venant de la direction du Soleil. Il détectera leur chaleur, jusqu’à 3 semaines à l’avance avant le passage des astéroïdes dans le voisinage de la Terre.

NEOMIR observera dans le domaine infrarouge (il est donc nécessaire d’en faire un télescope spatial, car l’atmosphère terrestre brouille les images prises dans ces longueurs d’onde). Sa zone de visibilité sera en forme d’anneau, autour du Soleil. « Tous [les astéroïdes] qui représentent une menace et que nous ne pouvons pas voir actuellement devront passer par cet anneau », explique l’ESA. Ainsi, ils ne devraient plus échapper à notre vigilance.

Quant à notre capacité à nous organiser pour éviter la collision, c’est une autre histoire : une simulation avait montré que même 6 mois ne suffiraient pas à éviter l’impact d’un astéroïde.


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