Le nouveau film de Sam Raimi met en scène un face à face mortel sur une île déserte, entre Rachel McAdams et Dylan O’Brien. Une comédie gore absolument savoureuse, qui épingle avec acuité la toxicité du monde du travail. Voici notre critique, sans spoilers, de Send Help, qui sortira dans les salles de cinéma dès le 11 février 2026.

La vie de Linda Liddle (Rachel McAdams), cadre quarantenaire dévouée à son entreprise, prend une tournure désagréable quand son nouveau boss, l’arrogant Bradley Preston, prend la succession de son père. Moquée et déconsidérée, Linda est à deux doigts d’être virée quand elle survit miraculeusement à un crash d’avion et se retrouve seule sur une île reculée avec Bradley.

Le rapport de force s’inverse dans cet univers où Linda, grande fan de l’émission Survivor, est comme un poisson dans l’eau… Bienvenue dans Send Help, le dernier film de Sam Raimi (la première saga Spider-Man). Mais ce nouveau long-métrage, dont la sortie est prévue pour le 11 février 2026 dans les salles obscures, vaut-il le coup d’œil ? Voici notre avis, garanti sans spoilers.

Lost, avec son boss

Quatre ans après avoir réalisé Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Sam Raimi revient enfin à ses premiers amours : la comédie horrifique. Le réalisateur de la trilogie Evil Dead s’empare d’un sous-genre cinématographique qu’il n’avait pas encore exploré : le film de survie.

Comme dans Lost, Send Help comprend un spectaculaire crash d’avion, s’intéresse à la psychologie des rescapés et à leurs conditions de survie sur une île déserte, où les secours tardent à arriver. On pense aussi à Seul au monde, en binôme cette fois.

(L-R) Dylan O'brien as Bradley Preston and Rachal McAdams as Linda Liddle in 20th Century Studios' SEND HELP. Photo by Brook Rushton. © 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Bradley Preston (Dylan O’brien) et Linda Liddle (Rachel McAdams) en plein festin. // Source : Brook Rushton, 20th Century Studios.

Si le ton de Send Help est radicalement différent, on retrouve quelques scènes réminiscentes de celles du drame avec Tom Hanks, comme la construction d’un radeau ou la bataille avec les éléments et la faune locale, pour survivre dans ce milieu hors de la civilisation. Le film offre donc un univers fictionnel à la fois familier et totalement exotique pour nous, pauvres humains prisonniers de la routine métro, boulot, dodo.

Un face à face jubilatoire

L’originalité de Send Help réside dans cette idée maligne de réunir sur une île un boss malveillant face à son employée « mouton noir ». La friction est assurée. Pour incarner ces personnages, Sam Raimi a fait appel à Rachel McAdams et Dylan O’Brien.

Un choix de casting judicieux : l’actrice de Lolita malgré moi et de N’oublie jamais s’en donne à cœur joie dans le rôle d’une femme mi-bizarre, mi-attachante, qui va se révéler pleine de ressources dans une situation extrême.

Rachal McAdams as Linda Liddle in 20th Century Studios' SEND HELP. Photo by Brook Rushton. © 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Linda a plus d’une corde à son arc. // Source : Brook Rushton, 20th Century Studios

Elle maîtrise ainsi à la perfection ce personnage d’anti-héroïne, qui prend sa revanche sur la vie et sur son boss. Derrière son minois sympathique se cache une femme puissante, capable de beaucoup de choses, si on la pousse à bout. Mais il faut être deux pour danser le tango. Dylan O’Brien aurait pu totalement disparaître face au charisme de Rachel McAdams. Heureusement, il n’en est rien.

L’acteur de Teen Wolf et de la trilogie Le Labyrinthe se distingue aussi dans le rôle d’un jeune « nepo baby » insupportable, habitué à ce que tout lui tombe toujours tout cuit dans le bec. Bradley va alors réaliser que le pouvoir a changé de camp et jouer de son charme pour amadouer Linda. Si ce personnage aurait pu être 100% détestable, l’acteur parvient ainsi à le rendre plus complexe, au fil du récit.

