Elle aurait pu être une parodie grinçante de la politique de militarisation de l'espace portée par l'administration Trump, mais Space Force n'est qu'un enchaînement de saynètes lourdingues qui passe à côté de tous les propos qu'elle essaie de développer.

Trente-deux minutes. C’est la durée du deuxième épisode de Space Force, la nouvelle série mise en ligne sur Netflix le 29 mai dernier. Trente-deux minutes, c’est aussi le temps que l’on passe à observer, médusés, un singe reconstitué en images de synthèses apprendre à manier une perceuse pour aller réparer un satellite dans l’espace.

À des milliers de kilomètres de là, Steve Carell est debout dans la base militaire américaine de la division Space Force, entouré d’hommes perplexes, à mimer des gestes obscènes et trouver des solutions invraisemblables en faisant fi des conseils des scientifiques plus avertis.

Steve Carell dans Space Force // Source : Netflix

Le ton est donné : bienvenue dans Space Force, la série qui plonge son héros maladroit mais plein de bonne volonté dans différentes situations loufoques, d’où il parviendra à sortir victorieux non pas grâce à ses compétences, mais sa force de caractère teintée d’une bonté d’âme rayonnante. Et même s’il échoue, ce sera sous le regard bienveillant de ses pairs, car il aura essayé. Les fans de The Office (US) y verront tout de suite la ressemblance ; on croirait voir Michael Scott, le personnage de boss infernal au cœur d’or à qui Carell a prêté ses traits pendant huit années.

Sur le papier, le Général Naird est un homme plus « accompli » que le patron de Dunder Mifflin ; il vient d’être promu au rang de général 4 étoiles, dispose d’une expérience de terrain importante, a une femme et une fille — qui ont le mérite d’apparaître quelques fois à l’écran, mais que l’on cantonnera à des tourments sentimentaux plus que soporifiques.

Dans les faits néanmoins, c’est toujours le même rythme, les mêmes rebondissements attendus, les mêmes froncements de sourcils gênés derrière notre écran, décuplés tant l’écriture de Greg Daniels parait ici plus lourde que lorsqu’il pilotait l’adaptation américaine de The Office. Les personnages uni-dimensionnels sont froids, lorsqu’ils ne sont pas tout simplement agaçants (Ben Schwartz en petit con millennial sûr de lui, vraiment, encore ?).

Les mêmes acteurs comiques pour les mêmes ressorts comiques

Space Force est en fait bâtie sur la relation entre le général Naird et le directeur scientifique, Adrian Mallory (John Malkovich). Pour s’en rendre compte, il faut s’accrocher au-delà des quatre premiers épisodes, et il est fort compréhensible que beaucoup de spectateurs et spectatrices n’aient pas eu ce courage. C’est malheureux, car, bien qu’attendue, l’évolution de leurs rapports est touchante et parvient à dépasser les clichés des « bromances » habituelles (pas de virilisme exacerbé, pas de déclarations d’amour empruntées).

Ce duo a le mérite de relever le niveau de l’atmosphère d’entre-soi masculin qui se dégage dès le premier épisode de la série — cela en devient presque comique, d’un point de vue méta, tant chaque minute, un nouveau personnage débarque à l’écran, s’agissant souvent d’un humoriste ou acteur habitué à graviter dans les sphères des comédies américaines (oh, Jimmy O. Yang ! tiens, Ben Schwartz ! ah oui, Noah Emmerich ! et voilà Fred Willard ! Diedrich Bader ! et puis Dan Bakkedahl !).

Steve Carell, Ben Schwartz et John Malkovich dans Space Force // Source : Netflix

Au milieu de tous ces hommes qui sont là pour faire rire, il y a les femmes qui sont là pour qu’on les aime, ou que l’on s’inquiète pour elles — Lisa Kudrow est la seule à s’en tirer en forçant son mari à ouvrir leur mariage. Le Géneral Naird fera, au fil de la série, une ou deux remarques woke pour montrer que le féminisme existe, et puis contentez-vous de ça.

Une occasion manquée de parodier la Maison-Blanche

Au-delà des bouffonneries qui pourraient, au fond, trouver leur public, le principal problème de Space Force, c’est que la série ne dit absolument rien. La production qui a été créée en réponse à l’invention par Donald Trump de la Space Force, une nouvelle branche au sein de l’armée américaine, qui a obtenu des milliards de subventions dans le but de conquérir la Lune d’ici 2024, avait pourtant de l’or entre les mains.

La maigre tentative de critique de la militarisation de l’espace est à la fois légère et lourdingue, portée par le seul scientifique raisonnable de la série (Malkovich), également le seul homme gay et doux de la série, qui se heurte bien sûr à des murs de virilité toxique et de glorification de la force — « On pourrait envoyer des bombes ? On sait bien faire ça », aiment à répéter les généraux en se marrant. Subtil.

L’ombre de Donald Trump plane à peine sur la production ; tout juste mentionne-t-on de temps en temps les idées saugrenues d’un chef de l’État distant, comme pour nous convaincre que si, promis, il s’agit-là d’une satire, un contre-pouvoir, une série poil-à-gratter qui ose. Tout faux. Pour un temps équivalent, on préfèrera se replonger dans la première saison de Veep.

En bref

Space Force

Note indicative : 2/5

En plus de passer à côté de son sujet, Space Force a un défaut impardonnable : elle est ennuyante à mourir. Les ressorts narratifs semblent tirés des années 90, les particularités comiques, elles, tombent le plus souvent à plat. Quel dommage.

Top

  • John Malkovich
  • Un concept qui aurait pu être intéressant

Bof

  • Des épisodes entiers à mourir d'ennui
  • Des femmes faire-valoir
  • Les ressorts narratifs éculés

Crédit photo de la une : Netflix

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