Un streamer est-il forcément un joueur de jeu vidéo ? C’est en tout cas ce que laisse entendre la traduction officielle qui est désormais proposée.

C’est une traduction qui n’est pas vraiment fausse, mais qui manque l’occasion de recouvrir toutes les autres pratiques qui sont attachées à cette activité. Au Journal officiel du 29 mai 2022, la commission d’enrichissement de la langue française s’est penchée sur le vocabulaire du jeu vidéo. Et parmi les adaptations qui sont désormais fixées figure le mot « streamer ».

Ce terme, que l’on connait forcément lorsque l’on passe ses soirées sur Twitch et sur d’autres plateformes du même ordre, est désormais décliné en « joueur » ou « joueuse » en français. La commission propose d’éventuelles variantes pour refléter plus justement la pratique du streaming, avec « joueur-animateur » et « joueur en direct », et leurs équivalents féminins.

À cette traduction est ajoutée une définition qui, là encore, n’est pas tout à fait inexacte. En effet, un streamer est un « joueur qui retransmet et commente en direct sur la toile sa propre partie de jeu vidéo, tout en interagissant avec sa communauté de spectateurs ». Pour qui fréquente Twitch, c’est évidemment la pratique la plus visible sur la plateforme, et l’une des plus répandues.

Twitch ne fait pas assez contre le cyberharcèlement, selon certaines streameuses // Source : Caspar Camille Rubin / Unsplash
Twitch a évidemment une large influence, car la plateforme est l’une des plus connues en matière de streaming, et on y fait souvent du jeu vidéo. // Source : Caspar Camille Rubin

Hélas, la commission d’enrichissement de la langue française ne donne qu’une vision incomplète de ce que revêt le streaming avec cette traduction. Bien sûr, sur Twitch ou YouTube, le streaming de jeu vidéo est la pratique qui occupe le devant de la scène. C’est souvent par ce hobby que les internautes se lancent dans le streaming, mais ce n’est pas toujours vrai.

Une traduction qui occulte toutes les autres manières de faire du streaming

Surtout, cette proposition écarte toutes les autres approches que l’on peut avoir de la « diffusion en continu », qui consiste à envoyer un flux vidéo et / ou audio en direct (ou avec un léger différé) vers le public. En effet, quid ici des streamers qui font de la musique ? De la cuisine ? Du sport ? De tech ? De la politique ? Ou tout simplement qui ne font que bavarder de tout et de rien ?

La plateforme Twitch met d’ailleurs une rubrique entière à disposition de celles et ceux qui ne souhaitent que discuter, sans forcément faire une partie de jeu vidéo. Elle s’appelle « Just Chatting / Discussion » et les streameurs et les streameurs sont souvent face caméra en train de papoter avec leur communauté, en buvant un café ou en effectuant diverses animations.

Il y a mille façons de faire du streaming et celles-ci sont parfois très éloignées du jeu vidéo — on pense au « react » qui consiste à filmer ses émotions quand on regarde une vidéo, comme une bande-annonce d’un film, un documentaire ou un épisode d’un dessin animé. Le react est aussi très présent sur YouTube. Il n’a pas besoin d’être forcément en direct.

Twitch présidentielle
Un streamer faisant du jeu vidéo, vraiment ? // Source : Capture d’écran

Quelques personnalités du Twitch-game français illustrent d’ailleurs bien ce point : faire du streaming, ce n’est pas que jouer au jeu vidéo. Les Jean Massiet, Samuel Étienne ou Clément Viktorovitch se sont lancés pour d’autres raisons — faire du décryptage politique, faire une revue de presse, analyser le discours. Bien sûr, il peut leur arriver de faire une partie. Mais c’est ponctuel.

C’est aussi oublier le streaming qui peut avoir en dehors de Twitch et de YouTube, par exemple sur les réseaux sociaux, comme Instagram. On y voit davantage de la vie quotidienne (ou de la mise en scène de sa vie quotidienne) que des parties endiablées sur tel ou tel jeu. Et que dire alors du streaming adulte, avec toutes ces cam girls qui peuplent certains services X ?

La traduction de la commission d’enrichissement de la langue française est d’autant plus inattendue que par le passé, elle avait bien saisi le concept de streaming. Elle avait formulé en 2015 la traduction suivante : « se dit de la diffusion ou de la réception par l’internet de contenus audio et vidéo, selon un mode de transmission permettant une lecture en continu sans téléchargement. »

Reste alors une question. Si joueur, joueur-animateur et joueur en direct ne vont pas, comment traduire streamer ? Et d’ailleurs, faut-il traduire un terme bien ancré dans le langage courant ? Le débat est ouvert. Une chose est sûre : une traduction n’est jamais figée. Il est arrivé à la commission d’actualiser une proposition qui n’allait pas. C’est ce qui était justement arrivé à… streaming.