En 2006, Miranda Priestly nous apprenait que notre pull bleu céruléen était le produit d’une décision prise dans une chambre feutrée par des gens qui « savaient ». 20 ans plus tard, les algorithmes ont remplacé les éditos. David Frankel revient avec une suite qui n’est pas une simple réjouissance nostalgique, mais le constat d’un monde qui a perdu son chic. Notre critique du Diable s’habille en Prada 2.

Ce matin du mercredi 29 avril 2026, en entrant dans la salle pour découvrir Le Diable s’habille en Prada 2 le jour même de sa sortie en France, j’avais peur de voir des acteurs fatigués, réciter leurs anciennes répliques pour nous faire plaisir. Histoire de faire du fan-service, finalement assez classique. Mais dès les premières minutes du film, le soulagement est total et je n’ai pas vu le temps passer.

Une industrie en ruines dans Le Diable s’habille en Prada 2

Dans Le Diable s’habille en Prada 2, le monde de la mode et de la presse que nous avions quitté en 2006, dans le premier film, n’existe plus. À l’époque, Miranda Priestly décidait de tout depuis son bureau de marbre. Aujourd’hui, elle doit composer avec des algorithmes et des responsables marketing qui ne jurent que par les réseaux sociaux. Sans parler des annonceurs et divers publicitaires.

Le film commence par un constat amer : Andy (Anne Hathaway), devenue une journaliste d’investigation respectée, vient de perdre son emploi à la suite d’une vague de licenciements massifs. Elle revient chez Runway (qui n’est autre que Vogue) non pas par envie, mais par nécessité, dans un secteur qui a remplacé le talent par le clic.

Miranda, toujours le gros point fort du casting avec une Meryl Streep admirable. // Source : 20th Century Studios
Miranda, toujours le gros point fort du casting avec une Meryl Streep admirable. // Source : 20th Century Studios

Des personnages plus humains, plus fatigués

Ce qui m’a le plus touché en découvrant le film, c’est de constater à quel point ces personnages ont vieilli en même temps que nous. On ne retrouve pas des caricatures figées dans le temps, mais des êtres de chair qui portent les marques des 20 dernières années. Meryl Streep est, sans surprise, magistrale dans ce registre. Elle campe une Miranda Priestly plus calme, presque vulnérable, qui semble mener son dernier combat. Elle ne se bat plus seulement pour imposer ses goûts, mais pour sauver ce qu’il reste de prestige et d’exigence dans un monde qui veut tout consommer tout de suite, sans réfléchir. Sa superbe n’est plus une arme de terreur, c’est un rempart contre la vulgarité de l’époque.

Face à elle, Anne Hathaway apporte une assurance nouvelle à Andy, bien loin de la jeune assistante maladroite de nos souvenirs. Elle ne subit plus les événements, elle les observe avec la distance. En revenant chez Runway après avoir été broyée par la crise de la presse, elle incarne parfaitement cette génération de journalistes qui assiste, impuissante, au naufrage de son propre métier. Sa complicité retrouvée avec Nigel, toujours joué par un Stanley Tucci impeccable, apporte d’ailleurs une vraie dose de tendresse au milieu de ce constat plutôt lucide sur la fin d’une ère.

Andrea revient pour le meilleur (et pour le pire). // Source : 20th Century Studios
Andrea revient pour le meilleur (et pour le pire). // Source : 20th Century Studios

De la tendresse dans ce monde de brutes

Nigel est clairement un personnage attachant qu’on adore revoir. Chaque scène entre lui et Andy ne se limite plus à de simples échanges complices, on y perçoit la tendresse de deux survivants qui se serrent les coudes dans une industrie qui ne les reconnaît plus. Il apporte une chaleur indispensable au milieu du cynisme ambiant.

Enfin, Emily Blunt livre une performance plus sombre et plus complexe que dans le premier volet. Son personnage, autrefois simplement superficiel et ambitieux, s’est perdu en chemin. On sent chez cette nouvelle Emily une solitude profonde, une femme qui s’est jetée à corps perdu dans une quête de célébrité numérique totalement vide de sens. Elle n’est plus la jeune femme qui rêve de Paris, mais celle qui s’accroche à une image pour exister, quitte à y perdre son âme. C’est cette profondeur inattendue, ce mélange de fatigue et de résistance, qui rend ces retrouvailles si justes et si mémorables.

