Élisabeth Borne a été nommée Première ministre, le 16 mai 2022. Elle est la deuxième femme à ce poste. Ses compétences concernent notamment les sujets écologiques. Mais avait-elle été efficace au poste de ministre de la Transition écologique ?

La crise climatique doit être une priorité politique pour mettre en œuvre des solutions. Et c’est ce qu’a promis Emmanuel Macron, lors de sa réélection, en mai 2022. Il annonçait alors qu’il nommerait un Premier ministre ou une Première ministre en charge de la planification écologique. L’exécutif a officialisé, lundi 16 mai, son nom : Élisabeth Borne est dorénavant la Première ministre.

Elle était ministre des Transports dans le gouvernement Castex. Auparavant, de juillet 2019 à juillet 2020, elle était ministre de la Transition écologique. Quel est son bilan à ce poste ?

« La crise sanitaire n’efface pas la crise climatique »

Élisabeth Borne est réputée compétente : elle maîtrise ses dossiers en matière d’environnement. Elle a fait partie du corps des ingénieurs généraux des ponts, des eaux et des forêts. Le climat et l’énergie font partie des missions de ce corps technique de la haute fonction publique ; ce qui l’a menée au cabinet de Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, de 2014 à 2015, avant d’investir elle-même ce ministère. Alors en place, elle a également eu des prises de parole fortes au sujet de l’environnement, rappelant par exemple que « la crise sanitaire n’efface pas la crise climatique », afin de « garder le cap » sur sa feuille de route. Malgré tout, son bilan à ce ministère est sans éclats.

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Élisabeth Borne, en 2020. // Source : Jacques Paquier / Wikimédias

Durant son année au ministère de la Transition écologique, elle a mené trois principaux dossiers législatifs :

  • La loi énergie-climat, qui déclare « l’urgence écologique et climatique » et fixe la neutralité carbone à l’horizon 2050. On y trouve quatre axes : la sortie progressive des énergies fossiles et le développement des énergies renouvelables ; la lutte contre les passoires thermiques ; l’instauration de nouveaux outils de pilotage, de gouvernance et d’évaluation de la politique climatique ; la régulation du secteur de l’électricité et du gaz. Sur le papier, la loi est ambitieuse, mais son bilan demeure très mitigé, la faute à une mise en œuvre paresseuse. Sous l’impulsion d’Élisabeth Borne, la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique a été reculée de 10 ans, par rapport à ce qui était initialement prévu (2035 au lieu de 2025), un choix qui n’a pas fait l’unanimité chez les écologistes.
  • La loi d’orientation des mobilités, destinée à faciliter l’accès aux nouveaux moyens de transport.
  • La loi sur l’économie circulaire, aussi appelée « loi anti-gaspillage »

Au-delà de ces chantiers, le passage d’Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique est entaché d’une polémique autour de l’huile de palme. Alors que cette huile, dont la production est désastreuse pour les forêts, devait être supprimée des biocarburants ouvrant droit à une réduction de taxe, un amendement a alors été voté pour exempter le géant Total. Un vote réalisé en catimini un jeudi soir, le 14 novembre 2019. C’est alors un tollé, mais Élisabeth Borne soutient l’amendement offrant une niche fiscale à Total, expliquant que l’entreprise avait pris des engagements sur les matières premières. Lors d’un second vote, l’amendement est finalement retoqué, sortant finalement l’huile de palme des biocarburants, même pour Total.

En revanche, Élisabeth Borne s’était dite favorable à un référendum sur les mesures explorées par la Convention citoyenne sur le climat. Un référendum qui, sur décision de l’exécutif, n’a finalement jamais eu lieu.

Une marge de manœuvre trop étroite, mais cela peut changer comme Première ministre

Dans Le Monde, lors de son départ du ministère de l’Écologie en 2020, son bilan était décrit comme la perpétuation de la « politique des petits pas ». En cause : la difficulté d’Élisabeth Borne à avoir réellement mis l’écologie au cœur des décisions du quinquennat d’Emmanuel Macron. Comme la plupart des personnes ayant occupé ce poste, sa marge de manœuvre fut trop étroite, ce qui peut expliquer en partie l’ambivalence des chantiers qu’elle a menés.

En étant Première ministre, la plus haute fonction de l’exécutif, et en charge de la « planification écologique » évoquée par le Président, sa capacité à faire bouger les lignes est décuplée. Jack Lang la décrit d’ailleurs comme une personne « d’action ». Mais un tel rôle — Première ministre chargée de l’écologie — est nouveau, ce qui rend l’anticipation d’autant plus difficile quant à la concrétisation des promesses.

Être n°1 du gouvernement n’est pas une garantie d’avoir les mains libres. Tout dépendra de la volonté présidentielle réelle de mettre en place une transition écologique rapide et forte.