N’en déplaise à ceux qui annoncent depuis de nombreuses années que le cinéma français est mort, le pari fou d’Antonin Baudry est une immense réussite. Oubliez les commémorations figées, poussiéreuses et les biopics qui endorment. Avec La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer, sorti en salles le 3 juin 2026, le réalisateur du Chant du loup livre une fresque historique incisive, d’une générosité visuelle folle et portée par un souffle épique qui dynamite le « roman national » pour mieux capter l’humanité de son héros.

Ce week-end du 6 juin 2026, on a profité des commémorations du Débarquement de Normandie pour se rendre dans une salle de cinéma pour voir La Bataille de Gaulle, et rendre hommage aux héros qui ont mis à bas le nazisme en France. Pour une fois, le cinéma ne met pas la focale sur le point de vue d’un libérateur américain, mais bel et bien sur celui d’un Français. Ou plutôt D’UN Français, à savoir le Général de Gaulle, personnage illustre de l’Histoire française que l’on n’aborde finalement que de façon très survolée dans les livres d’histoire scolaires contemporains.

Il est vrai, le cinéma français a souvent eu peur de sa propre Histoire, la confinant soit à des reconstitutions guindées de Musée Grévin, soit à des récits minimalistes par manque de moyens. Doté d’un budget colossal de 70 millions d’euros pour son diptyque (dont le second volet, J’écris ton nom, est attendu pour juillet), Antonin Baudry a décidé de voir les choses en grand. Très grand.

Là où certains attendaient une hagiographie linéaire ou une suite de salons feutrés, L’Âge de fer surprend, bouscule et s’impose comme une œuvre vibrante, quelque part entre la tragédie shakespearienne et l’épopée d’aventures. C’est précisément ce pas de côté, ce refus de la solennité ennuyeuse, qui fait de ce blockbuster une éclatante réussite.

Simon Abkarian, une incarnation magistrale de de Gaulle, plein de panache

La plus grande force du film La Bataille de Gaulle réside sans conteste dans le choix, audacieux mais d’une pertinence rare, de Simon Abkarian pour prêter ses traits au Général. Loin de la simple imitation ou du mimétisme stérile, l’acteur insuffle à Charles de Gaulle une modernité et une intégrité fascinantes. Le film embrasse pleinement la « folie » de cet homme qui, au lendemain du désastre de mai 1940, se retrouve seul dans les bureaux londoniens face à des géants politiques, armé uniquement de sa certitude et de son refus viscéral de la défaite.

Le de Gaulle de Baudry et Abkarian est un idéaliste inflexible, un Don Quichotte magnifique dont la raideur apparente cache un humour grinçant et un sens du spectacle très aiguisé. Les joutes verbales avec un Winston Churchill d’anthologie (incarné par Simon Russell Beale) apportent une légèreté bienvenue, transformant ce qui aurait pu être un cours d’histoire austère en un duel théâtral savoureux. L’insolence calculée du Général face au Premier ministre britannique offre des scènes d’anthologie, prouvant que l’on peut traiter la grande Histoire avec esprit sans jamais en diluer la gravité.

Simon Abkarian interprète magistralement de Gaulle // Source : Pathé
Simon Abkarian interprète magistralement de Gaulle // Source : Pathé

Un blockbuster total

Contrairement à ceux qui y voient un récit trop dense, la structure narrative chorale donne au film La Bataille de Gaulle une ampleur vertigineuse. Antonin Baudry ne se contente pas de filmer des réunions à Downing Street, il capte le pouls d’une nation qui refuse de mourir. Le montage entrelace habilement le destin de de Gaulle à Londres avec les frémissements de la Résistance intérieure à Paris à travers des visages anonymes ou des figures héroïques comme Fernand Bonnier de La Chapelle (dont la biographie a été assez largement romancée par le cinéaste), l’homme qui mettra fin aux folies de l’amiral Darlan, collaborationniste et proche de Pétain. Cette approche donne une chair et une urgence indispensables au récit, on comprend enfin que la voix du 18 juin n’était rien sans les bras de ceux qui, sur le terrain, ont choisi de l’entendre.

Et que dire du morceau de bravoure du film ? La reconstitution de la bataille de Bir Hakeim est un sommet de mise en scène. Baudry déploie des moyens spectaculaires pour filmer ce siège héroïque de quinze jours dans le désert de Libye. Le tout dans une forteresse qui s’inspire du génie de Vauban, architecte militaire de Louis XIV.

La photographie, les panoramas écrasants de lumière et la gestion de la tension spatiale rendent un hommage vibrant au sacrifice des soldats de la France Libre. On est loin de l’imagerie numérique froide, ici, la poussière, le sang et la sueur crèvent l’écran. La mise en scène épouse la vision du général de Gaulle, celle d’un acharnement presque absurde qui finit par faire plier la réalité et forcer le respect des Alliés.

Le film permet aussi de suivre la vie des étudiants parisiens sous l'Occupation // Source : Pathé
Le film permet aussi de suivre la vie des étudiants parisiens sous l’Occupation // Source : Pathé

Un film qui rompt avec le reste du cinéma sur le sujet

Là où le film de 2020 avec Lambert Wilson s’enfermait dans une commémoration académique, Antonin Baudry choisit de dynamiter les codes du genre en insufflant du romanesque pur à son récit. Le réalisateur refuse de figer son héros dans une posture de cire et n’hésite pas à faire naviguer le spectateur entre plusieurs tonalités. On passe ainsi avec une fluidité déconcertante d’une comédie de mœurs savoureuse, tapie dans les coulisses feutrées du pouvoir londonien, à la fureur d’une pure tragédie de guerre une fois sur le front. Ce grand écart permanent évite au film le piège de la leçon d’histoire.

Enfin, le long-métrage brille par l’audace de son écriture. Le scénario ose des répliques mémorables qui désacralisent le mythe pour mieux le rendre accessible et attachant. Voir de Gaulle répliquer avec un aplomb légendaire et un brin d’ironie au cœur même de la débandade de 1940 insuffle un relief inédit au personnage. Ces éclats de verbe rappellent judicieusement que derrière l’icône de marbre sculptée par les manuels d’histoire, il y avait avant tout un homme de chair, un chef de guerre doté d’un tempérament de fer et d’un sens de la répartie hors du commun. Maintenant, on attend avec impatience la partie 2 pour le 3 juillet prochain.

La Bataille de Bir Hakeim comme jamais au cinéma // Source : Pathé
La Bataille de Bataille de Bir Hakeim comme jamais au cinéma // Source : Pathé

Le verdict

La Bataille de Gaulle // Source : Pathé
9/10

La Bataille de Gaulle

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En fin de compte, La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer balaye d’un revers de main tous les doutes pour s’imposer comme le blockbuster français le plus audacieux et le plus emballant de ces dernières années. Antonin Baudry a eu le courage de dépoussiérer le mythe, de lui rendre sa folie, sa grandeur et sa vulnérabilité, le tout enveloppé dans une mise en scène spectaculaire qui justifie chaque euro de son budget historique. Loin des hommages académiques et ennuyeux, ce premier volet est une œuvre vibrante, généreuse et profondément habitée par le sens du cinéma populaire. Une claque magistrale qui donne une hâte immense de découvrir la suite en juillet.
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