La nouvelle création de Steven Moffat (Doctor Who, Sherlock) est une adaptation en série de The Time Traveler’s Wife. Mais derrière l’éclatement chronologique très réussi, l’histoire peine à nous captiver.

Lorsque votre mari est un voyageur temporel, cela complique un peu le mariage. Il y a des hauts et des bas, mais les bas ont tendance à prendre le dessus quand, souvent, votre mari disparaît avant de revenir quelques minutes plus tard dans un sale état — et nu. C’est l’histoire de ce couple singulier que raconte la série The Time’s Traveler Wife, portée par Rose Leslie (Clare, l’épouse) et Theo James (Henry, le mari).

Cette création de Steven Moffat (Doctor Who, Sherlock) est une nouvelle adaptation du livre éponyme d’Audrey Niffenegger, déjà transformé en film en 2009. La série est produite par HBO et, en France, disponible en US+24 sur OCS à partir de ce lundi 16 mai 2022.

En affirmant, dès son titre, se concentrer sur l’épouse du voyageur temporel, le récit de The Time’s Traveler Wife promet une histoire originale, qui livrerait un autre regard sur le voyage dans le temps. C’est en partie le cas : on assiste à une histoire culottée. Le problème, c’est qu’elle a du mal à nous passionner — sauf si l’on considère les fesses de Theo James comme un élément trépidant d’une intrigue.

Une histoire d’amour dans le désordre

Une histoire d’amour dans le désordre le plus total : c’est ainsi que l’on peut résumer The Time’s Traveler Wife. Lorsque Clare rencontre pour la première fois Henry, elle est alors une petite fille. Celui-ci apparaît dans son jardin et, ensemble, ils papotent et jouent aux échecs. Sauf que Henry connaît déjà Clare : à ce moment-là, il a 41 ans et il est marié à une version plus âgée de Clare. En conséquence, lorsque Henry rencontre Clare pour la première fois, alors qu’il n’a que la vingtaine, Clare sait déjà qui il est, et qu’ils sont destinés à se marier.

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Rose Leslie joue Clare dans The Time’s Traveler Wife // Source : HBO

Ce n’est que le début du maëlstrom temporel, puisque Henry, à tout âge, voyage tantôt dans son passé et son présent, croisant la route de Clare et d’autres personnages de manière décousue. Cet éclatement chronologique est étonnement réussi : on n’est jamais perdu. La patte de Steven Moffat, un habitué des écritures cérébrales bien ficelées, offre à The Time’s Traveler Wife la cohérence dont une série a besoin lorsqu’on touche au sujet périlleux du voyage dans le temps. Le grand tableau des événements est donc parfaitement écrit et maîtrisé.

Cet éclatement temporel permet, aussi, de livrer un propos plutôt intelligent sur les espoirs projetés vers l’autre dans un couple — des espoirs qui, parfois, voire souvent, peuvent tordre la réalité jusqu’à causer de profonds dysfonctionnements humains. Le voyage dans le temps, dans The Time’s Traveler Wife, est proche du conte philosophique appliqué à l’amour.

Les fesses du voyageur temporel

Le duo entre Rose Leslie et Theo James fonctionne bien, en particulier grâce au talent certain de l’une et l’autre, mais l’alchimie des personnages prend assez difficilement. En cause, une narration qui ne se passionne presque que pour les moments tragiques, tant et si bien qu’il en devient difficile de palper sur quoi réside la relation en dehors du destin… et du sexe. Or, il est difficile de faire reposer toute une œuvre de fiction sur ces deux aspects.

Il est vrai que l’on assiste à quelques moments touchants. Sauf que The Time’s Traveler Wife gâche un temps monumental sur des scènes absurdes ou gênantes. Parmi elles, les postérieur de Theo James, encore et toujours. Lorsque son personnage se téléporte dans le temps, il se retrouve entièrement nu. À chaque voyage — et il y a beaucoup de voyages — nous retrouvons donc un Theo James totalement à poil. Si le gimmick a du sens et qu’il est même assez drôle, la série en use et en abuse jusqu’à ce que le derrière du voyageur devienne notre quotidien à chaque épisode. Lassant.

En optant pour la comédie romantique et le couple, The Time’s Traveler Wife passe à côté de l’opportunité qui était livrée sur un plateau par cette histoire et le titre de la série : parler de la femme du voyageur temporel. Parler de Clare, donc. Plonger réellement dans sa vie quotidienne si singulière. Et, certes, l’œuvre de HBO prend le temps de raconter son histoire, mais la vie de couple passe bien trop largement au-dessus.

L’adaptation HBO de The Time’s Traveler Wife relève donc d’un joli conte, mais sans éclat. Une sorte de magnifique histoire d’amour qui n’a aucun intérêt malgré tout, puisque survolant sans cesse ce qui aurait pu être le cœur battant de l’œuvre.

L’abonnement OCS débute à 9,99 euros par mois, et il est aussi compris dans un pack OCS + Amazon Prime Video.

Le verdict

The Time's Traveler Wife // Source : HBO
6/10

The Time’s Traveler Wife

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The Time’s Traveler Wife est un joli conte, narrant une histoire d’amour perturbée par une malédiction : Henry voyage dans le temps sans le vouloir, de manière inopinée, et sa femme, Clare, doit vivre avec cela. Cette comédie romantique est originale, et nous livre des moments touchants grâce au talent de Rose Leslie et Theo James, le tout au fil d’une construction temporelle parfaitement maîtrisée.

Mais la maîtrise de la chronologie n’est pas suffisante. On aurait aimer que le récit nous entraîne davantage dans le quotidien de Clare, en y intégrant combien les voyages dans le temps de Henry perturbent sa vie. Beaucoup de scènes absurdes ou gênantes empêchent de se plonger pleinement dans cet étrange quotidien.

La fin est l’apothéose de cette ambivalence : tout se rejoint parfaitement bien, mais d’un autre côté, cela se termine comme un cheveu sur la soupe, sans éclat véritable.

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