On a pu discuter quelques minutes avec Dontnod, studio qui a annoncé Tell Me Why, jeu vidéo narratif avec un héros transgenre.

Dontnod a profité du XO19 organisé par Microsoft pour annoncer son prochain jeu narratif : Tell Me Why. Sa particularité ? Il article son histoire autour de jumeaux, dont l’un est transgenre. Si le communiqué de presse a axé la communication sur cet aspect, il est loin d’être au centre du projet. C’est tout du moins ce qui ressort de notre entretien avec le studio parisien, qui souhaite avant tout raconter une histoire crédible, authentique et touchante.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que, à l’origine du projet, Tyler n’était pas trans. « On n’a pas signé le projet avec un agenda d’inclusivité en se disant ‘Ok, on va faire le premier jeu avec un personnage transgenre’. Ce n’était pas le mandat. C’est venu plus tard », assure Florent Guillaume, directeur du jeu. Dans l’histoire, le personnage de Tyler a été séparé de sa jumelle, qu’il retrouve après une absence ayant duré dix ans. «  Tyler a des mauvais côtés : on ne veut pas faire une vitrine parfaite de la transidentité. Il faut être honnête », indique l’intéressé, qui espère « véhiculer de la positivité ».

Tell Me Why // Source : Microsoft

L’authenticité comme pilier de l’inclusivité

On sent que Dontnod marche en quelque sorte sur des œufs, et pas uniquement en raison de l’éventuelle levée de boucliers qui naîtra parmi les franges les moins tolérantes de ses joueurs. Il est avant tout nécessaire, pour le studio, de représenter au mieux les personnes trans. Pour cela, il s’est rapproché de l’association GLAAD (qui lutte contre les discriminations et agit pour une meilleure représentation des communautés LGBTQ) et a pu compter sur l’ouverture de Microsoft, l’éditeur. « GLAAD nous a aidés à comprendre les problématiques et l’historique dans les médias et la société. L’association nous a mis en contact avec des gens qui pouvaient nous apporter des réponses », explique Florent Guillaume. L’entité a également permis de recruter facilement un acteur trans pour incarner Tyler, acteur qui a amené bien plus que sa voix.

GLAAD a par ailleurs eu un droit de regard sur le script et les dialogues. Dontnod aurait pu craindre la censure, qui se serait appliquée au détriment de la « créativité » comme de la narration voulue dans le jeu. « Mais c’était plutôt des retours sur les doutes et les démons intérieurs de Tyler, sur la représentation des enjeux », renchérit le directeur du jeu. Et comme le personnage a déjà effectué sa transition, il fallait par exemple que la prise du traitement hormonal soit réaliste — «  des détails techniques importants pour la crédibilité et l’authenticité ».

« Notre but est de montrer qu’on a été respectueux »

Pour autant, n’allez pas croire que Tell Me Why est un jeu sur la transidentité, rien que sur la transidentité. « Ce n’est pas l’histoire de Tyler. C’est l’histoire de Tyler et Alyson. C’est une histoire de jumeaux, de famille et sur le passé », justifie notre interlocuteur. Il appuie : «  Tyler a déjà fait sa transition. Il n’est pas en train de se poser des questions dessus. C’est une thématique importante mais ce n’est pas le sujet principal (…). Aujourd’hui, on a beaucoup communiqué sur Tyler et sur cet élément, car on annonce le jeu et on veut que ce soit clair pour tout le monde. Mais il y a d’autres aspects sur lesquels on va communiquer d’ici la sortie. » En bref, Tell Me Why est un jeu avec un personnage trans (LGBTQ friendly), mais pas un jeu centré sur sa transidentité. La preuve est dans le gameplay — on incarnera Tyler et Alyson à tour de rôle –, ainsi que dans le récit ayant pour thèmes la mémoire et le passé.

Tell Me Why // Source : Microsoft

Dontnod ne revendique donc pas de vocation militante derrière Tell Me Why, bien que la représentation véhiculée est susceptible de faire avancer les choses — dans le bon sens du terme. « Si on peut aider les gens à avoir une image positive de la transidentité, on serait super contents », souffle Florent Guillaume. Il sait néanmoins à quoi s’attendre : «  On vit dans une société où la minorité la moins ouverte est aussi la plus vocale. On s’y prépare. On sait que les gens vont profiter de cette tribune pour partager leurs opinions négatives. On ne peut pas faire grand-chose contre ça. Notre but est de montrer qu’on a été respectueux, qu’on a travaillé dans un but le plus authentique possible. On n’essaie pas de travestir la réalité. » On comprend dès lors que Dontnod a fait les choses bien. Comme avec Chloe dans Life is Strange.

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