Je n'avais jamais entendu parler de la série Arcane sur Netflix, jusqu'à ce qu'un ami m'en touche un mot. Il a eu raison : j'ai adoré. Mais maintenant, j'ai un problème : j'ai envie de me mettre à League of Legends, le jeu qui a inspiré la série, alors que cet univers me laissait totalement indifférent jusqu'à présent.

La première fois que j’ai entendu parler d’Arcane, c’était par un mail. Un mail envoyé par un ami début novembre, en pleine nuit — oui, il était alors pratiquement minuit — dans lequel il laissait éclater son enthousiasme. « Je ne sais pas si tu l’as déjà vue, mais si ce n’est pas le cas : va vite voir la série animée Arcane sur Netflix ! » me lançait-il. C’est comme ça que j’ai plongé. Et je ne regrette pas.

À dire vrai, je n’ai pas basculé immédiatement. Il a fallu que cet ami s’y reprenne à trois reprises (littéralement !) pour que je me rende enfin sur le site de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) ; son utilisation déraisonnable de majuscules dans son dernier message m’avait interpellé suffisamment pour m’extraire de ma procrastination et me pousse à appuyer sur le bouton lecture.

Arcane Piltover
Piltover, la ville dans laquelle se déroule l’intrigue. Au premier plan, on retrouve notamment Powder (au centre) et Vi (à droite). Ce n’était alors que des enfants. // Source : Fortiche Production

Son insistance s’est avérée tout à fait compréhensible : le contact avec cette série inspirée de League of Legends (LoL) a été foudroyant. Je suis instantanément tombé sous le charme de l’univers qui y est dépeint. C’est d’autant plus remarquable que je ne connais rien de LoL hormis de vagues généralités. Je n’ai jamais joué au jeu et, à dire vrai, je n’ai absolument aucune envie de m’y mettre.

Pour qui ne connaîtrait pas League of Legends, c’est un jeu vidéo dans lequel deux équipes de cinq joueurs tentent de détruire la base adverse tout en défendant la leur (c’est ce qu’on appelle une arène de bataille, comme Dota 2, Pokémon Unite ou Heroes of the Storm). Tout le monde contrôle un personnage doté de capacités propres et tente de se coordonner pour surclasser l’ennemi. Le tout, dans une vue au-dessus.

Vous ne connaissez rien à League of Legends ? Ce n’est pas grave pour profiter d’Arcane

Mais tout ceci n’a en fait aucune importance pour profiter d’Arcane. Bien sûr, celles et ceux qui sont intimes de la franchise pourront profiter certainement d’un niveau de lecture que les profanes comme moi n’atteindront jamais. Mais c’est justement une excellente chose pour s’adresser au plus grand nombre : l’histoire se tient sans avoir besoin d’un quelconque bagage préalable.

À quoi ressemble League of Legends (ici sur mobile). // Source : YouTube/League of Legends : Wild Rift

Dans Arcane, on suit principalement la trajectoire de plus en plus divergente de deux jeunes filles, deux sœurs, venant des bas-fonds de Piltover, une cité florissante qui est toute entière tournée vers le progrès et l’innovation. En bas, les miséreux, comme Vi et Powder, la grande et la petite sœur ; en haut, la bourgeoisie et les nantis, qui n’ont que dédain pour ceux vivant sous leurs pieds.

Cette opposition entre la ville haute et la ville basse est un motif récurrent dans les œuvres de science-fiction. On la retrouve par exemple dans le Metropolis de Fritz Lang, film de 1927, ou, plus récemment, dans Gunnm, manga de Yukito Kishiro, où l’on voit Zalem, une ville suspendue, surplomber Kuzutetsu, qui n’est autre qu’une décharge pour les habitants d’en haut. La chute de détritus vient le rappeler au fil des pages.

Mais parce que cette opposition entre ville haute et ville basse peut rapidement donner lieu à une lecture manichéenne des choses, où ceux d’en bas seraient toujours gentils et ceux de la surface toujours méchants, Arcane échappe à cette facilité en alternant les points de vue. On suit par exemple Vi, Powder ou Ekko pour ceux d’en bas, ou bien Jayce, Caitlyn ou Mel, en ce qui concerne le haut de la pyramide.

