Un journaliste français a été tué en Ukraine. Des photos de sa dépouille circulent sur le net, notamment sur Twitter. Des partages qui peuvent avoir des conséquences judiciaires.

C’est une nouvelle victime de la guerre en Ukraine. Dans un message publié sur Twitter le 30 mai 2022, Emmanuel Macron a confirmé la mort d’un journaliste français qui se trouvait dans l’est du pays. Le président de la République a par ailleurs révélé son identité : Frédéric Leclerc-Imhoff. Il avait 32 ans. Il couvrait le conflit notamment pour BFM TV.

« Journaliste, Frédéric Leclerc-Imhoff était en Ukraine pour montrer la réalité de la guerre. À bord d’un bus humanitaire, aux côtés de civils contraints de fuir pour échapper aux bombes russes, il a été mortellement touché », a écrit le chef de l’État dans l’après-midi du 30 mai. C’est dans le cadre d’une évacuation de civils qu’il a perdu la vie.

Selon Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), le journaliste se trouvait sur la route entre Lissitchansk et Bakhmout, dans la région de Louhansk, qui est la plus à l’est du pays et qui est considérée comme sécessionniste par Kiev. C’est dans cette zone du Donbass, qui couvre les provinces de Donetsk et de Louhansk, que se concentre aujourd’hui le gros des combats.

« L’armée russe aurait tiré sur le véhicule d’évacuation où se trouvait le journaliste et le tir a percé le blindage. Notre confrère a été touché au cou », rapporte Christophe Deloire. Il était en binôme avec un autre journaliste, précise RSF, et c’est pendant qu’il suivait la fuite d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes qu’un éclat d’obus l’a atteint. Son binôme est hors de danger.

Le partage de photos montrant la dépouille peut entraîner des conséquences pénales

Des images circulent sur le net où l’on peut apercevoir une dépouille ainsi que l’état de la cabine du camion dans lequel il se trouvait, avec un pare-brise détruit par un éclat et des sièges maculés de sang. Nous ne les partagerons pas. Il convient de rappeler d’ailleurs que le partage de ces clichés, notamment sur Twitter, peut être constitutif d’une infraction pénale.

En effet, ce réseau social étant fréquenté par des mineurs, l’article 227-24 du Code pénal peut s’appliquer, car il traite de la nécessité de protéger les enfants. Ici, il s’agit de punir la diffusion d’un message violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine. La propagation d’une photo de cadavre peut entrer dans son champ d’application.

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Des photos qui peuvent circuler sur Twitter. Certaines portions ont été floutées par nos soins.

Les peines encourues sont de trois ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Autre éventualité, l’article 225-17 du Code pénal. Il y est question des atteintes au respect dû aux morts. « Toute atteinte à l’intégrité d’un cadavre, par quelque moyen que ce soit, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Il pourrait aussi être mobilisé en cas de messages hostiles ou de photomontages malvenus.

D’autres articles de loi pourraient aussi être convoqués. Cela dit, ces deux articles apparaissent aujourd’hui comme les plus régulièrement cités lorsque des images de cette nature circulent sur les réseaux sociaux. Ils avaient été mentionnés dès 2015 quand Marine Le Pen et Gilbert Collard avaient relayé des photos violentes de Daesh, et en 2020 avec l’affaire Samuel Paty.

Selon le décompte de RSF, le décès de Frédéric Leclerc-Imhoff porte à huit le nombre de journalistes tués en Ukraine depuis le déclenchement de la guerre. Les sept autres sont Evgeny Sakun, Brent Renaud, Pierre Zakrzewski, Oleksandra Kuvshynova, Oksana Baoulina, Evgeny Sakun et Max Levin. Quant aux victimes civiles, elles sont estimées à quelques dizaines de milliers.