Quand HBO s’intéresse enfin au genre médical, cela donne The Pitt, une série nerveuse et addictive portée par un ancien d’Urgences et révélatrice des dysfonctionnements de la société américaine. Alors que la saison 2 vient de débuter sur HBO Max, depuis le 9 janvier 2026, on vous explique pourquoi il est grand temps de vous y mettre. 

Hôpital St Elsewhere, Urgences, Grey’s Anatomy, Dr. House, Pulse, Hippocrate… La série médicale connaît un succès au long cours à la télévision. Au fil des décennies, elle a muté, s’est parfois acoquinée avec d’autres genres, comme la comédie romantique pour Grey’s Anatomy ou le policier pour Dr. House. À l’opposé de ce mélange des genres, The Pitt effectue un retour aux sources bienvenu.

Lancée en 2025, l’une des meilleures séries de HBO Max suit le quotidien du personnel des urgences, évoluant au Trauma Medical Center de Pittsburgh, en Pennsylvanie. À la tête de ce service surchargé et endetté se trouve Michael, surnommé Robby (Noah Wyle), qui forme une nouvelle génération d’internes, aux côtés d’autres médecins, résidents et infirmières, dans une valse continue de patients et de vies à sauver.

24 heures chrono rencontre Urgences     

The Pitt (ou « la fosse » en français) — petit surnom donné à ce service des urgences, qui fait référence à la ville de Pittsburgh et au sentiment d’être au cœur de la tempête — ne brille pas par l’originalité de son pitch. Suivre le quotidien d’un service hospitalier, quel qu’il soit, c’est un peu la base pour une série médicale. Mais l’intérêt de la production réside ailleurs, grâce à un traitement au plus proche de la réalité (âmes sensibles, s’abstenir !). 

Il faut dire que la série a été développée par trois anciens d’Urgences (1994-2009) : l’acteur Noah Wyle (il y incarnait John Carter, un interne appliqué), le producteur John Wells et le showrunner R. Scott Gemmill. Ces trois-là avaient à cœur de faire le point sur les conditions dans lesquelles travaillent actuellement les professionnels du care, et plus généralement sur les défaillances d’un système de santé américain qui se dégrade depuis plusieurs décennies.

La série se demande alors comment vont ceux et celles qui ont survécu, après avoir été en première ligne face à la pandémie de Covid, au début des années 2020. Traumatisé par la mort de son mentor, Robby représente à lui seul cette thématique. Dans la première saison, il craque durant sa garde et réalise qu’il vit un burn out (et il n’est pas le seul dans le service). La saison 2, elle, débute alors qu’il effectue sa dernière garde, avant de prendre un congé sabbatique de trois mois.

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Le personnel soignant de The Pitt a fort à faire. // Source : HBO Max

Pour restituer le chaos dans lequel œuvrent les équipes médicales, The Pitt a opté pour une narration qui se déroule en quasi-temps-réel, à la manière de 24 heures chrono. Dans un environnement sous haute tension, où chaque minute compte, ce choix prend tout son sens. Ainsi, chaque saison, composée de 15 épisodes, correspond à un tour de garde de 15 heures. 

Nul besoin d’en rajouter dans la dramatisation : ce rythme resserré suffit à nous faire comprendre à quel point le personnel est pressurisé dans cet environnement imprévisible, où chaque nouvelle heure présente son lot de défis à surmonter.

Une course contre la mort ordinaire

Réalisée caméra à l’épaule pour retranscrire l’effervescence des urgences et les déplacements continus du personnel soignant à l’image, The Pitt refuse d’utiliser des ressorts narratifs trop visibles. Exit le soap cher à Grey’s Anatomy ou les cas extraordinaires uniquement décelables par des petits génies comme dans Dr. House et Good Doctor. Si certains patients demandent plus de fil à retordre que d’autres, on reste dans le domaine du crédible et dans une volonté de réalisme.

Comme dans toute bonne série médicale, l’antagoniste principal de The Pitt n’est pas vraiment un personnage, même si certains peuvent paraître plus agaçants que d’autres, mais bien la mort elle-même. C’est l’une des raisons inavouables pour lesquelles le public ne se lasse pas de visionner ce type de séries. La grande faucheuse reste peut-être la dernière chose que l’être humain n’est pas en mesure de contrôler. Et elle constitue donc notre plus grande peur.

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Pas de repos pour les guerriers et guerrières du Trauma Medical Center de Pittsburgh. // Source : HBO Max

Dans The Pitt, la mort rôde partout : tout le monde s’acharne à la repousser, mais quand elle survient, ce n’est pas de façon spectaculaire. Les scénaristes n’en rajoutent pas dans le mélodrame.