Arcane Jinx
Source : Fortiche Production

Des interactions plus complexes

Ces deux univers paraissent très hermétiques au départ. Les habitants observent même le « monde d’en face » avec méfiance. On évite de se mélanger — personne ne semble le vouloir, d’ailleurs, à cause d’une histoire commune ensanglantée. Les «  pacifieurs » (la police locale) ne le permettent pas, de toute façon. C’est pour cela que Vi et Powder font le mur et commettent des petits larcins. L’un d’eux sera l’élément déclencheur du récit.

Mais au fil des épisodes, le récit s’approfondit. Ce qui paraissait cloisonné ne l’est peut-être pas tant que ça. Il existe en coulisses des interactions plus complexes entre ces deux mondes. Des accords secrets ont été noués. Une certaine paix sociale a été achetée. Toute ressemblance avec des faits réels n’est peut-être pas si fortuite que cela. La série résonne parfois d’un certain tintement politique.

L’alternance des points de vue n’aurait toutefois pas grand intérêt sans des personnages bien écrits — même si parfois certains d’entre eux peuvent parfois être unidimensionnels et n’être là que pour remplir une fonction nécessaire à l’avancement de l’histoire. Le casting principal, en tout cas, est particulièrement réussi. Tous les personnages qui ont assez de temps d’écran sont fascinants à suivre.

Arcane Silco
Dans les bas-fonds, Silco règne. Mais derrière le masque du baron intraitable se cache peut-être autre chose. // Source : Fortiche Production

Nul doute que les interactions de toute cette galerie de héros sont certainement plus savoureuses à suivre si l’on connaît déjà LoL. Les fans décèleront certainement des subtilités ou des clins d’œil qui passeront sous nos radars. Qu’importe. La qualité du scénario et l’écriture des personnages compensent largement cette méconnaissance. LoL pourrait ne jamais avoir existé que ça n’aurait aucune incidence sur Arcane.

La série reprend aussi un motif courant dans les œuvres, qui est celui motif de l’absence du père ou de la mère. Plusieurs pères de substitution apparaissent durant le récit pour les héros ; parfois, ce sont des mentors. Vi et Powder sont un exemple. Mel, dont la mère apparaît sans crier gare dans le récit, aussi. Jayce pensait avoir trouvé une figure dans Heimerdinger, le génial inventeur, pour le guider.

Ce que l’on peut dire, c’est que les deux protagonistes au centre des évènements sont tout simplement sublimes et crèvent l’écran. Deux personnages féminins très forts, attachants, mais vis-à-vis desquels le récit n’est pas tendre. On constate vite à quel point Vi et Powder sont broyées par des forces qui les dépassent et que l’inarrêtable cours des évènements les oblige à grandir vite, à la dure. Et cela va les détruire.

Arcane
Jinx, un personnage phénoménal, mais dont la santé mentale s’est fracassée sur un sentiment d’abandon. Et de trahison. // Source : Fortiche Production

Arcane n’est pas tendre avec les faibles. Et celles et ceux qui survivent dans cet univers sont cassés. Les familles éclatent, les amitiés se brisent, les amours s’évaporent — pour qui a fini la série, une scène en particulier illustre terriblement cette remarque. Le tragique frappe à la porte. Mais impossible d’entrer beaucoup plus en avant dans le scénario sans risquer de divulgâcher quoi que ce soit.

Arcane est une véritable démonstration du talent de Fortiche Production

Il reste à parler de l’animation. Car il s’agit avant tout d’une série d’animation. Et on tenait à garder le meilleur pour la fin.

Dans un univers qui emprunte largement aux codes du steampunk et qui rappelle l’époque victorienne de l’Angleterre, le travail accompli sur neuf épisodes par le studio français Fortiche Production est absolument remarquable, dont l’impact équivaut, en termes de magnitude, à l’impression laissée par le film d’animation Spider-Man : Into the Spider-Verse concocté par Sony.

Une gifle magistrale

Visuellement, Arcane est une gifle magistrale. Le plus hallucinant étant que le studio a bouclé ce projet sans faire appel à de la motion capture (procédé qui consiste à enfiler des combinaisons spéciales pour enregistrer les mouvements des acteurs et des actrices sur ordinateur pour rajouter ensuite par-dessus la texture des personnages animés) ou à de la performance capture (même chose, mais pour le visage).

