La « dernière super Lune de l’esturgeon » est annoncée pour la nuit du 11 au 12 août 2022. Inutile de chercher à voir un phénomène exceptionnel : la Lune n’est ni « super » ni poissonneuse. Elle est comme d’habitude.

« Dernière super Lune de l’esturgeon », « La dernière super Lune de l’année se lève jeudi », « Super Lune de l’été 2022 » : les qualificatifs ne manquent pas, ce jeudi 11 août 2022, pour décrire le satellite terrestre. Ne vous fiez pas aux résultats de votre recherche Google « super Lune des esturgeons », car la Lune n’est pas différente de d’habitude dans la nuit de jeudi à vendredi.

Vous ne verrez ni une Lune « super », ni des esturgeons sur la Lune. C’est juste l’un des nombreux noms de Lune poétiques, mais sans aucun sens astronomique, dont vous pouvez entendre parler chaque année.

La Lune est bien pleine (rien d’incroyable)

La pleine Lune a effectivement lieu à 3h35, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 août, mais il n’y a rien d’inhabituel à observer. Cela signifie simplement que la face de l’astre visible depuis la Terre est entièrement illuminée par le Soleil.

On peut voir une pleine Lune tous les 29 jours environ (si le ciel est, bien sûr, suffisamment dégagé). Cela correspond au moment où la Lune se trouve à l’opposé du Soleil, par rapport à notre planète. C’est l’inverse d’une nouvelle Lune, quand la Lune est entre la Terre et Soleil, et qu’elle n’est donc pas visible.

Mais la Lune n’est pas « super »

Comme l’ont maintes fois rappelé des scientifiques auprès de la rédaction de Numerama (pour la « super Lune de ver », ou encore la « super Lune de neige »), le terme de « super Lune » est dénué d’existence dans la littérature scientifique. L’expression est souvent utilisée par la Nasa dans ses communications, ce qui entretient des confusions. Dans cette page de son site consacré à la Lune, l’agence spatiale définit ainsi la « super Lune », juste avant d’admettre que ce n’est pas un terme astronomique officiel.

Dans cet autre communiqué consacré à la prochaine pleine Lune, la Nasa explique même que l’expression a été inventée par un astrologue, Richard Nolle, en 1979. Or, l’astrologie n’est pas à confondre avec l’astronomie : l’astrologie consiste à interpréter symboliquement les positions et mouvements des astres et n’est donc pas une science. C’est l’astronomie qui est la science de l’observation des astres. En citant maladroitement et régulièrement une source astrologique, la Nasa contribue à entretenir la confusion autour de l’expression « super Lune ».

En plus, le terme est utilisé pour désigner une situation qui a déjà un nom scientifique : le « périgée-syzygie ». Ce nom compliqué désigne la coïncidence de deux phénomènes : c’est lorsque la pleine Lune se produit alors que l’astre est à sa distance la plus faible avec la Terre.

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Schéma de la Lune à l’apogée et au périgée. // Source : Capture d’écran YouTube NASAJPL Edu

Si cela est possible, c’est parce que l’orbite de la Lune, bien qu’elle soit globalement circulaire autour de la Terre, a une légère variation de distance. Il arrive ainsi que la Lune soit un peu plus loin de nous : c’est l’apogée, avec une distance maximale d’environ 405 500 kilomètres. Et, quand la Lune est un peu plus proche de nous, c’est le périgée, avec une distance minimale d’approximativement 363 300 kilomètres. Par conséquent, le diamètre apparent de la Lune change, du fait de ces variations de distance. Cependant, à l’œil nu, la différence est imperceptible.

Il s’avère que la Lune était au périgée le mercredi 10 août 2022 : à 19h08, elle était alors à une distance de 359 827 kilomètres de la Terre. Puisque la pleine Lune tombe quelques jours après, le 12 août à 2h35, on peut envisager de parler de périgée-syzygie. Les deux phénomènes coïncident à peu près. Mais, ce n’est pas une « super Lune », qui nous apparaitrait subitement bien plus grosse.

Des esturgeons sur la Lune ?

Inutile de chercher des poissons sur la Lune, ni ce 11 août, ni à un autre moment, vous n’en verrez pas. À nouveau, la « Lune de l’esturgeon » n’est pas une expression avec une valeur scientifique.

Ce terme est un emprunt à une tradition culturelle nord-américaine, issue des Amérindiens. Des noms ont été attribués à la Lune et servaient à suivre le passage des saisons. Traditionnellement, ces noms étaient d’ailleurs donnés à l’ensemble du mois lunaire (commençant par une nouvelle Lune ou une pleine Lune) et pas seulement au moment de la pleine Lune.

Dans les années 1930, ces noms ont commencé à être repris dans The Old Farmer’s Almanac : cet « Almanach du vieux fermier » est un périodique américain, publié depuis le 18e siècle, connu pour ses prévisions météorologiques ou ses recettes de cuisine. Si l’on regarde l’almanach au mois d’août, il parle de « Sturgeon Moon », ou « Lune de l’esturgeon », pour décrire la pleine Lune du mois. « Les esturgeons géants des Grands Lacs et du lac Champlain étaient plus facilement capturés pendant cette partie de l’été », explique l’almanach, ce qui a donc inspiré ce nom de Lune.

L’histoire est tout à fait poétique. Mais, à nouveau, le fait que la Nasa reprenne ces termes dans ses communications officielles entretient la confusion entre ce qui relève de la réalité scientifique et ce qui relève de la tradition culturelle.