Le nouveau livre du physicien Brian Greene (Jusqu'à la fin des temps, Flammarion) est un voyage scientifique vertigineux qui ne cesse d'étendre nos connaissances et, plus encore, notre cadre de pensée.

Le physicien, professeur de mathématiques et théoricien des cordes Brian Greene est également un maitre de la vulgarisation scientifique depuis la parution de l’Univers élégant il y a une vingtaine d’années. Ce premier ouvrage était suivi de La Magie du cosmos adapté en série documentaire. En mars 2021, les éditions Flammarion publient en France son dernier livre en date : Jusqu’à la fin des temps.

Brian Greene nous emmène avec lui dans un voyage scientifique vertigineux qui ne cesse d’étendre nos connaissances et, plus encore, notre cadre de pensée. Au fil de chapitres aussi érudits qu’accessibles à tout le monde, Jusqu’à la fin des temps nous ouvre des portes inattendues dans l’espace et le temps et fait prendre à notre horizon une grandeur démesurée. Alors un vertige, certes, mais ô combien grisant !

Jusqu’à la fin des temps, traduit en français par René Cuillierier. // Source : Flammarion

La grammaire du temps

Contrairement à ce que le titre peut laisser entendre de prime abord, il n’est pas seulement question de la fin, mais aussi, et surtout de tout ce qui précède. Brian Greene part aux quatre coins de l’Univers, des débuts jusqu’à nos jours, se projetant ensuite dans un futur proche ou extrêmement lointain. Il revient sur certains principes fondamentaux de la physique, et dresse un panorama de nos connaissances sur tout ce qui structure notre réalité matérielle comme immatérielle. Mais rien de tout cela n’est survolé ; au contraire, le voyage est judicieusement réfléchi.

Au cœur de son approche, on trouve les notions d’évolution, de changement, d’impermanence… la façon dont les grands et petits systèmes se meuvent dans le temps et l’espace. Le titre du second chapitre, « La grammaire du temps : passé, futur et changement » incarne parfaitement la démarche du livre. Dans Jusqu’à la fin du temps, tout a une histoire, avec un début, un milieu, une fin. Si chacun de ces stades est certes passionnant pris de manière isolée, l’auteur montre combien l’histoire elle-même dans son ensemble l’est encore davantage. Brian Greene dédie ainsi tout un chapitre pour nous initier à l’entropie — tendance de toute configuration à tendre de l’ordre vers le désordre, deuxième principe de la thermodynamique et mot issu du terme grec « transformation ». Vous découvrirez à quel point l’entropie régit nos vies (jetez un œil à votre bureau) et l’Univers entier, tout en étant sans cesse contrebalancée par les «  obstacles sur la voie du désordre ».

Du Big Bang aux ondes gravitationnelles, aux trous noirs, en passant par la physique quantique et un peu de biologie, si certains passages scientifiques peuvent s’avérer quelquefois ardus, Brian Greene est d’une patience infinie pour ne pas nous perdre. Il dédie du temps non pas forcément à simplifier, mais à rendre les savoirs intelligibles, ce qui s’apparente à une véritable transmission pleine et entière de connaissances. Puis, seulement après ce processus complet de transmission, il propose un résumé simplifié pour s’assurer que le cœur de l’explication soit bien compris.

Brian Greene mobilise aussi notre quotidien de page en page, que ce soit dans des images percutantes ou pour nous faire prendre conscience des grandes lois qui nous entourent. Par exemple, saviez-vous que l’entropie est la raison pour laquelle, lorsque vous faites cuire un délicieux gâteau au four, les effluves s’échappent progressivement du four pour se répandre dans la maison ? Et si, pour vous représenter l’expansion de l’Univers, vous vous imaginiez tout simplement les galaxies comme des petites tâches disposées sur un tissu flexible, comme une nappe, que l’on étire aux quatre coins ? On visualise alors très bien pourquoi ce ne sont pas les galaxies qui s’éloignent les unes des autres, mais bien l’espace lui-même qui se dilate. Ces images et tant d’autres utilisées par Brian Greene vous resteront dans l’esprit bien des mois après avoir refermé le livre.

L’existence élégante

Rien n’est éternel dans l’Univers, et Brian Greene nous raconte cette impermanence saisissante. Nous ne sommes donc bien que le « grain de poussière suspendu dans un rayon de Soleil » dont parlait Carl Cagan. Mais alors, dans cette évanescence, quel est le sens de l’existence ? Si l’entropie de l’Univers fait tout tendre vers le désordre, comment expliquer ces structures magnifiquement ordonnées que sont les galaxies, les étoiles, les gâteaux au chocolat, les ailes des papillons, les arbres et tous les autres êtres vivants ?

« Cependant, ici, sur Terre, nous avons su orner notre époque d’exploits stupéfiants. Chaque génération, en s’appuyant sur l’œuvre des précédentes, a déployé des trésors d’intuition, de créativité et d’ingéniosité pour tenter d’éclaircir la manière dont tout en est venu à exister, de comprendre ce que tout deviendra, et de finalement répondre à cette question pressante : tout cela a-t-il une quelconque importance ? Telle est l’histoire que raconte ce livre. »

Par son approche de la finitude, Jusqu’à la fin des temps représente une fabuleuse quête de sens sur toutes les questions fondamentales de l’existence explorées à travers le prisme des sciences. Car Brian Greene aborde aussi la conscience, les croyances, les arts, qu’il relie aux sciences de l’Univers pour nous montrer comment tout est connecté. Il y a de la poésie dans cette façon d’explorer le monde qui nous entoure. En définitive, dans la continuité de L’Univers élégant, ce livre aurait aussi pu s’appeler « L’Existence élégante ».

  • Vous pouvez commander Jusqu’à la fin des temps en ligne, dans une librairie indépendante près de chez vous, via LaLibrairie

Les liens Fnac de cet article sont affiliés : si vous trouvez votre bonheur grâce à nous, nous touchons une petite commission. Les liens affiliés dans les articles n’ont aucun impact sur les choix éditoriaux de la rédaction de Numerama et l’angle des articles. On vous explique tout ici.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo