Ce mardi 2 juin 2026, j’ai pu quitter un instant le déluge qui s’abattait sur Paris, pour me réfugier dans une salle de cinéma et enfin découvrir le tout nouveau film de Quentin Dupieux. Et comme à chaque fois avec ce cinéaste, c’est un petit phénomène, car on ne sait pas à quoi s’attendre. Aussitôt sorti de cette séance, je vous livre sans attendre ma critique (sans spoilers) — vous êtes probablement aussi impatients que je l’étais d’en savoir un peu plus sur cette œuvre étrange.
Conçu de manière presque clandestine avec une équipe réduite d’animateurs fraîchement diplômés, Le Vertige s’aventure sur le terrain glissant de la 3D artisanale pour orchestrer une rencontre vocale inédite entre Alain Chabat et Jonathan Cohen. Si l’exercice peut initialement passer pour une énième plaisanterie méta propre à l’univers du cinéaste, ce projet expérimental dépasse rapidement le cadre du simple happening pour livrer une réflexion particulièrement cynique sur notre propre rapport à la technologie.
L’esthétique du bug comme reflet d’un monde déconnecté dans Le Vertige
Le point de départ du Vertige tient sur un ticket de caisse : Jacques (Alain Chabat) est persuadé que l’humanité est prisonnière d’une simulation informatique géante, une théorie que son ami Bruno (Jonathan Cohen) accueille avec un flegme d’une raideur absolue. Pour mettre en scène cette crise existentielle, Dupieux fait le choix radical d’une animation rudimentaire, élaborée de manière artisanale avec une poignée de jeunes diplômés des Gobelins.
Visuellement, le film ressemble à un vieux jeu PlayStation 1 où les textures bavent et les oiseaux se figent sous les bouches d’égout. Loin d’être un aveu de faiblesse, ce rendu défectueux devient la force du film. Le public oublie l’absence de corps physique pour se focaliser sur les voix familières du duo, créant un contraste comique saisissant entre la profondeur des questions métaphysiques posées et la pauvreté graphique du décor.

La satire d’une société rivée à son smartphone en toile de fond
Au-delà de l’expérience visuelle, Le Vertige s’impose avant tout comme une critique sociologique acérée de notre quotidien connecté. En privant ses personnages de toute physicalité concrète, le réalisateur illustre la dématérialisation progressive de nos relations humaines. Le film tourne en dérision une société devenue incapable de lever le nez de son écran, où le virtuel a fini par vampiriser la perception du réel.
Les personnages de Dupieux déambulent dans un univers vide, dénué de sens, où l’on dialogue avec des nids d’oiseaux glitchés ou des simulations de proches sans s’émouvoir de l’absurdité de la situation. Le sentiment de folie qui émane du long-métrage renvoie directement à la solitude contemporaine du défilement infini sur smartphone. Cette perte de repères fait écho au titre du film : un vertige existentiel.

Un tacle frontal à la firme à la pomme
Le cynisme de la démarche trouve son point d’orgue dans la manière dont le film cible ouvertement le géant technologique Apple. Le long-métrage multiplie les clins d’œil corrosifs à l’esthétique et aux tics de communication de la firme de Cupertino. La quête de perfection visuelle des écrans Retina ou de la haute définition en prend pour son grade, le film opposant une résistance nostalgique par le biais de son imagerie « pauvre » et pixélisée.
En se moquant de l’obsession de la tech pour le contrôle total de nos données et de nos imaginaires, Le Vertige s’impose comme une œuvre assez insolente. Dupieux prouve qu’avec un budget dérisoire et un soupçon de cynisme, on peut tout à fait bousculer le confort des spectateurs et les renvoyer face à leurs propres contradictions de consommateurs.
Le verdict

Le Vertige
Voir la ficheOn a aimé
- L’audace esthétique
- Le duo Chabat / Cohen
- Une satire politique mordante
- L’humour de Dupieux
On a moins aimé
- La barrière visuelle qui risque de bloquer certains spectateurs
- Un concept un peu répétitif
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