Sur le papier, il y a tout à craindre d’une adaptation en film de la marque Les Maîtres de l’univers. On parle d’une gamme de jouets qui évoquera quelques bribes de souvenirs aux quarantenaires en bout de piste, lesquels se sont peut-être pris de passion pour des figurines bariolées, qui ont pris vie dans un dessin animé éponyme. Dans les années 80, Mattel a des ambitions pour son univers qui ressemblent à un mélange improbable entre Star Wars et Conan.
Le projet est d’autant plus casse-gueule que Les Maîtres de l’univers est tombé dans l’oubli, ne vivotant qu’au gré de quelques nouveaux projets et dérivés lancés çà et là, que ce soit dans les magasins de jouets ou sur les plateformes de SVOD (exemple : les épisodes parus sur Netflix). Pour ne rien arranger, les précédents films en live action n’ont pas marqué les esprits, sinon pour de mauvaises raisons, à l’instar du long métrage avec Dolph Lundgren, paru peu avant Noël en 1987. Et pourtant, Les Maîtres de l’univers, réalisé par Travis Knight, est bien le blockbuster rêvé.
Points forts
- Univers 100 % respecté, sans de moquer
- Le (grand) spectacle est là
- Casting impeccable
Points faibles
- Quelques longueurs
- Aucune sortie dans les salles françaises
- Oui, visuellement, c’est le cirque
Le film Les Maîtres de l’univers est incroyablement fun
Pas de sortie au cinéma en France
Pour des raisons que l’on ignore (Amazon MGM n’a rien voulu dire), Les Maîtres de l’univers ne sortira pas dans les salles françaises. Il sera disponible, un jour, sur Prime Video.
Je suis un peu trop jeune pour avoir connu Les Maîtres de l’univers, mais les rares images que j’ai vues m’ont toujours fasciné. Il faut vraiment avoir conscience de ce que représente Les Maîtres de l’univers, qui peut bel et bien être vu comme un immense cirque où se côtoient des monstres, des robots, des sorcières, des barbares, un prince en slip, des démons, des soldats, des tigres verts, des épées, des fusils laser… Le tout dans des environnements qui évoquent la fantasy pure, jusqu’à ce que des vaisseaux tout droit sortis de la SF n’apparaissent. L’objectif premier de la marque Les Maîtres de l’univers est de vendre des figurines diverses et variées, en s’assurant que chaque enfant puisse s’identifier.
Si les actrices et les acteurs y croient dans leurs guêtres improbables, alors tout le monde peut y croire aussi.
Travis Knight, 52 ans, doit être un immense fan de l’univers conçu par Mattel. Car il lui témoigne un respect qui frôle l’amour, pour ne pas dire le plaisir coupable. Dès les premières secondes, qui mettent en scène le héros, Adam, alias Musclor, le film assume tout, y compris les versants les plus ridicules, y compris les nombreuses zones d’ombre. En 2026, Les Maîtres de l’univers ne cherche pas à changer ou à être plus intelligent qu’avant. Il ne tombe pas dans la parodie non plus, puisque Travis Knight ne veut surtout pas se moquer et que l’œuvre de base en est déjà une elle-même. Une sincérité qui parcourait déjà son film Bumblebee, loin du barnum des autres films Transformers.

Le réalisateur, qui vient du monde de l’animation, choisit en réalité le cœur et la sincérité. Quand le héros loupe son date obtenu via l’application Hinge, on sent le vécu. Quand les notes de Boys Don’t Cry (The Cure) se font entendre, on revoit le petit garçon à qui on disait de ne pas pleurer pour paraître plus fort. Quand Princes of the Universe (Queen) accompagne l’entrée des artistes, on ne peut s’empêcher de trouver la scène terriblement kitsch. Les Maîtres de l’univers est parcouru par des ruptures de ton qui rendent l’ensemble attachant, qu’elles accouchent d’un gag simple ou d’une leçon de vie des plus basiques.
Cette réussite, Les Maîtres de l’univers la doit aussi à l’implication de son casting, pourtant engoncé dans des costumes que ne renierait pas le pire rassemblement de cosplayeurs. Si les actrices et les acteurs y croient dans leurs guêtres improbables, alors tout le monde peut y croire aussi. Tout passe d’abord par l’interprétation. Nicolas Galitzine est parfait dans le rôle de Musclor, loser issu d’une lignée royale qui devient un héros puissant en brandissant une épée et en criant « Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute-puissante ! ». Jared Leto est irrésistible en Skeletor, méchant à la fois effrayant et diva hilarante (comme dans ce clip), génial dans son interprétation du mal absolu, et nul dans sa matérialisation. Idris Elba cabotine à merveille dans l’armure de Duncan, maître d’armes ivrogne et caricature du mâle alpha.

Les Maîtres de l’univers n’oublie pas non plus d’être un film d’action spectaculaire et formidable, avec de vrais moments de bravoure et une réalisation convaincante. Une petite prouesse quand on sait que, visuellement, le film est obligé de partir dans tous les sens et toutes les directions. La chorégraphie des combats est particulièrement inspirée, et Travis Knight ne tire pas à outrance sur les ralentis pour souligner la puissance des personnages. Il mise d’ailleurs beaucoup sur une gestion plus fracturée du rythme, avec des accélérations/décélérations qui nourrissent la stature et le charisme de Musclor quand il se bat et terrasse ses ennemis en deux temps trois mouvements. Seules quelques longueurs viennent briser, un peu, la machine.
À une époque où les films Marvel sont à bout de souffle, où la concurrence DC Comics opère un reboot déjà en péril, où la saga Star Wars n’est plus que l’ombre d’elle-même, sous la coupe de Disney, Les Maîtres de l’univers fait office de joyeux luron qui vient renverser la table. On ne lui promettait rien, sinon le statut de souffre-douleur qui aurait mieux fait de rester chez lui. À l’arrivée, quand sonne l’heure de la récréation, c’est bien lui qui sort du lot. C’est donc ça, la toute-puissance du crâne ancestral, qui donne envie de s’installer avec un gros bac de pop-corn.
Le verdict

Masters of Universe
Voir la ficheOn a aimé
- Univers 100 % respecté, sans de moquer
- Le (grand) spectacle est là
- Casting impeccable
On a moins aimé
- Quelques longueurs
- Aucune sortie dans les salles françaises
- Oui, visuellement, c’est le cirque
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