Ainsi, dans la saison 2, le résident Dennis Whitaker doit annoncer plusieurs fois à une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer la mort de son mari. La scène, répétée, prend alors des allures tragi-comiques. Selon les circonstances, de façon brutale, attendue, ou lors de flashbacks du Covid, et les personnes qui la gèrent, la mort est alors reçue de mille manières différentes. Quelque part, nous aussi, en regardant ce genre de séries, on s’y prépare à notre tour.

Prendre le pouls de l’Amérique

Si The Pitt a déjà remporté cinq Emmys et deux Golden Globes, c’est aussi parce qu’elle a mis le doigt sur un sujet à la fois universel et spécifique aux États-Unis : son système de santé, dernier rempart contre une société néolibérale et individualiste.

Et le constat est alarmant. Avec ses salles d’attente surchargées, ses services qui manquent de lits et ses professionnels de santé sous l’eau, The Pitt se fait le reflet cette dégradation dramatique des services publics, observable dans bien d’autres pays occidentaux, dont la France.

Dans la lignée de la première saison, les nouveaux épisodes, diffusés chaque vendredi depuis le 9 janvier 2026 sur HBO Max, continuent d’ausculter la façon dont le manque de moyens et la recherche de la rentabilité à tout prix affectent le personnel et le traitement des patients.

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Il y a de l’eau dans le gaz entre le Dr. Robby (Noah Wyle) et sa remplaçante, le Dr. Baran Al-Hashimi (Sepideh Moafi) // Source : HBO Max

Les urgences sont aussi l’un des rares lieux dans lesquels le vivre ensemble prend tout son sens. La série propose alors une galerie de personnages attachants, aux profils et origines diverses. On y croise notamment Mel, empathique et neurodivergente, Javadi, une étudiante première de la classe, ou Baran Al-Hashimi, d’origine iranienne, qui vient remplacer Robby et accessoirement déranger ses habitudes avec des méthodes plus modernes. 

Une série qui politise le care

Les scénaristes de The Pitt n’hésitent clairement pas à traiter de l’actualité politique brûlante, à leur manière. Par exemple, dans l’épisode 3 de la saison 2, le Dr. Robby traite une dame juive traumatisée par l’attaque terroriste antisémite qui a eu lieu dans sa synagogue, The Tree of Life, en 2018.

Après s’être confiée au Docteur, lui-même d’origine juive, elle remercie Perlah, une infirmière coiffée d’un hijab, pour l’aide que la communauté musulmane a apportée aux victimes de l’attentat et à leurs proches.

Il s’agit d’un fait réel, qui a bouleversé les habitants de Pittsburgh. « En me renseignant, j’ai été très touché par le tollé que cet événement a suscité au sein de la communauté musulmane et de sa solidarité avec la communauté juive de Pittsburgh ; ensemble, elles ont pleuré les morts. Ça a été l’aspect le moins médiatisé de cette histoire, et peut-être le plus porteur d’espoir pour l’avenir. » a confié Noah Wyle, scénariste de cet épisode, à Variety.

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Soigner les patients et patientes, c’est aussi les écouter, rappelle la série. // Source : HBO Max

Cette image de deux communautés soudées dans l’adversité résume tout le propos de The Pitt. La série plaide ainsi pour la solidarité et met en lumière la puissance du collectif (plusieurs corps de métiers s’y croisent, des soignants aux policiers, en passant par des assistantes sociales). Elle célèbre également l’importance de la bienveillance, sans oublier sa dimension politique, dans une société qui écrase les plus vulnérables.

À travers la diversité des patients qui se présentent, la série rappelle que les urgences restent l’un des endroits dans lesquels tout le monde est traité à égalité, qu’il s’agisse d’un sans abri en piteux état, d’un business man dans la force de l’âge ou d’un étudiant noir en détresse. Le seul critère de prise en charge réside dans la gravité de l’état de santé du patient. 

Au milieu du stress, de la violence psychologique et parfois même physique (des patients qui perdent les pédales et s’en prennent aux infirmières par exemple), The Pitt  convoque tout ce qui fait notre humanité. Déjà renouvelée pour une troisième saison, elle agit comme un phare dans la nuit trumpiste et rappelle une nécessité pour faire société : celle de prendre soin les uns des autres.

Le verdict

The Pitt // Source : Max
9/10
Imaginée par des anciens d’Urgences, l’addictive The Pitt se revendique d’un réalisme brut, renforcé par une réalisation caméra à l’épaule et une narration en quasi-temps-réel. Menée par un impeccable Noah Wyle, la série distille une galerie de personnages divers et attachants. Loin des ressorts du soap operas ou des cas médicaux spectaculaires, The Pitt s’attache à l’ordinaire de la lutte contre la mort et à l’épuisement du personnel soignant. Elle ausculte frontalement les défaillances du système de santé américain, entre manque de moyens et logique de rentabilité. Série profondément politique, The Pitt fait des urgences un lieu rare d’égalité et de solidarité, dans lequel le care devient un acte de résistance collective.
Comparatif svod // Source : Montage Numerama
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