Des œuvres post-apocalyptiques sont-elles pertinentes pour s'occuper en cette période de confinement ?

La pandémie Covid-19 qui secoue aujourd’hui le monde, avec ses conséquences, n’est pas sans soulever quelques échos en nous. L’esthétique post-apocalyptique peut vaguement nous rappeler des séquences en lien avec ce que nous vivons : une pandémie, du confinement, des rues vides où tout semble suspendu, la ruée (injustifiée, en l’occurrence) vers les supermarchés. Même si on est bien loin d’une apocalypse, c’est un réflexe humain de faire cette comparaison mais aussi de se tourner éventuellement vers ces récits qui font écho à cette situation inédite pour nos générations.

Le « post-apo » peut paraître à double-tranchant. Ces œuvres sont souvent tristes, parfois déprimantes, d’autres fois assez violentes. Les humains y apparaissent isolés : individuellement ou par petits groupes. Quelques fois, c’est aussi le support à la dystopie. Certains récits post-apo ont le chic pour être oppressants. Dans un contexte où nous sommes bloqués chez nous, pour nous protéger et protéger les autres, on peut croire que ces récits rajouteraient à l’angoisse. Mais ce n’est pas forcément vrai si on les choisit bien.

Horizon Zero Dawn, jeu post-apocalyptique à la dimension de reconstruction et de merveilleux. // Source : Guerilla

Toutes les œuvres post-apocalyptiques ne sont pas à éviter car certaines s’éloignent des clichés et peuvent, à l’inverse, vous reconnecter au fameux «  essentiel » dont tout le monde parle en ce moment. Cette littérature, ces jeux, ces films et ces séries, sont riches en messages humains puissants, et n’hésitent pas à lorgner sur des réflexions sociopolitiques autour de nouvelles sociétés possibles. Le « post-apo » décrit un monde effondré moins pour le plaisir d’avoir peur du futur que pour imaginer d’autres futurs où l’humanité essaye de reconstruire autre chose, des liens régénérés entre humains mais également envers la nature. Il y a une ambition reconstructrice dans ce genre, et c’est pour cela qu’il peut s’avérer pertinent en cette période.

Ces oeuvres post-apo à lire ou regarder

Avant toute chose, on aurait tendance à vous conseiller de passer tout de même votre chemin sur les récits qui vous plongent l’intégralité du temps dans des lieux clos, desquels les personnages ne peuvent pas sortir tout du long. C’est le cas par exemple pour le (néanmoins très bon) roman Silo, où quelques survivants occupent un oppressant silo souterrain. Pareil pour Metro, que ce soient les livres ou les jeux vidéo (hors Exodus), qui vous confinent la majorité du temps dans le métro sous-terrain. Côté film, on évitera le premier épisode de la saga du Labyrinthe, par exemple, où il s’agit là encore de sortir d’un espace confiné. Autre thème à éviter pour votre bien-être : les maladies pandémiques, évidemment. Une œuvre comme 12 Monkeys (le film et la série) sont évidemment de grande qualité, mais vous empêcheront possiblement de déconnecter du contexte anxiogène.

Les œuvres où les humains retissent des liens

En matière de littérature, Dans la forêt de Jean Hegland confine presque à une forme de poésie. Dans un monde qui s’est effondré il y a peu, sans plus d’électricité, de transports, d’Internet, d’essence, deux sœurs habitent dans leur maison familiale, au fin fond de la forêt. Elles n’ont plus leurs parents et doivent subsister à leurs besoins par elles-mêmes, grâce aux ressources locales. Seules, toutes les deux, en pleine nature sauvage, sans aucun contact extérieur, elles survivent aussi grâce à leurs passions les plus pures, comme la danse ou la lecture. Elles se reconnectent aussi peu à peu à la nature environnante. S’il y a un roman post-apocalyptique à lire en ce moment, c’est celui-ci.