Une réalisation inspirée

Ce type de duo — un personnage masculin jeune et une protagoniste plus âgée — reste rare au cinéma et permet d’explorer une dynamique femme-homme différente. Ce face à face gore et mâtiné d’humour noir est aussi rythmé par des scènes d’action spectaculaires, qu’il s’agisse de courses-poursuites sur l’île entre les deux protagonistes ou de combats face à la nature.

Avec Sam Raimi aux commandes, on en a d’ailleurs pour son argent du côté des scènes horrifiques. Âmes sensibles s’abstenir : ça peut gicler dans tous les sens et n’importe quand ! Le réalisateur s’est visiblement beaucoup amusé sur le tournage, qui a eu lieu en bonne partie en Thaïlande. Nous avons sursauté plus d’une fois durant Send Help, sans compter un rebondissement final qui ne manquera pas de faire grincer des dents (mais chut, on ne vous spoile pas).

(L-R) Dylan O'brien as Bradley Preston and Rachal McAdams as Linda Liddle in 20th Century Studios' SEND HELP. Photo by Brook Rushton. © 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Bradley et Linda sont plongés en plein remake de Lost. // Source : Brook Rushton, 20th Century Studios

On ne s’ennuie pas une seule seconde devant ce long-métrage, qui a trouvé le juste dosage entre affrontement psychologique et action haletante, accompagnés par une bande originale signée Danny Elfman (L’étrange Noël de Monsieur Jack, Les Simpson, Mission Impossible…), collaborateur de longue date du cinéaste.

Survivre en milieu hostile 

Au-delà de l’horreur pure, le scénario de Damian Shannon et Mark Swift explore un sujet terriblement d’actualité : notre rapport au travail. Ces dernières années, il s’est intensifié. Entre les pressurisations pour être disponible n’importe quand, les entre-soi et les objectifs inatteignables, les burn-outs d’employés maltraités sont légion. Nous avons toutes et tous fait face au moins une fois dans notre vie à un patron ou une patronne toxique. 

Il fallait donc envoyer Bradley sur une île déserte pour qu’il comprenne ce que peut ressentir Linda dans son travail au quotidien. Le film combine cette réflexion avec la particularité du genre. C’est ainsi la revanche de « Linda de la compta », cette employée fantôme, qui fait pourtant bien son travail, mais qui sert de serpillière à son boss et ses suiveurs.

(L-R) Dylan O'Brien as Bradley Preston and Rachel McAdams as Linda Liddle in 20th Century Studios' SEND HELP. Photo by Brook Rushton. © 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Bradley Preston va vite réaliser qu’il ne faut pas sous-estimer Linda. // Source : Brook Rushton, 20th Century Studios

Le film expose une réalité trop souvent tue : on a vendu aux femmes la notion de méritocratie — « si tu travailles très bien, tu auras le job que tu mérites » — mais Linda, et nombre de femmes dans la vraie vie avec elle, se heurtent à la « bro-culture ». À peine arrivé à la tête de l’entreprise de son père, Bradley la prend ainsi en grippe malgré ses compétences avérées et son ancienneté dans la boîte, et projette de la remplacer par l’un de ses potes de fac.

Sam Raimi expose cette injustice dans une comédie noire jouissive, autant dans ses dialogues bien troussés (« Ne prends pas ma gentillesse pour de la faiblesse », lance Linda à Bradley), que dans ses scènes horrifiques surprenantes. On passe un excellent moment devant Send Help, un film ultra-divertissant, qui se fait aussi le reflet des dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans le monde du travail.

Le verdict

Source : Brook Rushton, 20th Century Studios
9/10

Send Help

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Send Help marque le retour de Sam Raimi à la comédie horrifique avec un survival gore et jubilatoire, porté par un face-à-face électrique entre Rachel McAdams et Dylan O’Brien. Naufragés sur une île déserte, cette cadre invisibilisée et ce boss toxique voient leur rapport de force radicalement s’inverser. Entre références à Lost et Seul au monde, le film détourne les codes du genre pour mieux épingler la violence du monde du travail. Sam Raimi orchestre un spectacle nerveux, sanglant et drôle, où l’horreur sert un propos contemporain sur la bro-culture et les illusions de la méritocratie. Porté par une mise en scène inventive et un duo d’acteurs réjouissants, Send Help s’impose comme une satire aussi mordante que divertissante.
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