Avec le spin-off Life is Strange: Before the Storm, les Américains de Deck Nine s'approprient un univers particulièrement apprécié avec fidélité.

En 2015, le studio parisien Dontnod Entertainment renaît de ses cendres avec Life is Strange, un jeu d’aventure narratif découpé en cinq épisodes ayant marqué les esprits de celles et ceux qui y ont goûté. Sa principale force ? Une écriture allant dans l’intime, nourrissant un casting de personnages forts en gueule, un peu malades pour certains, mais forcément très touchants.

Le gameplay ne va pas chercher bien loin mais on s’en fiche : ce qui compte, dans Life is Strange, c’est ce qu’on vit et ce qu’on lit à l’écran. On aime partager les aventures de Max, accompagné de la badass Chloe — aka la fille aux cheveux bleus — dans ce qui ressemble à un teen movie vidéoludique porté par une bande son aux petits oignons.

Un projet opportuniste ? Pas si vite

Mais il fallait bien dire adieu à Arcadia Bay et ses intrigues, puisque la saison 2 de Life is Strange devrait aller voir ailleurs et suivre d’autres récits. Voilà pourquoi Square Enix a confié à Deck Nine le soin de développer un spin-off prenant la forme d’un prologue s’intéressant à Chloe — aka la fille pas encore aux cheveux bleus — et à sa relation complexe avec Rachel, évoquée dans l’aventure principale. Avant la tempête, donc.

Un projet qui avait tout de l’opportunisme : les gens ont tellement kiffé Life is Strange qu’on pouvait bien tirer un peu sur la corde. D’autant qu’on parle ici d’un changement de studio en passant de Dontnod — des Français — à Deck Nine – des Américains. Il y avait donc le risque de dénaturer et de lasser.

Fidélité

Autant le dire tout de suite : si on vous dit que Life is Strange : Before the Storm est né chez Dontnod, alors vous y croiriez sans poser de question. La fidélité est le leitmotiv de ce spin-off s’articulant autour de trois épisodes durant un peu plus de deux heures chacun. On y retrouve des thématiques similaires, mais vus sous le prisme d’une héroïne n’ayant pas peur d’aller dans les extrêmes, embourbée dans ses relations conflictuelles.

Une métaphore du passage parfois si difficile au monde des adultes, surtout quand on est une adolescente orpheline de son père décédé et de sa meilleure amie partie ailleurs, embrassant volontiers une vie de débauche (comprendre consommation d’alcool et de drogue) et à la sexualité ouverte, sinon curieuse (La Vie d’Adèle en référence). C’est de temps en temps intéréchiant, mais la vie est ainsi faite.

« Beaucoup de pression mais aussi un grand privilège de contribuer à la franchise  » — Chris Floyd, Deck Nine

Bien sûr, le joueur est amené à influer sur certaines orientations et, sans spoiler, on peut sérieusement entacher le karma de Chloe. «  Nous savions qu’il fallait être prudents face à certains virages que nous pouvions prendre en termes de ton. Comme Chloe est un personnage différent de Max, nous savions que nous ferions les bons choix en restant dans le vrai par rapport à sa personnalité  », nous a confié Chris Floyd de Deck Nine, motivé à l’idée d’écrire un portrait bien brossé de Chloe alors qu’elle s’apprête à faire la rencontre de sa vie.

« Cela a amené beaucoup de pression mais aussi un grand privilège de contribuer à la franchise, spécialement pour nous en tant que créateurs car on pense que la première saison dispose d’une vision très particulière  », a ajouté l’intéressé.

Thug Life

On peut donc comprendre que les artistes de Deck Nine sont des fans de Life is Strange avant tout, eux qui avaient cette «  volonté de retourner à Arcadia Bay pour y retrouver des personnes [qu’ils aiment]  ». Aidés par les feedbacks de Dontnod Entertainment — un peu — et Square Enix — beaucoup, car la firme nippone tient à la franchise –, ils ont «  développé [leur propre] histoire  » sans rien trahir.

«  Chaque jour, on se demandait si chaque élément que l’on mettait ressemblait à du Life is Strange, si les personnages s’inscrivaient dans ce que nous connaissions de l’œuvre originale, si notre histoire était authentique  », a expliqué Chris Floyd, insistant sur l’envie «  de résonner comme un jeu Life is Strange  ». Before the Storm, ils l’ont conçu avec le cœur avant leurs ordinateurs.

Les différences entre Life is Strange et son spin-off se situent au niveau de l’héroïne. Chloe a des choses à raconter et, contrairement à Max, n’a pas droit de revenir en arrière dans les dialogues. Pour pimenter le gameplay, Deck Nine a donc intégré des défis d’insolence, demandant aux joueurs de choisir les bonnes phrases — via des mots clefs en qualité d’indices — pour aider Chloe à parvenir à ses fins.

Du côté de l’habillage, on peut compter sur «  une bande son plus tranchée  », liée à la personnalité du personnage. Un changement légitime et assumé par Deck Nine, visiblement très fier de son adaptation et, plus important encore, ravi de voir que la communauté l’approuve. La pente s’annonçait abrupte mais l’obstacle a finalement été gravi avec réussite. C’est un peu à l’image des montages russes vécues par Chloe : elle a beau tomber, elle se relèvera toujours, avec un certain sens du phrasé en prime. Thug life.

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