Et si la déconnexion complète n'était pas celle du web, des réseaux sociaux et des objets technologiques divers et variés ? Et si vous vous reposiez du quotidien en vous détachant aussi de vos sens et de votre corps ? Nous avons tenté l'expérience.

Les multiples maraboutismes et autres pseudosciences ne nous attirent pas vraiment. Alors quand on a eu vent d’une expérience en bulle d’isolation sensorielle, les sirènes de notre fake-o-mètre ont tourné à plein régime. Et pourtant, il faut reconnaître quand notre méconnaissance d’un sujet nous aveugle : c’était, cette fois, précisément le cas. Car derrière ce nom un peu snob et qui respire un technomysticisme difficile à entendre, se cache un principe très simple et très facile à comprendre.

Aux Bulles à Flotter, seul centre parisien qui propose l’expérience, Vincent Reneleau, nous en a conté l’histoire et les principes. Notre reportage vidéo en donne une vision complète, mais on peut la résumer dans les grandes lignes : la flottaison a été inventée par le neuroscientifique un peu fantasque John Lilly qui souhaitait étudier l’activité d’un cerveau qui ne serait pas stimulé. Il a conçu plusieurs variantes de ces cuves avec des résultats mitigés pour la recherche en médecine, mais qui se sont avérés incroyables pour la relaxation.

Le principe

On le comprend facilement : la cuve prive le corps de tout stimulus. Dans le noir, dans une cuve qui ne laisse pas filtrer le bruit et qui n’a aucune odeur, vous flottez dans une eau hyper salée à la température exacte de votre peau. En plus de mettre en pause vos cinq sens, vous n’utilisez pas vos muscles et vous perdez rapidement toute notion du temps. De quoi réellement se couper du réel, de vos soucis, de votre planning, de votre todo list… bref, l’occasion de faire le vide.

Cuve moderne // Source : Louise Audry pour Numerama

Et si les cuves ont retrouvé des applications professionnelles (elles sont utilisées par des hôpitaux pour soulager des malades des articulations ou des muscles, par les agences spatiales dans l’entraînement des astronautes ou encore, par les thérapeutes du sport pour préparer ou faire récupérer des athlètes), elles restent majoritairement utilisées dans le monde comme un moyen de détendre sans visée thérapeutique. On parle de « partout dans le monde » car ce n’était pas le cas pour la France avant 2016, date à laquelle Vincent Reneleau a décidé de tenter l’aventure après avoir essayé une flottaison au Canada, en touriste bluffé par l’expérience.

La promesse est facile à entendre et le résultat, dès la première séance, est à la hauteur de nos attentes. Une fois dans la cuve, on se laisse littéralement porter par le liquide. Plusieurs phases s’enchaînent ensuite sans qu’on sache bien combien chacune d’entre elles a duré, tant il est simple de perdre ses repères quand les sens sont mis en échec.

Notre expérience

La première phase est celle de l’adaptation : on expérimente avec l’eau et on se retrouve à entendre les bruits de notre corps, amplifiés par l’absence de son. Battements du cœur, respiration… il faut se concentrer sur un son répétitif pour ne pas paniquer. On peut occasionnellement voir des flashs comme quand on se frotte les yeux, mais rien du niveau d’un trip psychédélique. Il est possible que cette phase ait duré 20 minutes comme 3.

Elle laisse place rapidement à un état de conscience qui rappelle celui que l’on connaît avant l’endormissement ou au réveil — un état de conscience modifié dans le jargon. Ce n’est pas de la magie, mais le corps au repos, détendu, qui se prépare peut-être à dormir. On peut ici ressentir quelques douleurs. On nous avait prévenus : les muscles se relâchent et les points de tension, comme dans un massage, peuvent se faire sentir. Rien d’insurmontable.

Dans la bulle // Source : Louise Audry pour Numerama

Enfin vient la dernière phase du sommeil. On s’endort sans s’en rendre compte et on se réveille grâce à la musique douce de la bulle. On ne se sent pas comme après une sieste trop longue, la langue pâteuse et le cerveau à reculons, mais bien reposé (ce qui ne nous empêchera pas de faire une bonne nuit après) très calme et apaisé. C’est assez net : en tant qu’appareil de relaxation, la bulle fait le travail. Notre interlocuteur nous a en plus confié que la première séance, plus surprenante, était loin d’être la meilleure. Ses nombreux clients, parfois abonnés, apprennent à se reposer dans les bulles de plus en plus vite.

Accessibles en 2018 à Paris, Bordeaux et Lille, les Bulles à Flotter vont s’exporter à Bruxelles très bientôt avant de s’implanter dans d’autres villes françaises. À Paris, l’attraction est populaire : sur TripAdvisor, elle s’inscrit à la troisième place des établissements de Spa et Bien-être, au milieu des hammams, bains et autres prestigieux salons de massage.

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