L'opération menée par Canal+ au printemps 2020 a fortement contrarié la concurrence. La chaîne cryptée était passée temporairement en clair, donnant accès gratuitement à ses contenus.

C’était en mars 2020, lors du tout premier confinement en France. Alors que le pays était frappé par la première vague d’épidémie de coronavirus, toutes sortes d’initiatives fleurissaient. Les soignants étaient applaudis chaque soir dans toute la France. Les « skypéros » s’organisaient pour passer le temps. Et Canal+ avait eu l’idée de passer tous ses programmes momentanément en clair.

Depuis, d’autres vagues se sont succédé, les signes de solidarité se sont taris et les polémiques juridiques ont remplacé les opérations de communication. Canal+ en sait quelque chose : même si la chaîne cryptée n’a finalement pas fait trop durer son geste, qui s’est terminé à la fin mars 2020 — et non pas à la mi-avril comme cela était envisagé au début –, ses concurrentes ont vu rouge.

On savait déjà que des chaînes rivales, comme celles gérées par France Télévisions, n’avaient pas du tout apprécié l’initiative de Canal+. Dès avril 2020, il était question de demander une réparation à la chaîne cryptée. Argument principal alors avancé : il y a eu une entorse manifeste à la chronologie des médias, qui est un cadre qui s’impose à toutes les chaînes de télévision en France.

Canal+ avait mené une opération très remarquée lors du premier confinement, en levant le brouillage de ses programmes. // Source : Canal+

40 millions d’euros de préjudice, selon TF1 et M6

TF1 et M6 non plus n’ont pas vraiment apprécié l’attitude de Canal+, pour des raisons similaires. Or, rapporte le journal Les Échos dans son édition du 29 septembre, TF1 et France Télévisions estiment que leur préjudice s’élève à 40 millions d’euros. En cause ? Canal+, au moment de passer en clair, s’est retrouvé dans une situation où il a parasité la fenêtre de diffusion des autres chaînes.

La chronologie des médias est un dispositif qui organise les différents types d’exploitation d’un film après sa sortie en salles. Une fois sa carrière au cinéma achevée, le long-métrage passe d’une fenêtre d’exploitation à l’autre, selon diverses modalités (le fait de financer la production de films confère un bonus, par exemple). La première fenêtre s’ouvre après 4 mois et la plus distante à 44 mois.

Tour TF1
TF1 se dit victime de l’initiative de Canal+ lors du premier confinement. // Source : Gabriel Jorby

Dans le cas de Canal+, sa fenêtre s’ouvre 8 mois après la sortie en salles (6 mois pour les films ayant fait moins de 100 000 entrées). Pour les chaînes gratuites par contre, comme TF1, M6 et France Télévisions, il faut attendre 22 mois (presque deux ans, donc), ou bien 20 mois pour les films ayant eu une audience très faible. C’est même une attente de 30 mois (ou 28) pour une chaîne n’ayant rien financé du tout.

En passant en clair, Canal+ s’est retrouvée en somme à avoir le profil d’une chaîne gratuite. Sauf que dans ce cas-là, sa fenêtre de diffusion théorique n’est plus cohérente avec ce qu’elle fait en pratique. Les films diffusés à ce moment-là, pendant le confinement, auraient dû rester cryptés. En effet, Canal+ a élargi l’accès, y compris à ses canaux consacrés au cinéma.

Les autres chaînes estiment avoir donc été spoliées, car leur fenêtre s’ouvre beaucoup plus tard. Ainsi, le public qui n’est pas client de Canal+ aurait peut-être vu tel ou tel long-métrage sur leurs ondes, en temps et en heure. Mais puisqu’il a bénéficié d’un raccourci, il n’a plus forcément de raison de revoir les films sur M6, France Télévisions ou TF1. Ce qui peut entraîner une chute d’audience et, donc, de revenus publicitaires.

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