Arcane Vi
L’animation se montre très fluide et lisible. C’est très beau à regarder (mais pas la violence, ça c’est vilain). // Source : Fortiche Production

Ce choix est aussi un parti-pris nécessaire pour retranscrire certaines expressions parfois difformes à l’écran. Les rictus de quelques personnages sont parfois à ce point inhumains que la performance capture aurait été, pour le coup, un frein. Cela aurait aussi été limitant en termes de liberté créative, dans la construction de plans psychédéliques, pour montrer la dérive mentale de tel ou tel héros.

L’animation est jolie, mais elle est aussi fluide et lisible, y compris dans les combats où tout va parfois très vite. À ce titre, Arcane est vraiment une réussite en termes de production. La série est aussi soignée dans la recherche de ses plans où la manière dont elle oriente la caméra pour dire des choses à travers le cadre lui-même. On pourrait le dire ainsi : Arcane est bien filmé.

Arcane s’appuie sur des techniques d’animation habituelles, avec l’emploi de la 3D. Mais il y a aussi des effets spéciaux qui sont dessinés en 2D — comme de la vapeur ou des explosions. Ce mélange entre ces deux procédés est courant dans le monde de l’animation — aussi bien dans les productions japonaises qu’occidentales. Mais là où Arcane fait fort, c’est qu’il fait parfois oublier qu’il y a de l’infographie 3D.

Arcane animation
La technique d’animation dans Arcane évolue parfois, pour appuyer une rupture dans le récit ou pour dire quelque chose des personnages. // Source : Fortiche Production

L’esthétique de la série est tout à fait particulière. La texture des personnages et des environnements confère non seulement du volume aux corps et aux objets, mais il y a aussi autre chose. Cette patte dans le rendu donne l’impression d’avoir une peinture, dans laquelle on pourrait encore distinguer quelques coups de pinceau. Pour le dire avec moins de mots : c’est fabuleux à regarder.

Surtout, l’animation dans Arcane permet d’obtenir autre chose dans le récit : une rupture narrative, en basculant d’une technique d’animation à une autre pour raconter un moment fort autrement. On ne peut trop entrer dans les détails sans devoir raconter des péripéties clés, mais on pense tout particulièrement à la séquence entre Jinx et Ekko à la toute fin de la série, qui marque un tournant entre ces deux personnages.

Indéniablement, Arcane est une révélation inattendue et un pur moment de plaisir. On l’a binge-watché en quelques jours et on s’est entendu rouspéter en découvrant que Netflix s’était amusé, à la sortie de la série, à retenir les trois derniers épisodes pour les diffuser un peu plus tard. En fait, c’est terrible à dire, mais cette série est suffisamment bien fichue pour m’avoir donné envie de jouer à LoL.

C’est dire.

En bref

Arcane

Note indicative : 5/5

Il est de ces rencontres dont on se dit qu’il aurait été dommage de les manquer. Arcane rentre exactement dans cette catégorie. Heureusement que notre ami s’est montré insistant pour nous pousser à regarder la série, même si la flemmardise a failli l’emporter. On ne regrette absolument pas et on n’a qu’une hâte : découvrir la saison deux, qui a été confirmée par Netflix.

Il est difficile de trouver des défauts flagrants dans cette production qui compte neuf épisodes d’environ 40 minutes chacun. Que ce soit sur le récit lui-même, l’animation ou la conception des personnages, tout a fonctionné avec nous. On a particulièrement adoré le personnage de Jinx, qui avait parfois des accents de Joker, en version féminine. Elle est à la lisière de sombrer dans la folie.

Arcane ne nécessite absolument pas de connaître League of Legends pour être appréciée. Il faut voir la série comme une série indépendante. Par contre, le travail effectué par le studio français Fortiche Production pourrait presque être un peu piégeux si l’on n’y prend pas garde. En effet, on est presque sur le point de se mettre à LoL, juste pour le plaisir de retrouver encore une fois Vi, Jinx et les autres.

Top

  • La qualité fabuleuse de l'animation
  • La variété des personnages, bien écrits
  • Jinx, véritable Joker féminin
  • On n'a pas besoin de connaître LoL

Bof

  • La dimension dramatique aurait pu être accentuée
  • Des effets stroboscopiques sont un peu gênants
  • Quelques personnages en manque d'épaisseur
  • Vous risquez de vous mettre à LoL
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