Les petits nouveaux comme Simone Ashley, que les fans de La Chronique des Bridgerton connaissent bien (pour incarner Kate), apportent un joli vent de fraîcheur à l’ensemble. On vous prévient, elle ne parle pas énormément dans le film, mais sa présence et ses quelques répliques humoristiques bien placées font mouche à chaque fois et fonctionnent plutôt bien.

Andrea et Nigel forment une très belle alchimie, très touchante. // Source : 20th Century Studios
Andrea et Nigel forment une très belle alchimie, très touchante. // Source : 20th Century Studios

La fin d’une ère

Au-delà des retrouvailles, le film pose un diagnostic glacial, celui d’un naufrage du journalisme moderne. On y voit une industrie autrefois fière de son flair et de sa profondeur, désormais réduite à l’esclavage des métriques de clics et des tendances dictées par les réseaux sociaux. Le long-métrage illustre avec amertume une dépendance toxique aux algorithmes : on n’écrit alors plus pour informer ou pour analyser, mais pour satisfaire un robot qui décide quels sujets ont le droit d’exister. Cette dictature du divertissement immédiat ne laisse plus aucune place au journalisme de fond, sacrifié sur l’autel de la rentabilité instantanée. C’est le portrait d’un monde où la culture s’est transformée en une simple « commodité » jetable, vidée de toute substance intellectuelle. Effrayant, n’est-ce pas ?

Cette critique devient particulièrement acerbe lorsqu’elle s’attaque aux nouveaux maîtres du jeu, ces milliardaires de la technologie qui achètent des empires médiatiques comme on s’offre un jouet de luxe. Le film ne prend d’ailleurs pas de gants en introduisant un personnage de magnat excentrique, caricature à peine voilée d’un Elon Musk, capable de racheter un groupe de presse sur un coup de tête pour en faire son pantin personnel. Cette intrigue rappelle cruellement le rachat de Twitter : on y voit comment une structure historique peut être démantelée, vidée de ses talents et de son éthique par le simple caprice d’un homme trop riche. En montrant Runway devenir la proie de ces prédateurs en baskets, le film dénonce l’absurdité d’une époque où l’information n’est plus une quête de vérité, mais un simple outil d’influence au service des egos. Le film est bien plus intelligent et plus profond qu’il n’y paraît.

Emily, un personnage bien plus sombre dans ce nouveau film. // Source : 20th Century Studios
Emily, un personnage bien plus sombre dans ce nouveau film. // Source : 20th Century Studios

Une suite qui donne la pêche malgré tout

Malgré ce ton plus sérieux, le film n’oublie pas d’être drôle et élégant. L’alchimie entre les acteurs est restée intacte, comme si on retrouvait de vieux amis qu’on n’avait pas vus depuis une éternité. Les échanges entre Stanley Tucci et Anne Hathaway sont de vrais moments de tendresse qui font du bien. Et clairement, Meryl Streep est ultra touchante à certains moments.

C’est un film qui parle de la résistance des gens passionnés face à un monde qui se dégrade. Sous les vêtements de luxe et les paillettes, il apporte une vraie réflexion sur ce qu’il reste de notre culture quand tout devient jetable.

Le verdict

Le Diable s'habille en Prada 2 // Source : 20th Century Fox
8/10

Le Diable s’habille en Prada 2

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Le Diable s’habille en Prada 2 est une suite intelligente, touchante et terriblement actuelle. On y va bien sûr pour le plaisir de revoir ce casting légendaire, mais on se surprend à être happé par la justesse de leur combat contre le vide de l’époque. On en ressort avec une émotion qu’on n’avait pas vu venir, un mélange de tendresse pour ces icônes et de mélancolie face à un monde qui change vite. C’est tout ce qu’on attendait, et même un peu plus, un grand film sur la résistance du goût et du talent.
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