Un an après le succès de la formidable première saison, En thérapie lance cinq nouvelles psychanalyses, au lendemain du premier confinement, en mai 2020. Une réussite en 35 épisodes, qui ausculte nos fêlures les plus profondes avec toujours beaucoup de sensibilité.

« Je trouve ça quand même bizarre, de donner de l’argent à quelqu’un qu’on connaît pas, juste pour parler avec lui. » Voilà comment le jeune Robin résume le métier de psy, lors de sa première rencontre avec Philippe Dayan. Il est vrai que cela peut sembler étrange : s’entretenir pendant des heures avec un inconnu, pour espérer aller mieux. Encore plus singulier : assister aux analyses des autres, d’anonymes venus témoigner de leurs maux, séance après séance.

C’est pourtant la proposition d’En thérapie, dont la première saison a résonné si fort avec notre pandémie actuelle, lors de sa diffusion, début 2021. Avec plus de 40 millions de vues sur la plateforme Arte.tv, la fiction était alors devenue la série la plus vue de l’histoire de la chaîne. Un succès surprise, adapté de la réussite israélienne Be’Tipul, créée par Hagai Levi (The Affair) en 2005.

Les anciens personnages sont toujours là

Pour sa seconde saison, diffusée dès ce jeudi sur Arte et déjà disponible en intégralité sur leur site, En thérapie continue sur sa lancée avec son format simple et efficace : un épisode, un personnage, une séance de 25 minutes. En tout, cinq protagonistes se succèdent sur le canapé de Philippe Dayan, psychanalyste reconnu dont la vie privée tombait en morceaux dans la première saison, au lendemain des attentats du 13 novembre.

En thérapie
Jacques Weber incarne Alain, un chef d’entreprise insupportable au premier abord // Source : Arte

Pour ce retour tant attendu, la série nous plonge dans un passé si proche et si loin à la fois : le confinement du printemps 2020. Nous retrouvons alors notre thérapeute préféré, toujours brillamment incarné par Frédéric Pierrot (Les Revenants), alors qu’il s’apprête à recevoir quatre nouveaux patients. Ceux de la première saison n’ont pas disparu. Évoqués au fil d’une discussion, aperçus au détour d’un souvenir ou de passage dans le nouveau cabinet du psychanalyste, les personnages qui nous ont touché il y a un an sont toujours là, par petites touches. De subtils liens avec le passé, qui entretiennent notre attachement à la série, malgré son format anthologique.

Un casting exceptionnel

Et les protagonistes de ces 35 nouveaux épisodes parviennent à capter aussitôt notre attention, sans nous laisser le temps de regretter les anciens. Le lundi, il y a d’abord Inès, brillante avocate s’interrogeant sur sa maternité, ses relations amoureuses, et sa solitude. Eye Haïdara (Le Sens de la fête) donne vie à cette femme indépendante et battante, à qui l’on s’intéresse immédiatement grâce à son franc-parler. Le mardi, c’est Robin qui prend place dans le cabinet de Dayan, interprété par la révélation Aliocha Delmotte. Adolescent timide et fan de super-héros, le jeune garçon tente de faire face au divorce de ses parents, autant qu’au regard des autres.

En thérapie
Lydia (incarnée par la bouleversante Suzanne Lindon) est le meilleur personnage de cette nouvelle saison // Source : Arte

Puis, vient le temps du mercredi, habité par la présence magnétique de Suzanne Lindon (Seize printemps), dans le rôle de Lydia. L’étudiante en architecture vient partager un terrible secret encore jamais dévoilé. Il s’agit du personnage le plus abouti de la saison, sublimé par l’épatante et touchante performance de l’actrice, dont le rire comme les larmes sont grandement communicatifs. Le jeudi, c’est Alain qui lui succède, un chef d’entreprise affrontant le suicide de l’une de ses employées et la tempête médiatique qui le suit. Jacques Weber (Philharmonia) donne toute sa prestance à ce personnage tête à claques mais intrigant, qui révèle ses fêlures personnelles au fil des épisodes.