En fait, un bon récit post-apocalyptique a tendance à utiliser la survenance d’un effondrement pour éloigner les humains les uns des autres, afin de mieux nous décrire comment ils retissent des liens. C’est le cas aussi du jeu vidéo The Last of Us. Deux personnages solitaires doivent parcourir des paysages désolés et hostiles côte à côte. Même s’ils sont tous deux brisés et ont du mal à se lier à quiconque, ils vont nouer une relation tendre et touchante. Le récit donne la sensation qu’en n’importe quelle circonstance, même dans un contexte brutal, les humains survivent toujours grâce aux liens de solidarité qu’ils tissent (presque malgré eux).

On retrouve une mécanique assez proche dans la série The Rain, sur Netflix. Une pluie toxique, mortelle est tombée sur le Danemark. Une sœur et son petit frère se sont abrités des années, avant de finalement sortir et de découvrir une terre partiellement vivable mais divisée en groupes humains qui n’hésitent pas à s’affronter violemment. Un nouveau petit groupe va se former, par obligation afin de survivre ensemble. Si la méfiance mutuelle va d’abord régner, des liens amicaux et amoureux puissants vont se nouer.

La saga Autre Monde de Maxime Chattam, qui démarre par le petit préquel Ambre et enchaine sur sept tomes, aura toutes les clés en main pour vous faire du bien en cette période. C’est l’incarnation d’un récit post-apocalyptique qui est une base pour imaginer, tout simplement, la création de nouveaux types de sociétés. Maxime Chattam invente une apocalypse qui fait disparaître la plupart des adultes (ceux qui restent ont perdu leurs souvenirs, il ne leur reste que des émotions primaires comme le cynisme), et elle a conféré des pouvoirs aux plus jeunes. Ces derniers doivent survivre ensemble en élaborant leurs propres formes de sociétés. En l’absence de technologies, beaucoup d’entre eux vont aussi renouer, via leurs pouvoirs, avec leur planète, avec la nature.

Le post-apo divertissant

En plus d’être un excellent jeu vidéo en lui-même comme nous l’affirmions dans notre critique, Horizon Zero Dawn nous plonge dans un univers post-apocalyptique assez unique puisqu’il contient une part de merveilleux. Même s’il y a eu une apocalypse, qu’il y a certes des ennemis un peu partout, y compris des ennemis métalliques, on prend plaisir à découvrir les paysages verdoyants et surprenants de ce futur. Malgré quelques quêtes répétitives typiques d’un monde ouvert (mais qui auront le mérite de vous occuper…), l’histoire générale est prenante et explore la dépendance humaine au progrès technologique. Le mélange entre la science et une forme de nature sauvage est assez étonnant dans ce jeu.

Si Horizon n’est disponible que sur PS4, ce n’est pas le cas pour The Divison 2 (PC, Xbox One, PS4). Comme on l’indiquait dans notre critique, celui-ci a des airs de road trip dans un Washington effondré. On y trouve peu voire pas du tout de scénario vraiment construit, il s’agit de se divertir dans cet univers à l’esthétique typiquement post-apo. Au-delà du défouloir, on relèvera toutefois une « lumière » qui, là encore, rejoint l’ambition reconstructrice du post-apocalyptique : l’objectif est d’améliorer les petites colonies humaines, pour les rendre toujours plus vivantes et élaborées, au fil de votre progression.

Si vous êtes en compagnie de vos ados, n’hésitez pas à lancer la série post-apocalyptique The 100, disponible sur Netflix. La Terre a été ravagée, poussant l’humanité à fuir dans une station spatiale. Un siècle plus tard, le gouvernement décide de renvoyer sur Terre cent jeunes criminels pour « tester » les conditions de vie au sol. La série est sans prétention au début, mais monte en pression au fil de ses épisodes et de ses saisons en développant de nouvelles sociétés sur cette Terre dévastée. Ces 100 jeunes doivent apprendre à vivre ensemble dans un contexte hostile. La série passe rapidement d’un récit young adult typique à une intéressante prospective sur cette sorte de nouveau monde post-apocalyptique.

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