Après des années de fermeture, Sony a fini par accepter le cross-play, qui permet de réunir les joueurs de toutes les plateformes sur les mêmes jeux. On sait désormais pourquoi : les éditeurs doivent payer dans certains cas.

Sony n’aime vraiment pas le cross-play. Il s’agit pourtant d’une belle fonctionnalité : elle permet aux joueurs et joueuses de se réunir, qu’importe la plateforme sur laquelle ils jouent. Aujourd’hui, les propriétaires d’une console PlayStation peuvent retrouver les fans Xbox sur des titres comme Fortnite. Mais cela n’a pas toujours été le cas à cause de la posture ferme de Sony. La multinationale a finalement revu sa position, sachant qu’elle fait payer des royalties aux éditeurs — et qu’elle est la seule à le faire.

Cette révélation est signée Tim Sweeney, dans le cadre du procès opposant Epic Games et Apple — un procès qui permet de découvrir de nombreux documents internes sur les pratiques des acteurs du marché. Dans son témoignage révélé le 3 mai par The Verge, le CEO d’Epic Games a expliqué : «  Dans certains cas, Epic doit payer Sony. Si quelqu’un joue majoritairement sur PlayStation mais paie sur iPhone, alors cela peut déclencher des compensations. » Un document appuie les propos : les revenus d’un jeu cross-play doivent provenir au moins à 85 % de PlayStation pour éviter les royalties, ce qui permet à Sony de compenser le manque à gagner en cas de fuite trop importante de ses utilisateurs.

Négociations entre Epic Games et Sony sur le cross-play // Source : Procès Apple versus Epic Games (via The Verge)

Comment Epic Games a tenté de convaincre PlayStation sur le cross-play

Ce système de compensations imaginé par Sony est la condition sine qua non pour intégrer le cross-play aux jeux PlayStation. Avant sa mise en place, Epic Games a tout fait pour faire plier Sony. C’est ce qu’indique un échange de mails avec Joe Kreiner, vice-président du développement chez Epic Games, cité par The Verge. Son argumentaire se base sur le fait que Fortnite est le jeu le plus populaire au sein de la communauté PlayStation.

Pour convaincre Sony, Epic Games a proposé :

  • Le partage des données demandées par Sony ;
  • L’intégration de la plateforme eSport de Sony dans le moteur Unreal Engine 4 (avec annonce à l’E3 ?) ;
  • L’annonce du cross-play en collaboration, avec volonté de faire passer Sony pour le « héros » ;
  • Une grosse présence à l’E3 (plus grand salon du jeu vidéo au monde) ;
  • Un jeu pour le prochain casque PlayStation VR ;
  • Des bonus exclusifs pour les abonnés PlayStation Plus (pour aider à l’adoption du service) ;
  • L’extension de la licence Unreal Engine 4. 

Ces propositions, pourtant très intéressantes sur le papier, n’ont pas été acceptées par Sony. « Comme vous le savez, beaucoup d’entreprises explorent cette idée et personne ne sait nous dire comment le cross-play pourrait améliorer le business PlayStation  », justifiait Gio Corsi, en charge du développement des relations chez Sony, pour repousser les avances d’Epic Games. Cette posture ferme a été moquée par Nintendo et Microsoft, qui se sont toujours montrés ouverts à cette possibilité de faire jouer les gens ensemble. On se souvient encore de cette campagne de Minecraft. Pire, certains joueurs ont dénoncé le comportement de Sony

Finalement, Sony a fini par accepter le cross-play, d’abord sous la forme d’une bêta. Et on comprend aujourd’hui pourquoi il a changé son fusil d’épaule : c’est une histoire d’argent.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo