Le premier rapport de la nouvelle autorité anti-piratage souligne une méconnaissance des internautes quant aux techniques permettant de contourner le blocage de sites piratant les matchs de sport.

C’est l’un des enseignements d’un rapport partagé le 25 octobre 2022 au sujet du piratage. Les internautes ne semblent pas savoir, pour une grande majorité d’entre eux, comment échapper à un blocage de site web illicite. En tout cas, seule une minorité des personnes sondées a été en mesure de mentionner des solutions techniques pour passer entre les mailles du filet.

Le rapport, supervisé par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), la nouvelle structure qui a remplacé le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), s’intéresse spécifiquement au piratage du sport et non pas au cas des œuvres culturelles.

piratage sport
Le piratage de matchs de sport concerne un internaute sur cinq en France. // Source : Melvyn Dadure pour Numerama

L’étude voulait quantifier l’impact du blocage des services illicites de sport — qui est l’une des missions de l’Arcom. Elle repose sur un questionnaire en ligne, proposé du 30 juin au 20 juillet 2022, avec un premier échantillon de 2 342 internautes de 15 ans et plus, et un échantillon complémentaire de 340 d’internautes consommant spécifiquement des contenus sportifs piratés.

Il ressort des différentes statistiques et questions posées par l’Arcom que nombre d’internautes ignore les méthodes qui permettent de contourner un blocage de site web. Sur un échantillon de 227 internautes utilisant des plateformes illicites pour voir des matchs piratés, il ressort que seuls 6 % disent changer de DNS et 12 % disent utiliser un VPN.

Les solutions basées sur le DNS ou le VPN méconnues

Aujourd’hui, les actions de blocage se fondent essentiellement sur des décisions de justice qui obligent les principaux fournisseurs d’accès à Internet de faire un blocage par DNS (Domain Name System). Dans les grandes lignes, il s’agit de refuser la demande d’accès d’un internaute à un site pirate, lorsque l’adresse de celui-ci se trouve sur une liste noire.

Le blocage par DNS fonctionne à partir du moment où les appareils des internautes (ordinateurs, smartphones, tablettes…) sont configurés par défaut avec le système DNS des opérateurs devant respecter les instructions de la justice. Or, il est possible de changer ses DNS, en choisissant une solution qui n’est pas liée à la décision du tribunal. Cela nécessite un peu de technique.

Cette faible statistique peut expliquer les raisons pour lesquelles le blocage par DNS continue d’être couramment employé à des fins de lutte contre le piratage (du sport ou des œuvres culturelles), alors que le changement de DNS peut se faire sur n’importe quel appareil. Cela suggère que cette méthode n’est pas si connue ou pas si simple à utiliser.

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La logique du changement de DNS, schématisée. // Source : Claire Braikeh pour Numerama

La faible statistique concernant le VPN est aussi notable, cela malgré la campagne marketing très intense de quelques fournisseurs — comme NordVPN — et des éléments de langage distribués aux vidéastes. Seuls 12 % des sondés ont évoqué l’usage du VPN pour contourner les blocages des opérateurs. Qui plus est, on parle ici de sondés consommant des matchs de façon illicite.

Le VPN est une méthode consistant à faire transiter sa connexion Internet par un point d’accès intermédiaire, par exemple à l’étranger, pour faire croire que l’on se connecte depuis un autre emplacement géographique. Ainsi, on peut accéder à des sites bloqués en France, puisque l’on mobilise des infrastructures qui ne sont pas soumises à ces décisions de justice.

Les internautes ne renoncent pas tous à pirater

Les résultats de l’étude doivent toutefois être nuancés. Les faibles mentions aux VPN et au DNS ne signifient pas pour autant que les internautes ne cherchent pas à pirater quand même. D’autres questions posées par l’Arcom que les internautes vont aussi rechercher des solutions sur des forums — et peut-être ainsi découvrir ces techniques de contournement.

L’étude pointe ainsi le recours à des codes empruntés à des proches (exactement comme avec les services de SVOD), l’utilisation d’une solution IPTV ou bien la recherche d’un autre site de live streaming, en se renseignant sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les sites communautaires ou auprès de proches qui piratent également.

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Les internautes mobilisent parfois d’autres solutions : partage de codes, IPTV, autre site de live streaming… // Source : Edgar Jiménez

De façon générale, dans le cas des internautes pratiquant le piratage de matchs de sport, la réaction face au blocage est partagée : une moitié renonce ou passe à une offre légale, l’autre cherche à contourner ou un autre site illicite. Ce faisant, l’Arcom plaide pour mobiliser davantage les différents acteurs (hébergeurs, fournisseurs de VPN, fournisseurs de VPN) contre le piratage.

Si l’on dézoome davantage, l’étude relève qu’un internaute sur cinq regarde des retransmissions illégales de sport — essentiellement, le football, le tennis, le sport automobile, le rubgy, le basket, la boxe, et le MMA. C’est relativement significatif — et c’est ce qui explique pourquoi la lutte contre le piratage sportif s’est durci, avec des prérogatives renforcées pour l’Arcom.

Pour l’Arcom, il faut bien sûr « rester vigilant face aux comportements illicites des internautes, en particulier en termes de pratiques de contournement des mesures de blocage ». Mais il faut aussi commencer à préparer le coup d’après. Et celui-ci devrait prendre la forme blocage en se fondant sur l’adresse IP. Une méthode qui serait plus difficile à contourner.

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