Chaque week-end, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux, spécialistes de la question du copyright.

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur Radiohead qui s’en prend à Lana Del Rey, un cas de dépôt de marque un peu étrange avec des adeptes du fétichisme ABDL ou encore la société Corel qui dépose un brevet qui n’a rien de nouveau. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Pas content. Alors qu’il avait proposé un de ses albums en téléchargement à prix libre en 2007, le groupe de musique Radiohead pouvait laisser présupposer une souplesse et une innovation dans la manière de gérer ses œuvres. Dix ans plus tard, le groupe anglais révèle qu’il peut aussi basculer du côté obscur de la force de la propriété intellectuelle.  Radiohead accuse en effet la chanteuse Lana Del Rey de plagiat. Pour le leader du groupe anglais, Tom Yorke, la dernière chanson de Lana Del Rey est un peu trop proche de son tube Creep. Lana Del Rey était prête à un arrangement à l’amiable en proposant 40 % des revenus tirés de ce morceau mais Radiohead est gourmand et réclame 100 % des revenus générés par la chanson mise en cause.  La musique n’adoucit pas toujours les mœurs.

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CC Thomas Hawk

Appropriation. On attend la sortie au mois de février de Civilisation VI : Rise and Fall, la nouvelle mouture du jeu légendaire de Sid Meier. Toutefois, l’événement risque d’être gâché par une plainte provenant de la nation indienne Crie, qui n’apprécie pas qu’un de leurs ancêtres (le chef  Pitikwahanapiwiyin, dit « Poundmaker ») apparaisse comme l’un des leaders que l’on pourra incarner dans le jeu. Pour contrer ce qu’elle dénonce comme une « appropriation culturelle », la tribu a déclaré à la presse qu’elle envisageait de déposer un copyright sur le nom et l’apparence de son ancêtre. C’est plutôt une marque qu’il faudrait déposer. Néanmoins, il est douteux qu’on puisse s’opposer à la réutilisation de l’image d’un défunt. C’est un peu comme si la France interdisait à un studio d’Hollywood d’utiliser la figure de Jeanne d’Arc ou de Louis XIV dans un film…

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CC Egidio Maurizio

Trademark Madness

Téléphoné. Cela faisait longtemps que nous n’étions pas tombés sur des personnes en train de se battre pour s’approprier un chiffre ou un nombre. C’est ce qui arrive aux États-Unis avec deux compagnies qui se sont affrontées pour contrôler le nombre 269. L’une publiait un mensuel baptisé 269 magazine et l’autre un guide intitulé 269 things to do in Area Code 269. Cet engouement pour le 269 vient du fait qu’il s’agit d’un indicatif téléphonique correspondant à une partie du territoire de l’État du Michigan. Un peu comme si en France une entreprise déposait une marque sur le 01 ou le 02. Tout ceci paraît assez absurde, mais cela a dû finir par traverser l’esprit de ces deux concurrents, car ils ont réussi à trouver un accord. Mais l’histoire ne dit pas cependant lequel a dû changer de nom…

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CC Sean Davis

King.  Elvis Presley fait l’objet d’une bataille qui oppose l’entreprise qui gère la marque du chanteur et un révérend américain. Ce dernier est un fan absolu d’Elvis et n’hésite pas à pousser la chansonnette auprès de sa communauté de fidèles. Pour rendre hommage à son idole, il a décidé de faire enregistrer la marque « Your Grace Land » pour sa paroisse et l’émission qu’il anime. Ce nom n’a pas été choisi au hasard car il s’agit d’une référence à Graceland, la demeure dans laquelle a vécu Elvis. Forcément, cela a attiré les foudres d’Elvis Presley Entreprises, qui y voit une violation de leur marque. Le révérend se défend en expliquant que cela ne concerne pas les mêmes secteurs d’activité et qu’il a volontairement coupé Graceland en deux pour marquer une distinction. Entre le King et Dieu, on verra lequel des deux est le plus fort.

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CC tudor.waddell

Jardin d’enfants. Si on vous dit ABDL, vous pensez à quoi ? Ceux et celles qui savent répondre à la question font peut-être partie de la communauté ABDL, pour « Adult Baby / Diaper Lovers », à savoir des personnes fétichistes qui aiment se déguiser en bébé pour vivre leurs ébats sexuels. Il se trouve qu’il y a même un marché lié à la vente des accessoires (notamment des couches pour adultes). C’est ce qu’a bien compris la société canadienne Rearz, mais elle est allée un peu trop loin. La compagnie a en effet déposé le sigle « ABDL » comme marque, ce qui a déclenché en retour la colère de la communauté. Les membres s’estiment dépossédés de leur identité et ils ont peur que Rearz utilise la marque contre eux. Ils appellent même à un boycott de ses produits. Une vilaine histoire rappelle les querelles de cour de récré…

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CC Quinn Dombrowski

Patent Madness

Vous avez un message. Cette dérive accomplit le tour de force de combiner un Copyright et un Patent Madness. La société Corel développe et vend des logiciels, comme le fameux WinZip. Il s’avère qu’elle estime souffrir depuis trop longtemps du piratage et a donc décidé de passer à l’action en inventant un système révolutionnaire, sur lequel elle vient de déposer un brevet. Son idée consiste à insérer dans ses logiciels un moyen de détecter si un logiciel piraté est utilisé pour, le cas échéant, afficher un message sur l’ordinateur du petit malin qui l’a téléchargé. Le texte explique que l’utilisateur peut choisir de payer une somme d’argent, faute de quoi il s’expose à des poursuites en justice. Corel estime avoir trouvé là un moyen de « monétiser le piratage ». Mais cette idée n’a vraiment rien de bien nouveau et pour un peu, Corel était à deux doigts de réinventer la Hadopi !

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CC moerschy

Copyright Wisdom

Libéré délivré. On finit avec une petite note d’espoir. En 2019, toutes les œuvres publiées en 1923 devraient entrer en théorie dans le domaine public, à condition que le Congrès américain ne rallonge pas la durée des droits d’auteur comme il l’a déjà fait in extremis en 1988 avec la tristement célèbre loi surnommée « Mickey Mouse Act ». Mais a priori, ce risque est assez incertain. En effet, même le lobby américain du cinéma, la Motion Picture Association of America (MPAA), qu’on pourrait suspecter de vouloir étendre la durée de la protection des œuvres, n’a pas l’intention de militer en ce sens. Les raisons qui expliquent cette position sont plutôt encourageantes : les récentes batailles contre un renforcement de la propriété intellectuelle, comme la loi SOPA, ont démontré une forte capacité de mobilisation d’une partie de la société civile contre ces réformes. Comme quoi, en agissant collectivement, le rapport de force peut s’inverser !

CC Dennis Skley

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

Article publié initialement le 14 janvier 2018

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