Dans un entretien, Phil Spencer, patron de Xbox, a déplacé la guerre des consoles sur le terrain du cloud gaming. Il estime aujourd'hui que les concurrents de Microsoft se nomment Google et Amazon, plutôt que Sony et Nintendo.

Qui sont les véritables concurrents de Microsoft sur le marché des jeux vidéo ? La question n’a jamais été aussi pertinente, alors qu’on peut aujourd’hui consommer sa passion de multiples façons — que ce soit avec une console, un smartphone ou une simple application grâce au cloud gaming. Phil Spencer, patron de la branche Xbox, a tranché : dans un entretien accordé à protocol, il a nommé ses rivaux. Il s’agit de Google et Amazon, plutôt que Nintendo et Sony.

L’intéressé préfère donc délaisser les acteurs iconiques japonais — et dominateurs sur la génération actuelle — pour s’attaquer en frontal aux grandes multinationales tentaculaires (pour qui le jeu vidéo s’intègre dans un vaste portefeuille d’activités). On peut y voir un aveu de faiblesse, puisque la Xbox One se vend moins que la PlayStation 4 et la Switch. C’est en réalité très malin de la part de Phil Spencer, qui rappelle que Microsoft est mieux outillé que Sony et Nintendo sur le terrain du cloud gaming. Cette technologie est susceptible de toucher beaucoup plus de monde que les consoles physiques (on parle de milliards d’utilisateurs potentiels).

Phil Spencer // Source : Microsoft

Microsoft déplace la guerre des consoles sur le terrain du cloud gaming

« Vous parlez de Nintendo et de Sony, nous avons beaucoup de respect pour eux, mais nous voyons Amazon et Google comme nos principaux concurrents pour l’avenir. Ce n’est pas un manque de respect pour Nintendo et Sony, mais les entreprises traditionnelles de jeux vidéo sont hors-position. Elles pourraient essayer de recréer Azure [les infrastructures de Microsoft pour le cloud], mais nous avons investi des dizaines de milliards de dollars dans le cloud ces dernières années », résume Phil Spencer. Traduction : Sony et Nintendo ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie. En effet, Microsoft, dont la puissance financière est démesurée, gagne chaque année des milliards de dollars grâce à ses services dans le cloud (11,9 milliards d’après le dernier bilan financier, avec une hausse de 27 %). 

Cette sortie de Phil Spencer peut paraître paradoxale alors que Microsoft lancera quand même une Xbox Series X en fin d’année pour concurrencer la PlayStation 5. À l’E3 dernier, il confiait même à Numerama que la meilleure expérience de jeu restera une console physique. Mais on parle ici d’une niche, là où la cible du cloud gaming est immense. Il a aussi raison de nommer Amazon et Google, qu’on peut estimer à la traîne face au Project xCloud. Alors que le premier cité mise surtout sur sa plateforme de diffusion Twitch (il se murmure qu’un service de cloud gaming pourrait être lancé), le second navigue dans le flou avec Stadia, en raison d’un lancement raté. Durant nos essais, il est vrai dans un environnement contrôlé (un salon professionnel), Project xCloud nous a convaincus. La solution commerciale à venir est également en avance grâce à la légitimé de la marque Xbox.

Il est enfin très intéressant de noter que Microsoft souhaite proposer sa technologie aux autres — c’est déjà le cas pour Sony. In fine, il rêve sans doute d’une application xCloud sur un maximum de plateformes — les consoles a priori rivales y compris. « Je ne veux pas me perdre dans une guerre des formats avec eux quand Amazon et Google cherchent à proposer du gaming à 7 milliards de gens. À l’arrivée, c’est l’objectif », conclut Phil Spencer, qui a choisi la bataille à mener et ne veut plus s’éparpiller dans une cour de récréation.

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