Désamorcer les problématiques par l’écoute

Le vendredi est consacré à la vie personnelle de Dayan, attaqué en justice pour un événement tragique de la première saison. Il consulte alors Claire (Charlotte Gainsbourg), une psychanalyste de renom censé lui apporter du soutien avant son procès. Si ce personnage n’est pas forcément le plus intéressant de ces nouveaux épisodes, son éclairage apporte tout de même de précieuses informations sur le cœur de la série : Philippe Dayan lui-même. Cette histoire de procès, qui aurait pu être un simple gadget, entre, au contraire, en résonance avec la merveilleuse galerie de personnages qui peuple En thérapie.

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Inès (Eye Haïdara), une avocate brillante mais en proie à la solitude // Source : Arte

Tous incarnés par des comédiens formidables, aussi bouleversants que profondément humains, ces nouveaux patients sont encore plus fascinants que leurs prédécesseurs. Servies par une écriture sensible et d’une grande finesse, ces histoires inédites abordent des thématiques diverses, avec davantage de profondeur. L’avortement, le suicide, le harcèlement, les drames familiaux… Chaque problématique est toujours désamorcée par l’écoute et la parole, avec une telle empathie qu’il est difficile de rester insensible à ces récits poignants. Et à l’ère des mini-séries et des saisons courtes de 10 petits épisodes, il faut avouer que cette narration au long-court, sur 35 épisodes, fait un bien fou.

Le covid, presque trop absent ?

En toile de fond de ces histoires individuelles racontées sur canapé, se tisse une expérience collective : la présence du Covid dans nos vies. Gel hydroalcoolique sur toutes les mains, masques dans la salle d’attente… Autant de gestes devenus notre quotidien, qui habitent la série et se placent en écho troublant de notre réalité.

Mais la création d’Éric Toledano et Olivier Nakache (Intouchables) donne finalement peu d’importance à ce contexte sanitaire et politique. La pandémie ne possède qu’une influence relative sur les destinées de nos personnages. Et on n’aurait jamais cru dire ça, mais le covid est presque finalement trop absent. Il aurait pourtant été si captivant de décortiquer notre mental à l’épreuve de cette situation traumatisante. On aurait aimé qu’au moins l’un des personnages puisse évoquer en détail son mal-être pendant le confinement, et le nôtre par la même occasion.

En thérapie
Aliocha Delmotte est bluffant dans le rôle de Robin, un adolescent réservé // Source : Arte

En thérapie, dont la première saison est également disponible sur Disney+, reste une excellente fresque qui raconte avec brio les relations humaines, éclairée par une sublime réalisation d’Emmanuelle Bercot (La Tête haute), Agnès Jaoui (Le Goût des autres) ou Arnaud Desplechin (Trois souvenirs de ma jeunesse). Et après avoir vu ces épisodes introspectifs, on se questionne évidemment sur nous-mêmes. Comme Philippe Dayan, on commence aussi à remettre en cause le moindre de nos mots, pour comprendre ce qui s’y cache. Une immersion inédite et inoubliable, qui secoue autant qu’elle apaise. Et c’est là toute la force d’En thérapie : être notre pire ennemie des phases de doutes, autant que notre meilleure alliée des jours sombres.

La saison 2 d’En thérapie sera diffusée tous les jeudis, à 20h55, sur Arte. Les deux saisons sont déjà disponibles en intégralité sur Arte.tv.

Le verdict

Aliocha Delmotte est bluffant dans le rôle de Robin, un adolescent réservé // Source : Arte
9/10

En thérapie, saison 2

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Un an après son succès surprise sur Arte, la fabuleuse En thérapie revient pour décrypter notre réalité et notre psychologie avec brio. Dans cette deuxième saison, Philippe Dayan reçoit quatre nouveaux patients : Inès, Robin, Lydia et Alain. Quatre nouvelles personnalités qui dévoilent les moindres recoins de leur vie, là, sur ce canapé et dans notre écran. En toile de fond, les créateurs Éric Toledano et Olivier Nakache (Intouchables) ont choisi d’aborder notre pire ennemi depuis deux ans : le Covid. Un contexte qui résonne fort avec nos préoccupations actuelles, mais que l’on aurait aimé plus important dans la narration. Ces 35 nouveaux épisodes d’En thérapie restent une réussite, redonnant à la série française toutes ses lettres de noblesse. Une éclaircie plus que bienvenue dans cette période sombre.

Source : Montage Numerama

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